Chômage partiel, télétravail, activité... l'impact de l'épidémie et du confinement sur l'économie française

Actualité
Maxence Kagni
Aurelien Meslet
le Vendredi 29 mai 2020 à 15:25

Un salarié sur deux au chômage partiel, des secteurs entiers mis sur pause... La ministre du Travail a été auditionnée, mercredi, par la mission d'information de l'Assemblée nationale, sur la crise épidémique et ses conséquences. Muriel Pénicaud a décrit le fonctionnement actuel du monde du travail et les mesures prises par le gouvernement, sans pouvoir garantir que le pic de chômage partiel était atteint.

Éviter les licenciements à tout prix. C'est l'objectif que s'est fixé le gouvernement depuis le début de la crise sanitaire. Même si, de l'aveu même de Muriel Pénicaud, il sera difficile à tenir : "Il ne serait pas lucide de penser que nous n'aurons pas de demandeurs d'emploi en plus", a-t-elle reconnu mercredi à l'Assemblée nationale.

La ministre du Travail a décrit un monde du travail divisé en trois : la moitié des salariés est en chômage partiel (ou "activité partielle" en droit), un quart est présent physiquement au travail et un dernier quart se trouve en télétravail.

Le chiffre impressionnant de plus de 10 millions de salariés en chômage partiel pourrait n'être que provisoire et augmenter encore, même si la ministre espère que le déconfinement pourra permettre d'amorcer "rapidement la décrue" à partir du 11 mai.

Une économie à deux vitesses

Muriel Pénicaud dénombre plusieurs pans de l'économie "quasiment à l'arrêt", dont les commerces non alimentaires, la construction, l'hôtellerie et la restauration. Rares sont par exemple les chantiers encore en fonctionnement dans le pays :

Interrogée par Éric Ciotti (LR), la ministre n'a pas confirmé l'hypothèse qui circule d'une réouverture des bars et restaurant le 15 juin. La possibilité d'une réouverture "région par région" est à l'étude.

À l'inverse, plusieurs secteurs sont en tension comme l'agriculture et l'industrie agro-alimentaire. Face à la suggestion de plusieurs députés de recourir d'urgence aux travailleurs détachés, la ministre a mis un frein à cette solution :

De même, la possibilité de faire travailler davantage les salariés au-delà des 35 heures en vigueur, ouverte par la loi d'urgence sanitaire dans certaines secteurs, doit être vue comme un "ultime recours".

Des mesures pour les chômeurs

Alors que la réforme de l'assurance-chômage a été repoussée à plus tard, le gouvernement a décidé de faire un geste en faveur des chômeurs en fin de droits, des intermittents et des saisonniers afin de prolonger le versement de leurs indemnités.

De même, face au caractère exceptionnelle de la crise sanitaire, des démissionnaires sont également indemnisés.

La ministre veut croire que le temps du confinement peut aussi être mis à profit pour se former à distance, y compris à des "métiers techniques". Plus de 150 formations rémunérées sont ainsi disponibles auprès de Pôle emploi.

La sécurité avant tout ?

Mathilde Panot (La France insoumise) et Pierre Dharréville (PCF) sont montés au créneau sur la question des inspecteurs du travail, qui n'auraient pas toujours ni les moyens ni le soutien de leur hiérarchie pour protéger correctement les salariés à l'heure des gestes barrière :

La ministre a récusé toute intervention du ministère ou de son administration pour limiter les contrôles et a détaillé le cas d'un inspecteur du travail de la Marne suspendu pour "plusieurs faits considérés comme fautifs" :

Elle a également précisé les conditions pour faire reconnaître le coronavirus comme maladie professionnelle, avec une automaticité pour les soignants et des évaluations au cas par cas pour les autres.

Muriel Pénicaud a enfin évoqué la nécessité, une fois le déconfinement entamé, de "faire évoluer les organisations du travail". La ministre a avancé l'hypothèse de mettre en oeuvre dans les entreprises des "horaires décalés" afin d'éviter que les salariés ne se croisent et pour désengorger les transports en commun aux heures de pointe.