Il fut, depuis son premier mandat de député, un défenseur acharné de l'instauration d'un droit à l'aide à mourir. Maire de la Rochelle depuis mars dernier, Olivier Falorni est revenu à l'Assemblée nationale, ce mercredi 15 juillet, pour assister à l'aboutissement de son combat. Une journée forte en émotions et chargée de sens pour l'auteur de la proposition de loi qui a été définitivement adoptée en fin de journée. Récit.
"On ne va pas faire attendre dix ans Monsieur Falorni". Alors qu'en salle des Quatre Colonnes, les micros se tendent et les journalistes affluent, l'ancien député de Charente-Maritime fait son retour, le temps d'une journée, à l'Assemblée nationale. "Vous savez, cela fait 14 ans que j'attends", ironise l'ancien député pendant que les caméras s'installent. Pour le désormais maire de La Rochelle, ce 15 juillet est un jour "historique", en ce qu'il consacre un nouveau droit pour les Français, mais aussi l'aboutissement d'un combat politique qui aura duré plus d'une décennie.
Car celui dont la première question au gouvernement, le 17 décembre 2013, avait fait résonner dans l'hémicycle du Palais-Bourbon "l'indicible, c'est-à-dire la souffrance absolue d'un être cher qui n'en peut plus de ne pas partir" n'a eu de cesse, durant ses trois mandats successifs à l'Assemblée nationale, de se battre pour l'instauration d'un droit à l'aide à mourir.
D'abord au travers de propositions de loi présentées lors des "niches" des groupes auxquels ils appartenait, et qui ont toujours ployé sous le poids de l'obstruction de ses opposants. Ensuite en tant que rapporteur général du projet de loi sur la fin de vie présenté par le gouvernement en 2024. Puis de nouveau, après la dissolution de l'Assemblée nationale, en tant que rapporteur général de la proposition de loi qu'il a déposée, suite à la volonté gouvernementale de scinder en deux le texte initial, avec d'un côté les soins palliatifs, de l'autre l'aide à mourir.
"J'ai parfois eu le sentiment d'être Bill Murray dans le célèbre film Un jour sans fin", confie Olivier Falorni. "Aujourd'hui, c'est l'aboutissement d'un processus parlementaire qui a demarré il y a de nombreuses années, et j'ai envie de dire : "enfin !"". L'ancien député évoque "tous ces visages", ceux des malades qu'il a rencontrés tout au long de son combat et qui, "pour l'immense majorité d'entre eux, ne sont plus là". Une pensée réconfortante le traverse en pensant à ceux qui l'ont accompagné, soutenu, motivé et dont le combat à ses côtés n'aura pas été vain, puisque l'ultime liberté à laquelle ils aspiraient sera permise à d'autres.
Aujourd'hui je pense à tous ces Français qui, condamnés par la maladie, ne doivent pas être condamnés à l'agonie. Olivier Falorni, le 15 juillet 2026
Un jour historique aussi parce qu'en tant que législateur, "ce n'est pas si souvent qu'on crée un nouveau droit", souligne-t-il dans les jardins du Palais-Bourbon, à quelques pas du buste de Simone Veil. Il cite justement la loi ayant dépénalisé l'avortement, définitivement adoptée par le Parlement en décembre 1974, estimant que "ce texte sur l'aide à mourir entre dans ce cycle des grandes réformes sociétales à même de changer les choses concrètement pour nos concitoyens".

Il fait un autre parallèle en raison de la violence que les deux lois ont suscité, des insultes aux menaces de mort, en passant par "l'explosion du point Godwin". "Des imbéciles", lâche Olivier Falorni, qui "auront des comptes à rendre devant l'histoire". "Moi vous savez, je suis en bonne compagnie, en 1974 Simone Veil avait été traitée de génocidaire, elle, la survivante des camps de la mort", poursuit l'édile, avant de conclure : "Tout ce qui est excessif est finalement insignifiant".
Un peu plus tôt, Olivier Falorni a déjeuné avec deux corapporteurs du texte, Stéphane Delautrette (Socialistes) et Brigitte Liso (Ensemble pour la République), la députée qui l'a remplacé après son élection à La Rochelle, Sabine Gervais (Les Démocrates), et celui à qui il a passé la main en tant que rapporteur général, Philippe Vigier (Les Démocrates). Il évoque "un ami" et "un député chevronné" qui, contrairement à lui, a "cheminé" sur la question du droit à l'aide à mourir. "Il a sa sensibilité démocrate-chrétienne. Quand nous nous sommes connus, en 2012, il était très réticent à l'instauration de ce nouveau droit. Et puis finalement, il l'a défendu avec courage et conviction".
Dans les tribunes pour assister à la dernière lecture et au vote définitif du texte, Olivier Falorni écoute avec une émotion retenue les mots de son successeur, qui lui rend hommage dès ses premiers mots dans l'hémicycle, et à plusieurs reprises durant sa prise de parole. Il reste stoïque durant le réquisitoire de Christophe Bentz (Rassemblement national) qui, au nom des "plus vulnérables", demande à ses collègues d'appliquer un "principe de précaution" en votant contre un "texte de mort".
Puis vient le vote. 291 voix "pour", 241 "contre". Un score plus serré que prévu, qui n'entame pas la satisfaction de l'initiateur du texte. Il se dit "très fier et très heureux" au sortir de la séance, non sans laisser passer un long silence où l'émotion affleure avant de parvenir à s'exprimer. Il évoque à nouveau "tous ces visages, ces voix" qui l'ont parfois "hanté dans [son] sommeil, et l'ont accompagné "tout au long de ce combat".

"Je suis heureux que ce 15 juillet soit un beau moment pour la République, le vote de l'ultime liberté", conclut-il avant de rejoindre dans une salle attenante le ministre des Relations avec le Parlement et ancien co-rapporteur du texte, Laurent Panifous, qui le prend dans ses bras. Puis, c'est au tour de Philippe Vigier, une longue étreinte, comme la conclusion de ce qui a été pour Olivier Falorni une "interminable odysée".
Si avant sa promulgation et son application, la loi devra franchir une dernière étape devant le Conseil constitutionnel, notamment saisi par le Premier ministre sur certaines dispositions, Olivier Falorni n'est pas inquiet. N'hésitant pas à qualifier l'initiative de Sébastien Lecornu de "superfétatoire", il rappelle que le texte a été construit conformément à l'avis du Conseil d'État et qu'à ce titre sa solidité ne devrait, selon lui, pas être remise en cause. Même en ce jour particulier, Olivier Falorni ne désarme pas. "Maintenant il faut que les décrets d'application soient émis le plus rapidement possible", dit-il en s'adressant à l'exécutif. "Car le Parlement souverain a décidé".