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Bruno Le Maire réagissant à la motion de rejet LR sur le budget 2022 (LCP)

Budget 2022 : un début d'examen aux accents de pré-campagne présidentielle

Actualité
par Jason Wiels, le Lundi 11 octobre 2021 à 20:35, mis à jour le Mardi 12 octobre 2021 à 10:51

Lors du coup d'envoi des débats budgétaires, Les Républicains ont étrillé le cinquième et dernier budget du quinquennat Macron en dénonçant un projet "insincère", "dépensier" et "irresponsable". Le gouvernement et la majorité ont renvoyé la droite à ses résultats en se disant "fiers" de leur bilan. À quelques mois de l'élection présidentielle, la classe politique affûte ses arguments. 

Les candidats ne sont pas encore tous sur la ligne de départ et la campagne officielle est encore loin. Mais le début de l'examen du projet de loi de finances pour 2022 à l'Assemblée nationale a parfois pris des allures de meeting électoral. Le dernier budget du quinquennat, dont les objectifs affichés sont de soutenir la demande et d'en finir avec le quoi qu'il en coûte, a réveillé les ardeurs partisanes dans les travées de l'hémicycle comme sur le banc des ministres.

Bruno Le Maire a été le premier à planter le décor. Tirant le bilan du quinquennat, le ministre de l'Économie et des Finances, en fonction à Bercy depuis 2017, a félicité la majorité, championne selon lui "de la justice fiscale" et de "la France qui renoue avec les succès économiques", appelant les députés qui soutiennent le président de la République à se sentir fiers du travail accompli.

Pour donner des gages sur le sérieux budgétaire, en dépit du coût faramineux de la crise sanitaire, Bruno Le Maire a même formulé plusieurs idées ou objectifs qui pourraient enrichir le futur programme d'Emmanuel Macron : une "règle d'or" budgétaire de valeur constitutionnelle, afin de forcer le pouvoir à équilibrer les comptes de l'État, ou encore un potentiel retour au plein emploi ("5 à 6% de chômage") d'ici à 2024, comme la France ne l'a pas connu depuis 1980. 

Puis Laurent Saint-Martin (LaREM) lui a emboîté le pas à la tribune. Le rapporteur général du Budget a répliqué à Valérie Pécresse et Xavier Bertrand, candidats à l'investiture des Républicains pour l'élection présidentielle, qui ont accusé ces dernières semaines Emmanuel Macron de "cramer la caisse" ou de "faire campagne avec le chéquier de la France". Et de renvoyer les majorités de gauche comme de droite à leur bilan respectif :

La droite à l'offensive

Mais la passion tribunitienne était aussi du côté des détracteurs de cette ultime loi de finances du quinquennat. Porteur d'une motion de rejet du texte, Gilles Carrez (LR) a fustigé pendant près d'une demi-heure un budget qu'il considère comme "insincère", "dépensier" et "irresponsable". D'ordinaire nuancé, voire constructif dans ses votes sur nombre de sujets, l'ancien président de la commission des finances a été, de loin, le plus virulent de tous les orateurs à la tribune, tous groupes d'opposition confondus

"Comment pourrions-nous approuver la dérive budgétaire de ce dernier budget de la législature ?", a-t-il tancé, anticipant une dette à plus de 3000 milliards d'euros pour la France l'année prochaine. Son homologue Éric Woerth (LR) a même calculé que la dette par Français atteindrait 44.000 euros sous Emmanuel Macron, contre 28.000 euros sous Nicolas Sarkozy. 

Reproche suprême dans les débats entre experts financiers, Gilles Carrez est allé jusqu'à accuser le gouvernement d'insincérité budgétaire, celui-ci ayant réservé pour la discussion parlementaire des amendements évalués par la majorité elle-même à au moins 5 ou 6 milliards d'euros.

Gilles Carrez a estimé que dans ces conditions le Parlement n'aurait guère le temps de peser le pour et le contre avant de voter sur des sujets aussi importants que le futur revenu d'engagement pour les jeunes ou le plan d'investissements France 2030, lequel pourrait peser 30 milliards d'euros étalés sur huit ans. Enfin, enfonçant le dernier clou sur le cercueil d'un budget qu'il juge bon à enterrer, Gilles Carrez a estimé que le déficit chronique de la France (5% prévu en 2022, après 8,4% en 2021 et 9,2% en 2020) ferait du pays le "maillon faible" de l'Europe en cas de remontée, inévitable selon lui, des taux d'intérêts dans un contexte inflationniste.

La France devient le maillon faible de la zone euro. Elle sera la plus vulnérable ! Gilles Carrez à Bruno Le Maire, le 11 octobre 2021

"La majorité la plus réformatrice depuis 20 ans" 

Piqué au vif par la diatribe celui qui est, de l'avis général, l'un des députés les plus capés sur le budget, Bruno Le Maire n'a pas hésité a répliqué durement : "Je vous ai découvert, M. Carrez, pour reprendre vos propos, déloyal et insincère", a-t-il lancé en réponse à son ancien collègue des Républicains. 

Puis le ministre a renvoyé la droite à son propre bilan entre 2007 et 2012, en particulier Gilles Carrez alors rapporteur général du budget de l'époque, égrenant les chiffres peu flatteurs de la fin du quinquennat Sarkozy, lui aussi confronté à une crise économique en cours de mandat :

Avant de délivrer un dernier satisfecit à la gestion du gouvernement et de la majorité depuis 2017 : "Nous n'aurions pas eu le niveau de croissance que je peux annoncer aujourd'hui à 6,25% si cette majorité n'avait pas été la plus réformatrice depuis 20 ans."

Face à la contre-offensive de Bruno Le Maire, Gilles Carrez a trouvé un soutien inattendu sur les bancs de La France insoumise. "Vous avez le droit de critiquer le collègue Carrez, mais venir le chercher sur la cohérence ou le fait qu'il ne défendait pas les mêmes positions il y a quelques années, de votre part c'est assez piquant !", a lancé Alexis Corbière, rappelant les positions acerbes de Bruno Le Maire à l'égard d'Emmanuel Macron avant qu'il ne soit élu président de la République. 

La motion de rejet Les Républicains, soutenue par le PS, LFI, le PCF, les élus UDI et Libertés et Territoires, a été largement rejeté par les représentants de la majorité (LaREM, MoDem et Agir), par 60 voix contre 17.