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Epandage pesticides champs

Santé environnementale : un rapport pointe les lacunes des politiques publiques

Actualité
par Soizic BONVARLET, le Jeudi 23 septembre 2021 à 10:10, mis à jour le Vendredi 24 septembre 2021 à 14:47

Après avoir adopté son rapport en décembre 2020, la commission d’enquête consacrée à l’évaluation des politiques publiques de santé environnementale a présenté ses conclusions jeudi 23 septembre devant l’Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST). Alors que selon l’OMS, 23% de la mortalité serait liée à une cause environnementale, la commission préconise de "repenser la place de la santé environnementale dans l’organisation de l’action publique".

Forger une notion commune de la "santé environnementale" : tel a été l’un des objectifs majeurs à l’origine de la commission d’enquête. Partant du constat que "la dégradation de l’environnement nous affecte, puisque les santés humaine, animale et végétale sont interdépendantes", la santé environnementale désigne dans le rapport "tout à la fois l’impact des êtres humains sur l’environnement", comme "ses conséquences sur la santé de tous les êtres vivants".

Aussi, à l’issue de travaux amorcés en septembre 2020, la rapporteure Sandrine Josso (MoDem) formule 21 propositions visant à mettre en œuvre une réelle politique de santé environnementale.

Prévenir certaines maladies à l’aune du facteur environnemental

Alors que l’obésité touche plus de huit millions de Français, le rapport préconise de ne pas limiter son traitement aux seules problématiques liées au comportement nutritionnel et à l’activité physique, mais d’y intégrer la prise en compte des facteurs environnementaux, et en particulier des perturbateurs endocriniens.

La commission d’enquête propose aussi la création au sein des études de médecines d’un diplôme de "médecin obésitologue", afin d’approfondir la connaissance des causes environnementales de ce que d’aucuns nomment "le mal du siècle". Plus généralement, il s’agirait de faire une plus grande place au sein du cursus de médecine aux facteurs environnementaux émergents, dont l’étude est aujourd’hui qualifiée par le rapport de "lacunaire".

Autre sujet sur lequel la commission d’enquête s’est particulièrement penchée : le fléau des cancers pédiatriques. Il est notamment préconisé qu’ils soient "mis au cœur de la prochaine stratégie décennale de lutte contre le cancer".

Quelques jours avant la présentation de son rapport, Sandrine Josso avait déjà profité de la séance des questions au gouvernement du mardi 21 septembre pour braquer les projecteurs sur ce sujet, évoquant les "2750 enfants touchés par le cancer chaque année", chiffre en hausse de 18% sur les treize dernières années, et interrogeant l’exécutif sur "les moyens déployés pour étudier les effets cocktail". Cette expression désigne les expositions multiples, même à faible dose, à différents émetteurs de pollution environnementale pouvant avoir une incidence sur le corps humain. Le rapport de Sandrine Josso préconise la généralisation des programmes de recherche en la matière. Le Secrétaire d'Etat chargé de l'enfance et des familles, Adrien Taquet, a confirmé la volonté de soutenir les stratégies de recherche en lien avec l’exposome, soit "l'ensemble des expositions à des facteurs qui favorisent l'apparition des maladies".

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Autre préconisation formulée par Sandrine Josso et la présidente de la commission d'enquête, Elisabeth Toutut-Picard (La République en marche) : la mise en place d’un "toxiscore" pour les biens de consommation courante, afin d’évaluer "leur contenance en produits reprotoxiques, cancérogènes ou perturbateurs endocriniens".

Les territoires au cœur de la politique de prévention

Pour venir en appui du plan national Santé Environnement (PNSE), mené sous l'égide du gouvernement, en concertation avec la présidente de la commission d’enquête, également à la tête du Groupe Santé Environnement, Sandrine Josso préconise de favoriser les initiatives locales en matière de santé environnementale. En termes d’information avant tout, avec la création d’outils numériques de communication à la disposition des maires sur les éventuels risques environnementaux et sanitaires, mais aussi de réseaux régionaux et interrégionaux pour recueillir et diffuser l’ensemble des données environnementales pour un territoire donné. Elisabeth Toutut-Picard propose également l'approfondissement et la réorganisation de la gouvernance territoriale, et, à l'échelle nationale, la création d'un poste de délégué interministériel. La présidente de la commission d'enquête considère également comme urgente l'accélération de la recherche sur les alternatives au glyphosate.

Adopté à l'unanimité des membres de la commission d'enquête en décembre 2020, le rapport trouve des traductions dans le quatrième PNSE, lancé en mai dernier et copiloté par les ministères de la Santé et de la Transition écologique. Ce sont 90 millions d'euros qui ont été affectés à ce plan pour les cinq années à venir.