À moins d'un mois d'une décision de justice cruciale pour l'avenir du Rassemblement national, Jordan Bardella et Marine Le Pen ont multiplié les discordances au cours des dernières semaines.
Dans 25 jours, Marine Le Pen sera fixée sur son avenir, et le Rassemblement national avec. Le 7 juillet, les juges de la cour d'appel rendront en effet leur décision dans l’affaire des assistants parlementaires européens du Front national. Si son inéligibilité venait à être confirmée, la patronne des députés du RN renoncerait à candidater à l'élection présidentielle de 2027, et passerait la main à Jordan Bardella.
Si [Jordan Bardella] est candidat, il aura son propre programme et sa vision des choses. Louis Aliot, vice-président du RN, sur France 2 le 3 juin
Un simple changement de leader, qui ne modifierait en rien la ligne programmatique du RN ? Pas si sûr. Car au cours des derniers mois, les deux figures du parti à la flamme ont multiplié les divergences. La dernière en date porte sur une éventuelle démission de Gérald Darmanin, mis sous pression dans le cadre de l'affaire Lyhanna. "Le ministre de la Justice, aurait, à mon sens, dû par honneur présenter sa démission", a affirmé ce jeudi Jordan Bardella. Deux jours plus tôt, Marine Le Pen avait pourtant jugé l'inverse. "On ne peut pas faire des appels à la démission en permanence", avait-t-elle lancé depuis les couloirs du Palais-Bourbon.
Cette dissonance s'observe aussi sur des sujets plus structurels, comme celui des retraites. Jusqu'à maintenant, le RN propose un système progressif, avec un âge légal de départ fixé à 60 ans pour ceux qui ont commencé à travailler tôt, et à 62 ans pour les autres, et une durée de cotisation oscillant entre 40 et 42 annuités, là encore selon l'entrée sur le marché du travail.
Mais début mai, Jordan Bardella a annoncé à la presse allemande que son parti était en train d'examiner le sujet d'un relèvement de l'âge légal de départ à la retraite. "L'âge légal ne veut rien dire, ce qui compte c'est la durée de cotisation", a-t-il martelé sur LCI, prévoyant de présenter un nouveau "système".
Plus globalement, depuis plusieurs mois, le candidat potentiel a commencé à se démarquer sur la ligne économique, en affichant une veine plus libérale. Reçu par le Medef, la principale organisation patronale, en avril, Jordan Bardella s'en prend régulièrement aux normes et au trop-plein d'impôts, fustigeant l'interventionnisme de l'État. Marine Le Pen défend au contraire un État providence robuste et interventionniste et la revalorisation des retraites.
Sur France Inter, ce vendredi, Sébastien Chenu a affirmé que le tandem affichait exactement la même ligne. "Ils ont tous les deux fait campagne et été élus sur le même programme", que ce soit aux législatives ou aux européennes, a affirmé le député.
"Nous avons une parole unique sur le programme, et c'est ça qui compte", a de son côté revendiqué Laurent Jacobelli ce vendredi sur TF1. "On ne va pas passer les quelques mois qui nous séparent de la présidentielle à essayer de savoir s'il y en a un qui a utilisé le futur et l'autre l'imparfait, pour imaginer un début de semblant de discorde. Il n'y en a pas !" a insisté le porte-parole du RN.
Marine Le Pen, Jordan Bardella et certains cadres du parti doivent se retrouver ce vendredi pour un séminaire de préparation de la campagne présidentielle, en dehors de Paris et des regards indiscrets. L'occasion de fixer une ligne claire et de resserrer les rangs en vue de 2027.