Insultée et bousculée par des agriculteurs manifestant devant l'Assemblée nationale ce jeudi 8 janvier, alors qu'elle venait à leur rencontre, la présidente de l'institution a ensuite reçu les responsables des deux principaux syndicats agricoles. Ceux-ci protestent notamment contre l'accord commercial entre l'Union européenne et le Mercosur, qui doit faire l'objet d'un vote vendredi à Bruxelles.
Il est 11 heures, ce jeudi matin, devant les grilles du Palais-Bourbon. "Démission, démission", lancent entre huées et insultes plusieurs agriculteurs à destination de la présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet venue à la rencontre des manifestants montés avant l'aube à Paris pour exprimer leur colère. Dans une ambiance hostile, la députée est invectivée et chahutée (voir la vidéo en tête d'article), marquant un mouvement de recul en recevant un petit objet ou un liquide au visage.
"Je ne me dérobe jamais. Nous sommes des élus de la Nation, nous devons être à la disposition et à l'écoute des citoyens", a déclaré peu après à la presse Yaël Braun-Pivet de retour dans l'enceinte de l'Assemblée. "C'est ce que j'ai fait même si c'est tendu, qu'ils n'ont pas envie de parler mais plutôt envie d'exprimer leur colère, je suis là pour l'entendre, c'est bien la moindre des choses", a-t-elle ajouté, appelant à "mener le combat jusqu'au bout" contre l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Mercosur, qui doit faire l'objet d'un vote vendredi à Bruxelles.
Plusieurs responsables d'organisations syndicales ont dans l'après-midi été reçus par la présidente du Palais-Bourbon. "Nous lui avons dit que la situation n'était plus tenable. (...) Les agriculteurs ne croient plus dans la parole publique, ils veulent voir des résultats tangibles", a indiqué à la sortie Arnaud Rousseau, le président de la FNSEA, le premier syndicat agricole. "La question est 'oui ou non' est-on prêt à travailler à des solutions pour l'agriculture ?", a-t-il complété, demandant un "créneau d'ici mars-avril" au Parlement pour une loi spéciale destinée à apporter des réponses "concrètes".
"Nos fermes ne sont pas délocalisables. Donc pour le monde agricole, il n'y a pas d'alternative que de se battre pour conserver une vision de ce métier et la possibilité d'en vivre", a souligné Arnaud Rousseau, pour qui "il n'est pas question de baisser les bras".
De son côté, la Coordination rurale, le deuxième syndicat agricole, demande un "moratoire" sur les contrôles jusqu'à l'élection présidentielle de 2027, une mesure "facile" à prendre dans l'immédiat, a déclaré Bertrand Venteau, son président avant son rendez-vous avec Yaël Braun-Pivet. Cette première condition pour lever le camp est "entre les mains du Premier ministre et de la ministre de l'Agriculture", a-t-il affirmé. Bertrand Venteau souhaite aussi la suppression des agences environnementales, ainsi que la fin de l'abattage total des troupeaux bovins infectés par la dermatose nodulaire contagieuse, une stratégie qui avait ravivé début décembre la colère des agriculteurs.
"Oui, le combat du Mercosur est perdu, mais le combat du protectionnisme s'ouvre à nous pour qu'on ait encore une France agricole demain qui soit encore en capacité de produire avec des agriculteurs qui gagnent dignement leur vie", a affirmé le président de la Coordination nationale à sa sortie de l'Assemblée. La suite ? "On verra, selon les annonces, ce qu'on fera."
Au fil de la journée, plusieurs députés sont venus échanger avec les manifestants, ainsi que la ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, qui n'a pas fait de déclaration.
A 15 heures ce jeudi, le ministère de l'Intérieur faisait état, dans un décompte, de 109 tracteurs (46 à Paris, 63 en périphérie) et 670 manifestants. La préfecture de police avait interdit les manifestations autour de certaines zones comme l’Élysée, Matignon, le Parlement, des ministères ou le marché de Rungis. En début d'après-midi, la préfecture de police recensait 11 interpellations, 12 mises en fourrière et 65 verbalisations en Ile-de-France, mais aucune dans Paris même.