"Plus jamais ça": après l'affaire Lyhanna, l'Assemblée nationale sous le choc met le gouvernement sous pression

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Sébastien Lecornu dans l'hémicycle, le 9 juin 2026
Sébastien Lecornu dans l'hémicycle, le 9 juin 2026.
par Anne-Charlotte Dusseaulx, le Mardi 9 juin 2026 à 18:07, mis à jour le Mardi 9 juin 2026 à 18:10

La mort de Lyhanna a été au cœur de la séance des questions au gouvernement ce mardi 9 juin. Sébastien Lecornu et ses ministres ont été interpellé à douze reprises sur le sujet et ce, par l'ensemble des groupes politiques de l'Assemblée nationale. La proposition de "loi intégrale" signée par plus d'une centaine de députés, ainsi que la question des moyens de la justice, ont alimenté des échanges parfois vifs.

"Nous pensons à Lyhanna, à celles et ceux qui l'ont aimée, à tous ces enfants victimes de ces violences insupportables." Première députée à prendre la parole ce mardi après-midi à l'Assemblée nationale, Gabrielle Cathala (La France insoumise) a donné le ton des questions au gouvernement, expliquant que "cette affaire reflète le fonctionnement tristement ordinaire de la justice française" et accusant le gouvernement de "feindre de le découvrir". "Il faut que les enfants meurent pour qu'enfin on les croit", a lancé l'élue. Quelques instants auparavant, Yaël Braun-Pivet avait rendu hommage à la collégienne de 11 ans et les députés avaient observé une minute de silence dans l'hémicycle du Palais-Bourbon. 

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Directement visé par Gabrielle Cathala, le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a dit "regretter la politisation" de l'affaire. "Si vous pensez que vous allez protéger les enfants (...) en faisant de la politique politicienne, je pense que vous vous trompez frontalement", a-t-il poursuivi, répétant que "nous n'avons pas su protéger une enfant de la République" et que "nous avons failli". "Les enfants parlent, il faut les écouter ; les mères protègent, il faut les écouter et les protéger. L'objectif est de faire vite et bien", a pour sa part affirmé sa collègue, Aurore Bergé.

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Ce mardi après-midi, pas moins de douze des 17 questions posées au gouvernement ont porté directement sur l'affaire Lyhanna, ou plus généralement sur le système judiciaire français et la mauvaise prise en compte de la parole des enfants.

La loi intégrale inscrite à l'ordre du jour ?

"Vous ne pouviez pas dire que vous ne saviez pas", a poursuivi Marie-Charlotte Garin (Écologiste) quelques minutes plus tard, listant "le MeToo des adultes et des enfants, les rapports, les commissions d'enquête, les questions que l'on vous pose inlassablement ici, les 82 mesures de la Ciivise et la loi intégrale portée par les associations et les parlementaires". "Mais il a fallu qu'une enfant meurt pour que, grand seigneur, vous daignez nous dire 'OK pour la loi intégrale’", a-t-elle déploré.

Car c'était l'autre sujet de la séance : quand la proposition de loi transpartisane contre les violences sexistes et sexuelles faites aux enfants et aux femmes sera-t-elle inscrite à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale ? "Lyhanna est le drame de trop. Quand la loi intégrale sera-t-elle examinée ?", a questionné, entre autres, le député Jean-René Cazeneuve (Ensemble pour la République), élu du Gers, le département où vivait la collégienne. 

"L'affaire Lyhanna n'est pas un simple drame, c'est le visage d'une réalité que notre pays ne peut plus ignorer. Cette réalité nous concerne toutes et tous", a pour sa part déclaré Céline Thiébault-Martinez (Socialistes), la députée à l'initiative de ce texte déposé en novembre dernier et signé par plus de 110 de ses collègues issus de huit groupes politiques. "Plus jamais ça, vous devez agir avec détermination. (...) Jusqu'à présent, ce sujet n'a pas été votre priorité. C'est l'horreur qui nous oblige à regarder la réalité en face", a-t-elle ajouté, plaidant pour un examen du texte en juillet ou en septembre lors des sessions extraordinaires.

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Sur les bancs du Palais-Bourbon, tous se sont succédé pour demander des réformes d'ampleur. "Lyhanna est morte dans les lenteurs de nos enquêtes, les silences de nos institutions, dans cette chaîne où chacun pense peut-être avoir fait son travail mais où personne n'a empêché l'irréparable", a résumé Nathalie Colin-Oesterlé (Horizons). "Quand un enfant parle, ce devrait être code rouge de tous les côtés", a estimé Emilie Bonnivard (Droite républicaine), pour qui "le principe de précaution doit impérativement s'appliquer".

"Cette petite fille a été sacrifiée sur l'autel de la nonchalance, d'un État dont l'appareil judiciaire a failli", a dénoncé Marine Le Pen (Rassemblement national).

Les annonces de Sébastien Lecornu

C'est en réponse à la cheffe de file des députés RN, l'usage étant que le Premier ministre réponde aux présidents des groupes parlementaires, que Sébastien Lecornu a pris la parole. Concernant l'affaire Lyhanna, il a indiqué que les inspecteurs généraux rendront les conclusions de l'enquête administrative le 29 juin et que l'intégralité sera publiée. "Il faut agir vite face à ce qui n'est pas un faits-divers, [...] mais un fait de société sur une violence endémique", a poursuivi le chef du gouvernement (voir la vidéo en tête d'article).

Le projet de loi sur la protection des mineurs, inscrit à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale le 15 juillet, sera complété par "quatre demandes urgentes" : le passage d’une peine de 20 ans à une peine pouvant aller jusqu'à la perpétuité pour les coupables de viols sériels, un délai maximal de trois mois pour les actes d’enquêtes, la transparence des procédures pour les victimes et un travail sur les délais de prescription. 

Pour autant, s'il a jugé que la proposition de loi dite intégrale était "utile", Sébastien Lecornu a exhorté ses défenseurs à ne pas "mentir au peuple français en laissant penser que [l'affaire Lyhanna] n'est qu'une affaire de moyens". "Aucune disposition de la loi intégrale n'aurait répondu au drame de Lyhanna", a affirmé Gérald Darmanin, ajoutant : "Ne faisons pas croire que c'est une nouvelle loi ou des moyens supplémentaires qui auraient empêché ce drame."

La question des moyens au cœur des échanges

Car la question des moyens a bel et bien été au cœur des échanges de la séance des questions au gouvernement. "Je constate avec effarement que le président de la République et le garde des Sceaux balaient de manière bien désinvolte la question des moyens de la justice", avant même les conclusions de l'enquête administrative, a regretté David Taupiac (Liot), élu de la circonscription où est morte Lyhanna. "Tous vos ministres qui nous parlent sans argent, ce n'est que du vent", avait lancé quelques minutes plus tôt Marie-Charlotte Garin (Écologiste)

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"Vous avez présenté des excuses, mais les excuses ne protègent pas les enfants. [...] Il faut des moyens pour opérer un tournant, mais des moyens vous prétendez ne pas en avoir", avait également critiqué Karine Lebon (Gauche démocrate et républicaine)

Forcément interpellé à de nombreuses reprises, le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a répondu pouvoir "à la fois dire que nous devons augmenter les moyens pour l'ensemble des services qui s'occupent des violences faites aux enfants" et "voir les dysfonctionnements individuels lorsqu'il y en a". 

En conclusion de la séance, alors qu'elle avait, elle aussi, prévu d'interroger le gouvernement sur les changements à opérer pour qu'un tel drame ne se reproduise pas, la députée Laure Miller (Ensemble pour la République) a dit "sa honte" de "l'image déplorable" donnée cet après-midi au Palais-Bourbon. "Depuis 15 heures, on se renvoie la balle comme des gamins dans une cour d'école", a regretté l'élue, visiblement affectée. "Si être député en mai 2026 c'est ça, je ne me sens pas députée, je me sens citoyenne, et je suis vraiment déçue", a-t-elle ajouté, appelant "les hommes et les femmes de bonne volonté" à travailler ensemble pour que cette année pré-présidentielle "ne soit pas une année de paralysie politicienne".

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