Une proposition de loi "visant à renforcer la pénalisation de l’organisation de rave-parties" sera examinée, ce mercredi 1er avril, par les députés de la commission des lois. Présentée dans le cadre de la "niche" du groupe Horizons, son objectif est de "réaffirmer l’autorité de l’Etat face aux difficultés et dangers causés par ces rassemblements illégaux", en instaurant notamment une peine d'emprisonnement pour les organisateurs de fêtes non autorisées.
Faire des "fêtes libres" des fêtes encadrées. Tel est l'objectif de la proposition de loi visant à renforcer la pénalisation de l’organisation de rave-parties, qui sera soumise aux députés en commission cette semaine, puis dans l'hémicycle jeudi 9 avril. Un texte présenté à l'occasion de la journée d'initiative parlementaire du groupe Horizons, émanation du parti d'Edouard Philippe à l'Assemblée nationale.
Sa rapporteure, Lætitia Saint-Paul (Horizons) part du constat que "les rave‑parties, loin de l’évasion rêvée, se transforment souvent en lieux de dérapages", énumérant pêle-mêle "l’excès de substances", "le blanchiment d’argent" ou encore "l’usage de la soumission chimique". Et d'évoquer "d’innombrables viols, blessés et morts à déplorer".
Si elle admet auprès de LCP ne pas être en possession de données chiffrées précises, très difficiles à obtenir en raison de la clandestinité dans laquelle ces fêtes ont lieu, elle fait part de nombreux retours de terrain et du drame survenu en mai 2024 à Parnay, dans sa circonscription du Maine-et-Loire. Lors d'une rave-party qui avait accueilli près de 10 000 personnes, un jeune homme de 30 ans avait été victime d'un arrêt cardiaque et n'avait pu être réanimé.
Outre ce drame, Lætitia Saint-Paul évoque un texte né de l'exigence des habitants de sa circonscription, où ont lieu "une à deux free parties par an". Au-delà de 500 personnes, ces rassemblements sont en principe soumis à autorisation préfectorale. Et s'il arrive que ces événements soient permis par les autorités, la députée ne fait pas vraiment de différence sur le niveau de nuisances qu'ils entraînent.
"Sur ma circonscription j'ai eu les deux cas de figure, la rave party de Tigné en 2023 qui avait été autorisée, et 'Tigné 2', en 2025, cette fois interdite. Les riverains ont subi les mêmes dommages en 2023 et en 2025". Lætitia Saint-Paul déplore, en particulier, les nuisances sonores et écologiques, une grande partie de sa circonscription se trouvant dans un parc naturel régional, ou encore agricoles. "De nombreux éleveurs m'ont fait part du traumatisme de leurs bêtes". Enfin, la députée souligne le coût financier pour la collectivité, en termes de maintien de l'ordre, de secours et de nettoyage.
Les gens subissent des nuisances et en plus, doivent en payer le coût financier. Lætitia Saint-Paul, députée Horizons de Maine-et-Loire
Lætitia Saint-Paul indique avoir reçu le soutien de nombre de ses collègues députés, en proie aux mêmes plaintes de la part de leurs administrés. Dans certains départements, les préfets ont pris les devants en prononçant des interdictions préventives, massives et de longue durée. Dans le Tarn, le préfet vient ainsi de signer un arrêté rendant les rave-parties illégales jusqu'au 30 juin prochain. Face aux 12 rassemblements illégaux recensés dans le département en 2025 et aux 684 infractions constatées, les services de l'Etat ont invoqué des risques sanitaires et de sécurité publique.
Lætitia Saint-Paul juge que la sanction encourue actuellement, une contravention de 1 500 euros pour l’organisation de ce type de rassemblements malgré une interdiction ou sans déclaration préalable, "n’est pas suffisamment dissuasive". Elle propose donc d'instaurer une peine d’emprisonnement de six mois pour les organisateurs, dits "facilitateurs" et de rendre la confiscation du matériel obligatoire.
"En aucun cas je ne crée une peine de prison pour les participants", précise la députée, ces derniers risquant cependant une contravention spécifique en cas de présence à l'endroit d'une fête non autorisée. Au-delà de cette échelle de sanctions, Lætitia Saint-Paul souhaite que l'Etat puisse répertorier des lieux qui pourraient, par département, se prêter à l'organisation de telles fêtes. Estimant que "la clé, c'est le lieu", elle proposera aussi durant la discussion un amendement pour que parmi les critères d'autorisation par la préfecture, figure une distance d'au moins 500 mètres de l'habitation la plus proche. Elle souhaite également abaisser la jauge de 500 à 250 personnes pour l'obligation de déclaration de l'événement.
Si le texte a déjà été co-signé par des membres des groupes Ensemble pour la République et Liot, il devrait se heurter aux critiques de la gauche au regard d'un phénomène de société appréhendé au prisme de ses excès. Dans une tribune parue dans Le Monde le 25 mars 2025, l'écrivain et universitaire Alexandre Grondeau analysait les rave-parties comme une alternative au consumérisme, ainsi qu'"une réponse citoyenne et collaborative d’une partie de la jeunesse à une réalité sociale inquiétante".
"Que ce champ musical incarné par la techno puisse trouver une forme d'expression, j'en conviens", répond d'ores et déjà Lætitia Saint-Paul aux détracteurs de son texte. "En ciblant les organisateurs, il s'agit de les faire revenir à la table des négociations, de trouver des solutions pour encadrer et ne pas avoir à réprimer ces événements", fait valoir la députée, convaincue qu'"il faut bien que jeunesse se passe", mais "dans les meilleures conditions possibles".