"Ce qui me fait vibrer, c'est le terrain" : 95 députés seront têtes de liste aux élections municipales

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Députés têtes de liste aux municipales
par Anne-Charlotte DusseaulxRaphaël Marchal, le Lundi 19 janvier 2026 à 11:15, mis à jour le Lundi 19 janvier 2026 à 12:39

Selon un décompte réalisé par LCP, 95 députés seront têtes de liste aux élections municipales des 15 et 22 mars. Cela représente près de 16,5% des 577 élus de l'Assemblée nationale. Sollicités, cinq d'entre eux expliquent leur choix. 

"Si jamais ça se fait, mon pot de départ, ça risque d’être dur…" Assise dans son bureau de l'Assemblée nationale, la socialiste Christine Pirès Beaune a les yeux embués. Députée depuis 2012, elle fait partie de ceux, élus au Palais-Bourbon, qui seront candidats en tant que têtes de liste aux élections municipales des 15 et 22 mars. Pour elle, ce sera à Riom, dans le Puy-de-Dôme.

Selon les informations recueillies par LCP auprès des onze groupes politiques du Palais-Bourbon, 95 députés tenteront de briguer une mairie dans quelques semaines à ce jour, 85 d'entre eux ont officialisé leur candidature (voir la carte ci-dessous). C'est beaucoup plus qu'en 2020. A l'époque, 63 députés avaient mené une liste aux municipales.

Six ans plus tard, c'est le Rassemblement national qui, avec 34 députés (dont 26 déjà déclarés), envoie le plus grand contingent au scrutin à venir. "Je me suis aperçue que même en étant utile en tant que députée, j'avais une certaine frustration à ne pas pouvoir faire les choses encore plus concrètement", explique Laure Lavalette, candidate à Toulon (Var), sans l'étiquette de son parti afin de "rassembler au-delà de [sa] famille politique". Cette ville fait partie des espoirs de conquête du parti de Jordan Bardella, au même titre que Menton (avec Alexandra Masson), Lens (avec Bruno Clavet), Marseille (avec Franck Allisio), ou encore Nice (avec Eric Ciotti, président de l'Union des droites pour la République et allié du RN). 

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Suit La France insoumise, avec 20 députés en tête d'une liste. Parmi eux, Abdelkader Lahmar qui se présente à Vaulx-en-Velin (Rhône) contre la maire sortante, la socialiste Hélène Geoffroy. Une première pour ce député, élu en 2024 à l'Assemblée nationale, qui dit vouloir porter "un projet collectif" autour de "l'émancipation, de l'éducation populaire et de la réussite scolaire". Cette ville, "j'y suis né, j'y ai grandi, je connais chaque coin de rue, chaque problématique", poursuit l'enseignant de 54 ans, qui avait cofondé en 2019 le Mouvement d'initiative vaudais pour porter la voix des quartiers populaires.

"Je suis implanté et identifié depuis des années. Ce n'est pas l'écharpe de député qui fait qu'ils m'ont demandé" de porter la liste, assure Abdelkader Lahmar, qui dit avoir "pris ses responsabilités" et espère l'emporter face à sa rivale qui incarne, selon lui, une "droite déguisée".

Le retour de la question du cumul des mandats

S'il l'emporte en mars, Guillaume Lepers, député apparenté au groupe Droite républicaine et candidat à Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne), aura également passé moins de deux ans au Palais-Bourbon. "C'est le fruit d'une longue réflexion. Il faut être honnête, ce n'est pas une décision simple à prendre. Moi, je m'éclate dans mon rôle de parlementaire !", raconte l'élu, ému. Pour lui, une victoire aurait la saveur d'un retour aux sources : en 2020, Guillaume Lepers avait déjà été élu maire… avant de se lancer à la députation lors des législatives surprise de 2024. "J'avais décidé de prendre mon courage à deux mains et d'y aller. Sinon, c'était laisser le RN regagner, LFI l'emporter ou Jérôme Cahuzac faire son retour", se remémore-t-il. Impossible pour lui. 

Je suis un député heureux. Devoir choisir, c'est moralement hyper dur. Guilllaume lepers, député droite républicaine

Guillaume Lepers, qui a "rêvé" pendant deux ans que le Parlement revienne sur le non-cumul des mandats – car maire et député, "c'est très complémentaire" –, s'est finalement tourné vers son "engagement premier", sa ville. "Je suis un député heureux. Devoir choisir, c'est moralement hyper dur", confie-t-il. Avant d'ajouter : "Ce qui me fait vibrer, c'est le terrain."

Si Christine Pirès Beaune dit "comprendre un peu" ceux qui plaident pour le retour du non-cumul, la socialiste y est, elle, fermement opposée. "Je n'ai déjà pas le temps de faire tout ce que je voudrais faire. Et on ne me fera pas croire qu'on accomplirait ses missions de la même manière si le retour du cumul avait lieu", estime la première questeure de l'Assemblée, qui est également "conseillère municipale et conseillère communautaire". "On peut s'intéresser aux sujets locaux", en complément de son travail de député, sans forcément être maire, plaide-t-elle.

Justement, son "appétence pour l'action locale s'est construite avec ces années de conseillère municipale", affirme Christine Pirès Beaune. "Je considère que je peux apporter à la ville de Riom et être dans le concret. Ça compte aussi pour moi", poursuit la députée, qui "avait toujours dit qu'[elle] ne ferait pas plus de trois mandats". Même en cas de défaite aux municipales en mars, la socialiste l'assure : elle ne se représentera pas aux prochaines législatives en 2027. Mais elle espère bien reconquérir une commune qui avait basculé à droite en 2014, après deux mandats de gauche.

Olivier Falorni, une loi et une campagne électorale

Figure du Palais-Bourbon, le député Olivier Falorni (Les Démocrates) est en lice à La Rochelle. Comme en  2020. A l'époque, il s'était incliné de justesse, à 181 voix. "Je pense que c'est le moment où je peux être le plus utile à la ville. J'ai encore l'énergie et l'envie de mon âge, 53 ans, et j'ai l'expérience de toutes ces années à l'Assemblée", argumente celui qui s'était fixé "deux conditions" pour annoncer sa candidature - il l'a fait en décembre. D'abord, "d'être à peu près assuré qu'il n'y ait pas de dissolution" ; ensuite, que le "processus parlementaire" du texte sur la fin de vie dont il est le rapporteur "suive son cours". Après un passage par le Sénat, les députés s'en saisiront en deuxième lecture vers la mi-février. "Mon devoir est d'être présent dans l'hémicycle pour cette deuxième lecture, qui va être importante", complète Olivier Falorni. 

C'est presque tripal, cette ville m'est essentielle comme pourrait l'être une mère. Olivier fALORNI, député Les démocrates

De quoi impacter quelque peu sa campagne municipale. "Chacun à La Rochelle connaît mon engagement sur le sujet et personne ne sera surpris que je consacre ces quelques jours à cette loi sur la fin de vie", rétorque l’élu. En cas de succès, Olivier Falorni, député depuis 2012, quittera lui aussi le Palais-Bourbon "avec regret", mais avec "le sentiment du devoir accompli". Pour un autre défi, de taille, dans "la ville de [sa] vie" : "La Rochelle, j'y ai grandi, appris, réussi, échoué… C'est presque tripal, cette ville m'est essentielle comme pourrait l'être une mère."

Sur les 95 députés têtes de liste, combien deviendront maires ? Les heureux élus verront leurs suppléants leur succéder à l'Assemblée nationale.

Le nombre de candidats déclarés par groupe politique 

  • Rassemblement national : 26
  • La France insoumise : 20
  • Socialistes : 9
  • Ensemble pour la République : 7
  • Les Démocrates : 6
  • Droite républicaine : 5
  • Gauche démocrate et républicaine : 4
  • Horizons : 3
  • Ecologiste et social : 2
  • Libertés, indépendant, Outre-met et territoires : 2
  • Union des droites pour la République : 1