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Antonin Burat / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Affaire Pegasus : plusieurs députés ciblés, Villani et Quatennens portent plainte

Actualité
par Maxence Kagni, le Mercredi 21 juillet 2021 à 10:34, mis à jour le Mercredi 21 juillet 2021 à 14:39

Selon les informations d'un consortium international de journalistes, plusieurs personnalités politiques françaises ont fait l'objet d'une tentative d'espionnage d'ampleur inédite menée grâce au logiciel espion israélien Pegasus. Parmi eux figurent des députés, dont certains ont décidé de porter plainte.

50.000 numéros de téléphone potentiellement ciblés et parmi eux, ceux du président de la République et de plusieurs députés français. Selon les révélations d'un consortium international de journalistes, dont le quotidien français Le Monde, Cédric Villani (non inscrit), Adrien Quatennens (La France insoumise), Gilles Le Gendre (La République en marche), ou encore les anciens ministres Christophe Castaner et François de Rugy (LaREM) font partie de la liste de personnalités françaises visées par le logiciel espion israélien Pegasus. Ce logiciel permet de contrôler intégralement un téléphone portable, de consulter ses messages (même sur des applications cryptées), ses courriels, d'en activer le micro et la caméra...

Dépôts de plainte

"Je ne suis pas vraiment surpris, on sait que ça peut vous arriver quand vous êtes à un poste de responsabilité", a réagi ce mercredi Cédric Villani. L'élu a décidé de "porter plainte à titre individuel". "Il ne faut pas laisser passer cela", déclare le mathématicien, interrogé par LCP. "J'en profite au passage pour faire de la publicité à Julian Assange, le premier à nous avoir alerté sur ces dérives, cela fait dix ans qu'il est persécuté sans aucune bonne raison", a ajouté le député de l'Essonne à propos du fondateur de Wikileaks.

"Ce n'est pas ma personne qui est visée", a pour sa part expliqué Adrien Quatennens, interviewé mercredi matin sur BFMTV : "C'est évidemment le mouvement de La France insoumise, tous mes contacts, et toutes les communications que j'ai pu avoir, le groupe parlementaire [qui sont ciblés]." Tout comme Cédric Villani, le député LFI a annoncé qu'il allait déposer plainte. Son groupe parlementaire ainsi que le mouvement La France insoumise devraient en faire de même.

L'élu du Nord a également mis en cause la "réponse très évasive" de Jean Castex, qui a réagi à l'affaire mardi, lors des questions au gouvernement. Devant les députés, le Premier ministre a décrit des faits "d'une très grande gravité" s'ils "sont avérés". Des investigations sur "leur matérialité" ont été "ordonnées" mais elles n'ont "pas abouti", a ajouté Jean Castex : "Il ne m'est donc pas possible de m'exprimer à ce stade devant la représentation nationale", a-t-il conclu. Sa réponse "laisse beaucoup d'interrogations en suspens", a jugé mercredi Adrien Quatennens.

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L'ampleur des écoutes a des implications plus profondes, selon le député "La France insoumise" : "Souvent, par exemple dans les lois sur le terrorisme, on discute des modalités par lesquelles vous pouvez perquisitionner, vous pouvez accéder aux conversations par mail, vous imaginez bien que tout ces débats sont du flan si de telles technologies sont disponibles."

L'ancien président du groupe La République en marche à l'Assemblée nationale, Gilles Le Gendre, ferait lui aussi partie des personnes ciblées. Le député a réagi mardi sur Twitter, dénonçant "l'extrême gravité de cet espionnage à grande échelle". Pour l'heure, l'élu ne souhaite pas communiquer davantage dans une volonté de "ne pas se faire de la publicité" sur cette affaire, indique son entourage.

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L'implication du Maroc ?

Ciblé lorsqu'il était ministre de l'Environnement, François de Rugy, redevenu député La République en marche de Loire-Atlantique, évoque lui "trois tentatives [d'intrusion] les 15 et 16 juillet 2019" qui "n'auraient pas abouti à la captation de [ses] données". "C'est un choc d'apprendre que son téléphone a pu être espionné de la sorte", a déclaré mardi l'élu, qui souhaite désormais qu'une "enquête judiciaire" soit ouverte.

"J'ai toujours entretenu de très bonnes relations avec le Maroc", s'est étonné François de Rugy, qui "demande des explications" et "une audience à l'ambassadeur du Maroc en France", alors que le pays est cité comme possible instigateur de ces intrusions.

Membre de la délégation parlementaire au renseignement, Loïc Kervran (Agir ensemble) met cependant en garde la classe politique française : "Évidemment quand vous êtes un Etat et que vous voulez attaquer les téléphones des dirigeants français, vous avez intérêt à vous faire passer pour un autre Etat, y compris en semant des fausses pistes", a déclaré mardi l'élu au micro de LCP. Selon lui, il convient d'être "vraiment prudent sur l'attribution [de l'espionnage] avant d'enclencher une crise diplomatique".

Adrien Quatennens, lui aussi, fait preuve de prudence : "On n'a pas encore de certitudes sur le fait de savoir qui a commandité cet espionnage", a déclaré le député La France insoumise, qui "demande au gouvernement de réagir" et de "demander des comptes" au Maroc mais aussi au gouvernement israélien.

De son côté, Cédric Villani juge "incompréhensibles" les agissements présumés du Maroc. L'élu se demande si l'Etat marocain n'a pas agi "pour d'autres services". Le mathématicien avance une autre hypothèse : il aurait pu être visé en raison de son "implication" en Algérie.

"Bonne hygiène"

"Il faut être conscient que nous sommes des cibles et que d'autres pays veulent savoir quel est le processus de décision politique, où est-ce qu'on en est sur les grands sujets", a analysé mardi Loïc Kervran, qui estime important que "chacun se protège".

Le député évoque notamment l'usage de "moyens techniques qui vont permettre de crypter les communications", mais aussi des "moyens d'hygiène numérique" comme laisser son portable en dehors de la salle, ou le "glisser dans une pochette empêchant la transmission des données".

"J'ai fait un check de sécurité de mon téléphone il y a deux ans et j'ai remarqué que j'avais été ciblé", explique quant à lui Cédric Villani, qui ne sait toutefois pas si cette tentative avait été fructueuse. Le député juge lui aussi que "c'est une bonne hygiène que de faire vérifier son téléphone tous les ans".