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Emmanuel Macron le 27 juillet 2022

Réforme des retraites : les réactions après la décision de laisser du temps à la concertation

Actualité
par Raphaël MarchalMaxence Kagni, le Jeudi 29 septembre 2022 à 10:46, mis à jour le Jeudi 29 septembre 2022 à 16:59

Alors que l'hypothèse d'une réforme des retraites par voie d'amendement dans le budget de la Sécurité sociale était envisagé, Emmanuel Macron a décidé de laisser du temps à la concertation en vue d'une réforme qui aurait lieu en début d'année prochaine. En cas de blocage et si une motion de censure venait à être votée par les oppositions, le Président a fait savoir qu'il était prêt à dissoudre l'Assemblée nationale. La stratégie de l'exécutif, les réactions de l'opposition... Tour d'horizon. 

Temporiser sur la méthode pour mieux tenir l'objectif de réformer les retraites, c'est la stratégie choisie par Emmanuel Macron à l'issue d'un dîner qui a réuni les ministres concernés par cette réforme et les principaux responsables de la majorité, mercredi 28 septembre.

Sur la méthode, alors que l'exécutif envisageait de réformer par amendement, dès cet automne, dans le cadre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale, il a finalement été décidé de rouvrir un cycle de concertations jusqu'à Noël. Mais sur le fond, le chef de l'Etat reste plus déterminé que jamais à faire adopter la réforme à laquelle il s'est engagée pendant la campagne présidentielle. Quitte à brandir la menace d'une dissolution de l'Assemblée nationale si une situation de blocage devait aboutir au vote d'une motion de censure qui aurait pour effet de faire tomber le gouvernement d'Elisabeth Borne. 

A l'issue de ce dîner et au-delà de ses échos dans les médias, la Première ministre a indiqué à l'AFP que "le choix du dialogue et de la concertation" avait prévalu. Elisabeth Borne souhaite présenter "un bilan" des discussions qui vont avoir lieu avec les partenaires sociaux et forces politiques "avant Noël" en vue d'adopter un projet de loi "avant la fin de l'hiver". L'objectif final restant une entrée en vigueur de la réforme "à l'été 2023", a-t-elle confirmé.

Sur le fond, Elisabeth Borne a rappelé que l'idée était de reporter progressivement l'âge légal de départ à la retraite de quatre mois par an, "aboutissant à 65 ans en 2031". Le ministre du Travail a été chargé d'engager des négociations avec les organisations patronales et syndicales, comme il l'a confirmé sur LCI ce matin. En parallèle, des discussions auront lieu avec les groupes parlementaires. Au menu de la concertation : les carrières longues, la pénibilité , l'emploi des seniors ou encore la revalorisation à 1100 euros du minimum de pension à l'issue d'une carrière complète. 

Pas de "chèque en blanc" de LR

"C'est un progrès, on parle enfin de concertation et de dialogue", a salué, jeudi matin, le président du groupe Les Républicains Olivier Marleix. Interrogé par Sud Radio, le député a cependant prévenu l'exécutif : "La réforme des retraites, c'est évidemment une question d'âge mais pas que, il y a la question des carrières longues, celle de la pénibilité, il y a plein de sujets." Le président des députés LR a notamment évoqué le "pouvoir d'achat des retraités", les retraites agricoles "qui restent anormalement basses" ou encore le cumul emploi-retraite. "Il faut que les François voient qu'il peut aussi y avoir un gain pour tout le monde", a-t-il expliqué.

Sur les modalités concrètes de la réforme, Olivier Marleix estime qu'il faut "aller progressivement vers 64 ans". Pas question en revanche d'annoncer trop tôt un éventuel soutien au projet du gouvernement : Les Républicains ne donneront pas "de chèque en blanc" à l'exécutif et préciseront leur position de groupe "au terme de la négociation qu'il y aura eu avec les partenaires sociaux".

La Nupes et le RN opposés sur le fond

Les annonces de l'exécutif ne changeront pas la position des groupes de la Nupes, fermement opposés à la réforme. Jeudi, soulignant le "très mauvais score" d'Emmanuel Macron au premier tour de l'élection présidentielle, Fabien Roussel a mis en garde le chef de l'État contre une réforme que les Français ne souhaitent pas, dans une "période difficile". Le secrétaire national du PCF a également fustigé le choix de vocabulaire du chef de l'État. La "chienlit", c'est "irrespectueux", a jugé le député du Nord sur RTL, critiquant des propos "d'une extrême violence" vis-à-vis des Français et des travailleurs.

Sur Twitter, la présidente du groupe "Écologiste" à l'Assemblée nationale, Cyrielle Chatelain a, elle aussi, exprimé son opposition, affirmant que "rien ne justifie la réforme des retraites". "Nous ne laisserons pas passer cette réforme", a prévenu jeudi la présidente du groupe La France insoumise à l'Assemblée nationale, Mathilde Panot. "On ne peut pas gouverner la France à coups de 49.3", a encore déclaré l'élue, interrogée en marge de la manifestation organisée à Paris par la CGT, FSU et Solidaires afin de demander une hausse des salaires.

De son côté, le président des députés socialistes Boris Vallaud avait lui aussi expliqué lundi, sur Mediapart, que son groupe était opposé "sur le fond" à la "retraite à 65 ans", qui est "largement rejetée par les Français, et qui dans les faits touchera principalement les plus précaires". 

Le Rassemblement national, lui non plus, ne soutiendra pas la réforme : "Reporter l'âge de départ à la retraite à 65 ans est une folie", a réagi, jeudi matin sur France Inter, le député européen Jordan Bardella. Le 22 septembre, Marine Le Pen avait promis une "opposition absolue" des députés de son groupe à la réforme des retraites. Elle a d'ailleurs déjà annoncé le dépôt d'une motion de censure au cas où le gouvernement engagerait le 49.3 pour faire adopter la réforme.

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Les députés Rassemblement national "voteront toutes les motions qui seront déposées", a également indiqué Marine Le Pen, ouvrant la voix à un soutien du RN à une motion déposée par les groupes de la Nupes. Jeudi, répondant à la menace d'une dissolution de l'Assemblée brandie par Emmanuel Macron si l'opposition parvenait à censurer le gouvernement, la présidente du groupe RN a écrit sur Twitter : "Chiche". Même tonalité du côté de son homologue du groupe LFI, Mathilde Panot, qui s'adresse ainsi au chef de l'Etat sur le réseau social : "Quand vous voulez : la Nupes est prête à vous défaire."