Casse du Louvre : Les représentants syndicaux mettent en cause la gouvernance du musée

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par Raphaël Marchal, le Mercredi 21 janvier 2026 à 19:34

Surfréquentation du musée, sous-effectifs, détérioration du dialogue social, sous-évaluation de la menace de vol... Auditionnés ce mercredi 21 janvier à l'Assemblée nationale, les représentants syndicaux des salariés ont dénoncé les "défaillances" dans la gestion du musée Louvre, qui ont selon eux permis le cambriolage du 19 octobre, vécu comme un "traumatisme" par les équipes. 

"On s'attendait tous à la catastrophe, et elle est intervenue." Ce sont des représentants syndicaux des salariés du musée du Louvre quelque peu désabusés qui se sont présentés ce mercredi 21 janvier devant les députés de la commission des affaires culturelles. Pendant plus de deux heures, les salariés ont jeté un regard cru sur la gouvernance passée du musée du Louvre, qui a selon eux pavé la voie au cambriolage du 19 octobre 2025. Envolés, les joyaux de la Couronne de la galerie d’Apollon ; mais pas les regrets des représentants du personnel, encore très marqués par ce qu'ils ont vécu comme un "traumatisme".

"Le vol du 19 octobre 2025 n'est pas le fruit du hasard, ni la faute à pas de chance", a estimé Elise Muller (Sud). "Il est bien la conséquence du modèle économique de la sphère muséale, mis en œuvre depuis une vingtaine d'années, ainsi que des défaillances de la gouvernance du musée du Louvre", a-t-elle expliqué.

Les syndicalistes ont notamment pointé la surfréquentation du musée, à mettre en parallèle au sujet des sous-effectifs dans certains services cruciaux. "Il faut se les farcir les 30 000 visiteurs par jour", a pointé Christian Galani (SNMD CGT), qui a relevé une baisse de 192,7 ETPT (équivalent temps plein travaillé) au sein de la direction de l'accueil du public et de la surveillance du musée entre 2014 et 2024.

Des défaillances dans la sûreté

C'est bien évidemment sur les questions de sûreté - qui désignent ici la lutte contre les actes de malfaisance, contre les délits et les crimes - que se sont focalisées nombre de prises de parole. Beaucoup de représentants syndicaux ont déploré le peu d'appétence déployé par la présidente-directrice du musée, Laurence des Cars, en la matière, pointant notamment les retards pris dans la mise en œuvre du schéma directeur de sûreté initié par son prédécesseur, Jean-Luc Martinez.

La présidente-directrice du Louvre n'a eu aucune curiosité en matière de sûreté. Valérie Baud, secrétaire de la section CFDT du Louvre

"Le personnel a du mal à comprendre pourquoi le musée du Louvre n'a pas cherché plus rapidement à répondre à ces failles identifiées par les deux audits" menés en 2017 par l'Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice (Inhesj), puis en 2018 par le joaillier Van Cleef & Arpels, s'est étonné Christian Galani.

Archiviste de profession, Valérie Baud, secrétaire de la section CFDT, s'est montrée particulièrement remontée face aux propos de Laurence des Cars, qui a assuré ne pas avoir eu connaissance du rapport particulièrement édifiant de Van Cleef & Arpels avant le casse. "L'ancien président, Jean-Luc Martinez, a versé ses archives. 12 mètres linéaires ont été versés. Il y avait des archives dont l'intitulé est 'comité sûreté, vidéosurveillance, fonds de dossier chargé de mission sûreté'. [...] La présidente actuelle et son équipe n'ont jamais demandé des documents sur ce sujet", a-t-elle soutenu, démentant tout "dysfonctionnement" dans le service des archives du Louvre. "C'est du dénigrement que de l'affirmer dans la presse. C'est très grave."

Une "hyperprésidentialisation"

Pour Côme Fabre (CFE-CGC), les défaillances de ces dernières années s'expliquent également par la trop grande autonomie laissée au président-directeur, un poste étendu qui "pose une vraie question de gouvernance", au fur et à mesure que le ministère de la Culture se désengage en parallèle.

"Le président-directeur est obsédé par le fait de laisser sa marque à court terme", ce qui conduit à privilégier le lancement de projets plutôt qu'à gérer des problématiques de sûreté ou de sécurité. "Tous finissent par évoluer dans un style de management autoritaire" et déployer un "comportement de toute puissance et d'auto-suffisance", a-t-il indiqué, parlant d'une "hyperprésidentialisation" de la fonction. Selon lui, les projets et activités se sont "énormément dispersés" depuis 2023, sans suffisamment de hiérarchie.

Plusieurs représentants syndicaux ont appelé à l'abandon du pharaonique projet Louvre Renaissance, annoncé par Emmanuel Macron en janvier dernier. Un chantier estimé à 500 millions d'euros, qui doit permettre de soulager le flux des visiteurs. "Ce projet est présenté comme la panacée alors qu'il y a des priorisations, une hiérarchisation à effectuer", a estimé Christian Galani.