Auditionné ce jeudi 16 juillet à l'Assemblée nationale, le ministre des Comptes publics, David Amiel, a présenté le document budgétaire qui synthétise les dépenses prévues pour chaque ministère dans le cadre de la préparation du projet de loi de finances pour 2027. Il a évoqué un "effort substantiel" face à la "machine infernale de la dette publique".
Face aux députés de la commission des finances, David Amiel a esquissé les contours d'un budget de "sauvegarde républicaine" pour l'année prochaine. Le ministre des Comptes publics était venu présenter le "tiré à part", ce document budgétaire qui regroupe les dépenses allouées à chaque mission budgétaire et les orientations générales du projet de loi de finances 2027 actuellement en cours de préparation.
Avant de rentrer dans les détails, David Amiel a souhaité aviser les élus d'une réalité : l'exercice budgétaire qui s'annonce à quelques mois de l'élection présidentielle est "sans précédent" sur le plan politique, mais aussi du fait de l'augmentation de la dette, de ses intérêts, et du "mur d'investissements" que doit affronter la France dans plusieurs secteurs.
"Il est urgent d'arrêter la machine infernale de la dette publique", a lancé le ministre, préparant les esprits aux efforts que le gouvernement s'apprête à demander à l'écrasante majorité des ministères. Pas question, a-t-il indiqué, de "mettre la tête dans le sable" en attendant l'échéance présidentielle.
De fait, c'est un projet de budget contraint que David Amiel a dévoilé. Un budget destiné à affronter la "marée montante de la dette publique", alors que les intérêts que doit payer le pays sont "un nœud coulant qui nous étrangle de plus en plus", avec une enveloppe qui devrait s'élever à 12,3 milliards d'euros supplémentaires l'année prochaine - l'équivalent du budget de la justice. "L'inaction serait un décrochage de nos finances publiques", a-t-il prévenu.
Un rapport demandé à des économistes par Bercy, dévoilé la veille, a alerté sur une hausse progressive du déficit public qui, si rien n'est fait, pourrait déraper à 5,9 % du PIB en 2027, puis dériver vers 6,8 % en 2030, a rappelé David Amiel au cours de l'audition. Loin des 3 % exigés par l'Union européenne, un plafond auquel la France avait promis de revenir d'ici à 2030.
Hors défense et intérêts de la dette, les dépenses des ministères progresseront près de quatre fois moins vite que les prévisions d'inflation, a fait savoir le ministre des Comptes publics. Le gouvernement espère ainsi limiter la progression des dépenses à 0,4 %. Les crédits alloués aux ministères n'augmenteraient, dans ce scénario, que de 1,5 milliards d'euro au total.
Parmi les gagnants, la défense, seule à ne pas être concernée par cet "effort substantiel", avec un plafond de dépenses augmenté de 6,4 milliards d'euros. L'écologie et l'adaptation au dérèglement climatique, en pleine période caniculaire, "doit continuer à voir ses investissements augmenter", a noté le ministre (+1,5 milliard). L'éducation, comme la sécurité intérieure et extérieure, doivent également rester "au cœur des priorités", a-t-il ajouté.
En parallèle, les dépenses de la Sécurité sociale continueront d'augmenter au-delà de l'inflation. Mais avec un retour à l'équilibre fixé pour 2029, a indiqué David Amiel. Et le gouvernement demandera aux collectivités territoriales de contenir leurs dépenses de fonctionnement au niveau de l'inflation. Par ailleurs, des réformes structurelles doivent être menées, a insisté le ministre, évoquant "le développement de l'IA", "le déploiement de la foncière de l'État", ou encore l'achèvement de la mise en œuvre de la facturation électronique.
David Amiel a également tenu à dire tout le mal qu'il pensait du scénario qui consisterait à passer par une loi spéciale prolongée, une "catastrophe économique et politique". "Ce serait choisir un déficit qui continuerait à dériver sans aucun pilotage. (...) Ce serait lier les mains de notre pays dans sa capacité à répondre à une crise imprévue", a-t-il mis en garde.
Le projet de budget n'a guère convaincu le président de la commission des finances, Éric Coquerel (La France insoumise). "C'est un budget qui ne règle rien. Il ne répond ni à vos objectifs, ni aux besoins des Français", a-t-il cinglé. "Vous demandez des efforts principalement au budget de l'État", a déploré le député, regrettant que le gouvernement ait décidé de "ne pas toucher aux cadeaux fiscaux faits aux ultrariches de ce pays".
De quoi lancer des discussions budgétaires qui s'annoncent particulièrement animées cet automne, à quelques mois de l'élection présidentielle. Le projet de loi de finances pour 2027 est attendu le 30 septembre sur le bureau de l'Assemblée nationale.