Alliances avec le RN: Gérard Larcher met en garde les élus LR

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Gérard Larcher
Le président du Sénat Gérard Larcher - Image d'illustration.
par Soizic BONVARLET, le Mercredi 11 mars 2026 à 16:30

Invité de France Inter ce mercredi, le président du Sénat, Gérard Larcher (Les Républicains), a déclaré que les membres de son parti tentés par une "alliance avec le Rassemblement national ou ses proxys" n'auraient "plus leur place" au sein des LR. Visant en particulier l'eurodéputé Christophe Gomart, élu LR, qui a apporté son soutien à Eric Ciotti à Nice.

"Pas d’alliance avec le Rassemblement national ou ses proxys". Tels ont été les propos martelés par Gérard Larcher au micro de France Inter, ce mercredi. Interrogé sur le cas de Christophe Gomart, eurodéputé Les Républicains et soutien de la candidature à Nice d'Eric Ciotti au nom de son parti allié du RN, l'UDR, le président du Sénat a vivement critiqué ce type de ralliements. Et d'indiquer que les personnalités encartées chez LR ayant fait ce choix n'auraient "plus leur place, car c'est un choix qui est différent du nôtre, que nous avons fait collectivement en bureau politique".

Un rapprochement de fait ?

Malgré cette position édictée par l'une des têtes de pont du parti, plusieurs personnalités LR ont fait acte de soutien à des listes emmenées par le RN. Christophe Gomart à Nice, mais aussi Jean-Marc Pujol, qui fut maire Les Républicains de Perpignan entre 2009 et 2020, et qui a annoncé qu'il "[voterait] pour la liste d'union des droites et du peuple conduite par Louis Aliot". L'ancien édile indique aussi avoir bien accueilli le ralliement d'anciens membres de son équipe municipale à la liste Rassemblement national menée par le maire sortant Louis Aliot.

Cette tentation revient à notre disparition, et à celle des valeurs que nous portons. Gérard Larcher, président (LR) du Sénat

Mais s'opère également un rapprochement avec le parti Reconquête d'Eric Zemmour, visé par Gérard Larcher dans son expression de "proxys". À Bourg-en-Bresse par exemple, le maire socialiste sortant, Jean-François Debat, est confronté à une liste menée par Benoît de Boysson, membre de Reconquête, sur laquelle figurent deux élus LR. Et ce sans qu'aucun candidat concurrent n'ait été investi par le parti.

À Paris, la tête de liste de Reconquête, Sarah Knafo, n'a de cesse de tendre la main à Rachida Dati, candidate investie par Les Républicains, estimant que "la seule stratégie qui conduise à la victoire, c’est l’union". Si Rachida Dati n'a pour l'instant pas répondu à ces appels du pied, une fusion de sa liste avec celle de Sarah Knafo en cas de qualification au second tour acterait définitivement la rupture du cordon sanitaire à droite.

Parmi les électeurs de droite, le principe d'une telle union est déjà majoritairement accepté. Selon la dernière enquête réalisée par Ipsos-BVA-Cesi pour le CEVIPOF, la Fondation Jean Jaurès et Le Monde, seuls 21% des sympathisants de droite sont hostiles aux fusions de listes pour s'assurer une victoire et faire barrage au camp adverse.

Le Parti socialiste dénonce un "pacte du déshonneur"

Lors d'une conférence de presse qui s'est tenue ce mercredi, le secrétaire général du Parti socialiste, Pierre Jouvet, n'a pas hésité à répondre directement à Gérard Larcher. "La compromission de la droite avec l'extrême droite est aujourd'hui criante", a-t-il aussi estimé après avoir fustigé un "pacte du déshonneur". "Il suffit de regarder Dijon où le candidat LR est soutenu de manière officielle par Reconquête", a-t-il aussi poursuivi avant de dresser l'inventaire de plusieurs types de "fusions cachées". Et d'évoquer notamment une "solidarité silencieuse" au travers de listes qui ont tout bonnement disparu, ainsi qu'une "multiplication des transfuges".

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Selon les données récoltées par le Parti socialiste, "45% des listes de droite qui ont disparu depuis 2020", se trouveraient dans une circonscription détenue par un député appartenant au Rassemblement national. Contre 12% pour les circonscriptions acquises au Parti socialiste. Ce qui a fait dire à Pierre Jouvet que son parti était le meilleur "rempart" à cette union des droites en construction. Décrivant "partout dans le pays, une méthode bien mise en œuvre pour faire par la base et par le terrain, la fusion de la droite et de l'extrême-droite", le socialiste a dénoncé "une porosité idéologique qui est désormais matérialisée par des faits".

Évoquant les "prémices annoncés" d'un rassemblement plus officiel, Pierre Jouvet a qualifié Reconquête de "passerelle" et de "levier d'accélération". Et de fait, Eric Zemmour a fait de cette "union des droites" le principal marqueur stratégique de son programme, et ce avant même qu'il ne se jette officiellement dans l'arène politique en 2022.