Sortie du Grand Est: pourquoi l’Alsace pourrait redevenir une région à part entière

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Strasbourg (© Wikimedia)
Strasbourg (© Wikimedia)
par Raphaël Marchal, le Mardi 7 avril 2026 à 10:37

Une proposition de loi qui permettrait à l'Alsace de s'autonomiser de la région Grand Est est examinée ce mardi dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale. Le texte transpartisan ambitionne de "simplifier le millefeuille territorial", mais rencontre une vive opposition sur certains bancs du Palais-Bourbon.

L'Alsace va-t-elle une fois de plus pouvoir faire valoir son particularisme ? En 2021, un découpage administratif inédit avait déjà abouti à la fusion du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, pour donner naissance à la Collectivité européenne d’Alsace (CEA). Ce mardi, les députés examinent une proposition de loi qui permettrait de facto à l'Alsace de sortir de la région Grand Est, en exerçant ses compétences sur son territoire.

L’Alsace a une histoire et une culture particulières. Jean-René Cazeneuve, rapporteur Ensemble pour la République de la proposition de loi

Le texte transpartisan "permettrait de donner à l'Alsace une existence institutionnelle véritable", a défendu ce mardi l'élue du Haut-Rhin Brigitte Klinkert (Ensemble pour la République) sur BFM Alsace. Dix ans après la mise en place des grandes régions, la plupart des Alsaciens "demandent la prise en compte de leurs spécificités", a fait valoir la députée, sondages à l'appui. Les partisans du texte mettent également en avant les économies que permettrait la mise en place d'une région Alsace : jusqu'à une centaine de millions d'euros par an, selon l'étude d'un économiste. Une estimation prise avec "beaucoup de réserve" par le rapporteur, Jean-René Cazeneuve (EPR).

"Une guerre picrocholine"

Reste que la démarche a donné lieu a un débat engagé la semaine dernière en commission, où le texte a été adopté. "Il s’agit surtout d’une guerre picrocholine entre le président de la région Grand Est et celui de la collectivité européenne d’Alsace", a vilipendé Emmanuel Ferandes (LFI, Bas-Rhin). "S'il convient de redessiner la carte des régions de France, faisons-le de manière lisible et égale dans toute la République, [...] pas à coups de manœuvres politiciennes lancées par quelques notables locaux qui se pensent propriétaires d’un bout de territoire." Thierry Sother (PS, Bas-Rhin) a lui aussi mis en garde : "Les Alsaciens méritent mieux qu’un jeu d’apprenti sorcier institutionnel."

Le texte risquerait également de raviver des tensions locales, ont alerté certains députés. "Ce texte est profondément blessant pour les territoires voisins de l’Alsace. En suggérant que l’Alsace doit s’extraire de son environnement régional, on envoie un message d’exclusion aux Ardennais, aux Champenois et aux Lorrains", a regretté l'élu ardennais Jean-Luc Warsmann (LIOT).

Les présidents de régions ont majoritairement manifesté leur opposition. Une telle réforme serait une "faute institutionnelle, politique et historique", ont alerté dix d'entre eux dans La Tribune dimanche, les signataires de la tribune, parmi lesquels figure le président de la région Grand Est, Franck Leroy. "Cette proposition de loi s’inscrit parfaitement, pour ne pas dire au mot près, dans les exigences de l’extrême droite, qui a fait du démantèlement des régions l’un de ses chevaux de bataille", pointent-ils, tout en soulignant que le texte ambitionne de simplifier le millefeuille territorial... en rajoutant une couche administrative. En outre, tout territoire pourrait être encouragé à "faire sécession" à l'avenir, redoutent-ils.

Le texte, soutenu avec vigueur par l'ex-Premier ministre Gabriel Attal, a également les faveurs du Rassemblement national. Le gouvernement a pour sa part décidé de s'en remettre au vote des parlementaires, en apportant un avis de sagesse sur la proposition de loi. Tout en soulignant qu'elle entraînerait une "évolution administrative d’ampleur", et plaidant par conséquence pour l'organisation d'une consultation citoyenne des habitants de la région Grand Est. Même en cas d'adoption ce mardi, le texte devra ensuite être inscrit à l'ordre du jour au Sénat pour espérer une approbation définitive.