"Gagner en 2027": Raphaël Glucksmann lance sa campagne et veut "ramener la gauche au pouvoir"

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Raphaël Glucksmann, lors de son meeting d'Aubervilliers le 13 juin 2026 (AFP / Kenzo TRIBOUILLARD)
Raphaël Glucksmann, lors de son meeting d'Aubervilliers le 13 juin 2026 (AFP / Kenzo TRIBOUILLARD)
par Anne-Charlotte Dusseaulx, le Dimanche 14 juin 2026 à 00:13, mis à jour le Dimanche 14 juin 2026 à 00:32

Raphaël Glucksmann a affiché sa détermination à être candidat à l'élection présidentielle ce samedi lors de son premier meeting à Aubervilliers. L'eurodéputé Place publique – et quasi-candidat  a appelé les socialistes et les écologistes à le rejoindre.

Sur scène, un candidat pas officiellement déclaré. Derrière, un slogan qui s'affiche en format XXL et qui laisse peu de place au doute : "Gagner en 2027." Samedi soir, pour son premier meeting de campagne, aux Docks d'Aubervilliers, Raphaël Glucksmann a assumé ses intentions en vue de la présidentielle. "Nous lutterons ensemble jusqu'au bout. Ma détermination est sans faille", a lancé l'eurodéputé, qui entend "déjouer les pronostics" et ne croit pas en une "inéluctable" victoire de l'extrême droite.

"Nous allons ramener la gauche au pouvoir", a déclaré le co-président de Place publique, dont les drapeaux flottaient dans l'assemblée aux côtés de nombreux étendards français, quelques drapeaux géorgiens et un ukrainien. Dans la salle, largement remplie, environ 4.000 personnes, selon les organisateurs. 

Bien loin des 26.000 revendiquées par La France insoumise lors du meeting de Jean-Luc Mélenchon il y a une semaine, en Seine-Saint-Denis également ? "On s'en fout ! Personne n'est compétitif sur sa capacité à rassembler. Est-ce que ça fait un bon programme et un candidat souhaitable pour le pays ? Non", évacue l'écologiste Yannick Jadot, présent au meeting pour défendre une candidature commune de la "gauche républicaine, écologiste européenne et démocrate". Le chiffre de 4.000 ? "Dans notre espace politique, personne ne fait mieux. On est au tout début de notre aventure", estime le député Sacha Houlié (Place publique), qui poursuit : "On met un terme au tripartisme, à une gauche sous la férule de Jean-Luc Mélenchon."

Macron "n'a rien compris à l'écologie"

A la tribune, même s'il se dit "convaincu" que "les Français ne veulent pas de Jean-Luc Mélenchon à l'Elysée", et pas non plus des ex-Premiers ministres Edouard Philippe et Gabriel Attal, ce n'est pas contre l'insoumis que Raphaël Glucksmann concentre ses critiques.

Le presque candidat qui souhaite "dénouer les trois laisses", énergétique, industrielle et technologique, qui étranglent le pays , s'en est pris à Emmanuel Macron et à l'extrême droite. Pourquoi n'a-t-il jamais rejoint le premier ? "J'ai toujours su qu'il n'avait rien compris à l'écologie et qu'il n'allait rien faire d'autre que des discours creux", a-t-il expliqué, affirmant vouloir faire de la France "une république écologique" et taclant aussi, quelques minutes plus tard, la théorie du "ruissellement" prônée par le chef de l'Etat.

Notre ennemi, notre ennemi a un visage. Et il a un nom. il en a même plusieurs. Raphaël Glucksmann

Sur le terrain de l'industrie, Raphaël Glucksmann a annoncé qu'en cas de victoire, il proclamerait "l'état d'urgence industriel pour tous les secteurs menacés par la Chine". Et en a profité pour vivement critiquer l'attitude du Rassemblement national, citant plusieurs votes de ses députés, sur Shein ou sur la taxe petit colis : "Elle a voté quoi Marine Le Pen ? Elle a voté contre. Elle a voté pour le Parti communiste chinois." Idem contre Jordan Bardella, qui "passe son temps à voter pour Poutine au Parlement européen". "Les deux font la paire contre tout ce qui permet de protéger notre production, notre industrie", a dénoncé le presque candidat. Celui qui répète à l'envi vouloir reprendre le drapeau français des mains de l'extrême droite a aussi réaffirmé qu'il assumerait "la bataille du patriotisme français jusqu'au bout".

"Notre ennemi, notre ennemi a un visage. Et il a un nom. Il en a même plusieurs. Il s'appelle Elon Musk (le propriétaire de X), Sam Altman (le patron d'Open AI), Zhang Yiming (cofondateur de ByteDance)", a-t-il également lancé, comme en écho au célèbre "mon adversaire [...] il n'a pas de nom, pas de visage [...], c'est le monde de la finance", formulé par l'ancien président socialiste François Hollande en 2012.

En préambule de son discours, au lendemain des obsèques de Lyhanna, Raphaël Glucksmann avait évoqué la "colère juste" des Français après ce drame et appelé à "faire adopter à l'Assemblée nationale" la proposition de loi intégrale transpartisane contre les violences sexistes et sexuelles faites aux enfants et aux femmes.

"Je sais ce que je dois aux militants socialistes"

Ce samedi soir, Raphaël Glucksmann a aussi donné des gages  et fait des appels du pied  aux partenaires qu'il souhaite voir à ses côtés dans cette campagne présidentielle. "Je suis fier d’appartenir à cette gauche démocratique et républicaine. Je suis fier d'avoir fait campagne avec mes amis socialistes par deux fois aux européennes, fier de l'espoir levé en 2024", a-t-il assuré, défendant une gauche qui "rassemble au lieu de brutaliser, répare au lieu de casser". "Je sais ce que je dois aux militants PS. [...] Nous n'avons pas encore écrit les plus belles pages de notre histoire commune", a insisté l'élu, tout en ajoutant aussi vouloir "les écrire avec les militants écologistes".

Côté mesures, Raphaël Glucksmann a promis de faire de l'amélioration des conditions de travail et de la hausse des salaires un "thème central de 2027", et d'imposer dans le débat "la taxation des super successions et des plus hauts patrimoines". Parmi les rares propositions concrètes : la promesse de permettre aux Français modestes "d'avoir accès à une voiture électrique contre un loyer de 100 euros par mois".

Ce meeting, c'est l'expression d'une volonté collective, d'une capacité à rassembler. Marisol Touraine

Forcément, les regards se sont tournés vers les personnalités présentes. Aux premiers rangs du meeting, plusieurs socialistes étaient là, à l'instar de la présidente de la région Occitanie Carole Delga, la sénatrice Laurence Rossignol, le maire de Montpellier Michaël Delafosse tous opposants du premier secrétaire Olivier Faure, absent, et hostiles à une primaire. C'est le député socialiste Laurent Baumel qui était venu représenter le courant d'Olivier Faure "comme on va chez un partenaire" et Hélène Geoffroy était également présente.

On trouvait aussi la journaliste Anne Sinclair, Laurence Tubiana, directrice de la Fondation Européenne pour le climat, le réalisateur Michel Hazanavicius et sa compagne l'actrice Bérénice Bejo, l'ex-eurodéputé Pascal Durand ou encore les anciens ministres Bernard Kouchner et Marisol Touraine. "Ce meeting, c'est l'expression d'une volonté collective, d'une capacité à rassembler, l'idée qu'un chemin est possible", explique cette dernière.

"Soyez fiers et allez convaincre"

Plusieurs députés socialistes avaient également fait le déplacement, alors que le parti n'a pas encore arrêté sa stratégie pour la présidentielle. Parmi eux, Guillaume Garot pour qui Raphaël Glucksmann est "le seul qui puisse rassembler à gauche et parler au-delà". "S'il parvient à donner une vision pour le pays, avec des valeurs clairement ancrées à gauche, il est la solution", poursuit l'élu. "Il est le moins mauvais candidat, l'enjeu est qu'il soit le meilleur", complète Yannick Jadot.

Raphaël Glucksmann, qui s'était laissé trois mois avant d'aller plus loin dans la course présidentielle, en est certain : "Notre gauche sera à la hauteur de l'histoire. Elle se réunira par delà les doutes, par delà les différences. Adieu esprit de défaite." Pour les présents, le candidat avait un dernier message ce samedi soir : "Soyez fiers et allez convaincre. [...] Il nous reste dix mois pour y arriver, il n'y a pas une seconde à perdre !"