"Tribunal politique", "parti coupeur de têtes": Bruno Le Maire met en cause la commission d'enquête LFI sur les fonds spéculatifs

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Bruno Le Maire le 30 avril 2026
Bruno Le Maire auditionné par la commission d'enquête sur les fonds spéculatifs, le 30 avril 2026 - LCP
par Soizic BONVARLET, le Jeudi 30 avril 2026 à 17:05, mis à jour le Jeudi 30 avril 2026 à 17:25

Lors d'une audition tendue à l'Assemblée nationale, Bruno Le Maire a accusé la rapporteure de la commission d'enquête sur les fonds spéculatifs, Aurélie Trouvé (LFI), de "mensonges" et lui a reproché de faire de cette instance "un tribunal politique". La députée, dont le groupe a initié la création de cette commission, a quant à elle mis en cause l'action de l'ancien ministre de l'Economie. Récit. 

Deux visions irréconciliables de l'économie. Tel est bien ce qui s'est donné à voir lors de l'audition de Bruno Le Maire par la commission d'enquête "sur la prédation des capacités productives françaises par les fonds spéculatifs". Menée par son président, Emmanuel Mandon (Les Démocrates), et sa rapporteure, Aurélie Trouvé (La France insoumise), l'instance est en passe d'achever ses travaux, avec ses dernières auditions qui auront lieu la semaine prochaine.

"Autosatisfecit"

Convoqué au titre de son action à la tête du ministère de l'Economie et des Finances (2017-2024), Bruno Le Maire a abordé l'audition par une défense vigoureuse de son bilan, et du capitalisme. "Sans capital, pas d'entreprises, et sans entreprises, pas de prospérité", a-t-il martelé, estimant que "le principal problème de la France et de l'Europe" résidait justement dans un accès au capital selon lui insuffisant. "Nous risquons de manquer les grands tournants du 21e siècle faute de capital", a estimé l'ex-ministre, ajoutant qu'il s'agissait de "l'une des raisons pour laquelle l'Europe a manqué la troisième révolution industrielle", celle des nouvelles technologies.

"Je me suis battu pendant sept ans pour faire venir l'argent en France", a fait valoir l'ancien patron de Bercy, se targuant d'avoir fait de la France "le pays le plus attractif pour les investissements étrangers". "Les 2,6 millions d'emplois que nous avons créés en sept ans, ils ne sont pas tombés du ciel", s'est-il ainsi félicité.

Un "autosatisfecit" qu'Aurélie Trouvé s'est attaché à démonter point pour point, accusant Bruno Le Maire d'avoir livré nombre d'entreprises à des fonds nocifs, ces dernières se retrouvant "affaiblies", "pillées", puis "mises en faillite". "Le problème n'est pas le capital, mais le type de capital que vous avez favorisé, à savoir un capital prédateur", a notamment déclaré la députée, dénonçant "l'absence de régulation" et "les avantages fiscaux" dont ces fonds auraient bénéficié durant les années de Bruno Le Maire au ministère de l’Economie.

"Tribunal politique"

Aurélie Trouvé (LFI) ayant fait état de "dégâts très concrets voire irréversibles" sur l'économie française, Bruno Le Maire a répliqué en déplorant des "mensonges" de la part de la rapporteure. "Si cette commission d'enquête est un tribunal politique, je ne réponds plus à vos questions", a aussi menacé l'ex-ministre alors qu'Aurélie Trouvé lui reprochait à son tour de travestir la vérité, affirmant que "la part de l'emploi industriel n'[avait] fait que chuter" depuis son passage à Bercy.

Nous avons tous un devoir de vérité, et vous n'avez pas un droit de mensonge Madame la rapporteure. Bruno Le Maire, ancien ministre de l'Economie et des Finances

Une joute oratoire qui s'est poursuivie tout au long des deux heures et demi d'audition de Bruno Le Maire, avec Aurélie Trouvé mais aussi son collègue insoumis Aurélien Saintoul et la socialiste Anna Pic. "A force de faire fuir le capital, vous détruisez la production en France", a aussi lancé l'ancien ministre à l'adresse des groupes de gauche, avant de qualifier La France insoumise de "parti coupeur de têtes".

"Je ne laisserai personne dire que nous avons détruit de l'emploi industriel. L'Insee a documenté à 122 300 le nombre d'emplois industriels créés lorsque j'étais ministre", a protesté Bruno Le Maire, avant d'aborder finalement la question des fonds d'investissements, les qualifiant de "nécessaires". "Il y a des fonds très respectables, qu'on est bien content de trouver lorsque plus personne ne veut investir dans une entreprise", a-t-il souligné. "Et puis, il y a les fonds qui ne respectent pas leurs engagements (...) Le rôle de la puissance publique c'est de veiller à ce que ces fonds, lorsqu'ils se comportent mal, soient sanctionnés".

Alors qu'Emilie Bonnivard (Droite républicaine) employait l'expression de "fonds prédateurs", l'ancien locataire de Bercy s'est adressé à l'ensemble des députés : "Tous les mots que vous employez sont piégés !", s'est-il exclamé. Et de lancer : "Vous êtes législateurs, si tous ces fonds sont prédateurs, alors interdisez-les !"

Des désaccords sur le rôle de la BPI

La commission d'enquête a également évoqué la vocation de la Banque publique d'investissement (Bpifrance), Aurélie Trouvé accusant Bruno Le Maire de l'avoir dévoyée en lui faisant jouer "un rôle de banque privée classique, et non son rôle de banque publique". La députée reprochant à l'ex-ministre d'avoir privilégié le recours aux fonds d'investissements plutôt que d'en appeler au soutien de Bpifrance pour les entreprises en difficulté.

"Le rôle de l'Etat n'est pas de socialiser les pertes", a répondu Bruno Le Maire. "Le contribuable n'a pas à être exposé aux pertes d'une entreprise privée. Celui qui doit prendre le risque, c'est un fonds. Le fonds, parfois il gagne, parfois il perd. Mais il permet à l'activité de se poursuivre", a argué l'ex-ministre, citant l'exemple d'Ascoval, qui avait échappé de peu à la liquidation judiciaire fin 2018. Avant qu'Aurélie Trouvé lui oppose d'autres exemples, parmi lesquels celui de Kem One à Fos-sur-Mer, racheté en 2021 par le fonds de pension américain Apollo, et aujourd'hui acculé par une dette de 700 millions d'euros.

"Depuis 2017 et l'arrivée au pouvoir de Macron, tout un pan de notre production s'effondre, tombée dans les mains de fonds prédateurs", a plus largement tweeté Aurélie Trouvé à l'issue de cette audition qui a tourné à la confrontation avec Bruno Le Maire. Les auditions de la commission d'enquête prenant fin la semaine prochaine, son rapport devrait, selon nos informations, être présenté aux députés autour du 15 juin.