Dons, banques, argent public… D'où vient l'argent des campagnes présidentielles?

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L'Elysée, à Paris.
L'Elysée, à Paris.
par Anne-Charlotte Dusseaulx, le Samedi 4 avril 2026 à 08:05

À un an de l'élection présidentielle, les prétendants à l'investiture élyséenne sont nombreux. Mais pour aller au bout, la question du financement de leur campagne, et donc celle de l'argent à leur disposition, se posera.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Pour sa campagne présidentielle de 2022. Emmanuel Macron avait dépensé plus de 16,5 millions d'euros. Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) et Valérie Pécresse (Les Républicains) autour des 13,5 millions ; Marine Le Pen (Rassemblement national) et Eric Zemmour (Reconquête) plus de 10 millions d'euros chacun. Alors si l'argent est le nerf de la guerre, il est aussi celui des élections. 

Or, aujourd'hui, à un an de l'échéance présidentielle, les prétendants à l'investiture suprême sont nombreux. Un cadre du bloc central a fait le calcul : entre les officiels et les officieux, "il y a 24 candidats", assure-t-il, anticipant "une phase d'écrémage d'ici l'été", avant que "chacun se compte à l'automne". Combien seront-ils vraiment sur la ligne de départ ? Si les sondages donneront comme souvent le ton, l'argent sera aussi un facteur déterminant.

De quel argent parle-t-on ?

Une campagne présidentielle coûte cher. Alors d'où vient l'argent engagé par les candidats ? Il peut provenir de plusieurs sources. Déjà, un candidat peut avoir un apport personnel et/ou contracter un prêt bancaire. Mais les banques françaises se montrent parfois réticentes. Ainsi, Marine Le Pen (Rassemblement national) a souvent rencontré des difficultés sur ce point. En 2022, elle avait finalement contracté un emprunt auprès d'une banque européenne. C'était un prêt russe pour le scrutin précédent. Depuis 2017 et la loi sur la confiance dans la vie politique, les partis ne peuvent désormais emprunter qu'auprès d'établissements de crédit ayant un siège social dans un État membre de l'Union européenne. Pour dépasser cette difficulté, François Bayrou (MoDem) a longtemps défendu une "banque de la démocratie", qui n'a jamais vu le jour.

S'il est le représentant d'un parti politique, le candidat peut aussi bénéficier de l'argent dont le mouvement dispose, grâce à l'argent dont il dispose en propre (via les cotisations des adhérents ou la vente d'un siège par exemple) ou qu'il a récolté grâce aux aides publiques, qui sont calculées à partir du nombre de suffrages obtenus aux élections législatives de 2024 et à partir du nombre de parlementaires qui lui sont rattachés financièrement. Au total, en 2025, c'est le Rassemblement national qui a reçu le montant le plus important de la part de l’État (14,8 millions d'euros), suivi de la majorité présidentielle (11,3 millions) et du Parti socialiste (7,9 millions).

Les candidats peuvent aussi recevoir des dons de particuliers mais pas d'entreprises, ni d'associations, de fondations, de collectivités ou de pays étrangers. Ils ne peuvent toutefois pas dépasser 4 600 euros par donateur. 

Une campagne dans la campagne

Alors, forcément, tous les candidats ont ce facteur financier bien en tête. Surtout que, depuis le 1er avril, soit un peu plus d'un an avant le scrutin, tous ceux qui iront au bout qu'ils soient officiellement déclarés ou non à cette heure doivent recenser leurs dépenses pour les transmettre à la commission nationale des comptes de campagne (CNCCFP), chargée à terme d'en vérifier la conformité. Chaque participant à la course élyséenne devra désigner un mandataire financier et ouvrir un compte bancaire dédié. 

"Il faudrait aborder la question du financement sans trop tarder", reconnaît auprès du Figaro un proche d'Édouard Philippe, en évoquant les différentes candidatures possibles au sein du bloc central. Quid du président d'Horizons, qui est pour l'heure le favori des sondages dans son espace politique ? "Il a un petit budget, mais il peut obtenir des prêts", commente un ancien député MoDem. Côté "socle commun", la manne financière est plutôt du côté de Renaissance, qui a, en plus, vendu son siège parisien l'année dernière. Comme le montrent les comptes détaillés publiés le 10 février par la CNCCFP concernant l'exercice 2024 des 635 partis politiques recensés à cette date en France. Renaissance dispose d'un budget de 21,7 millions d'euros, quand le MoDem dispose de 6,8 millions et Horizons de 1,6 million. 

Selon ces données, les partis politiques les plus riches étaient, dans l'ordre, en 2024 : le Parti communiste (34,5 millions d'euros) ; le Parti socialiste (33,4 millions), grâce en partie à la vente de son siège historique rue de Solférino en 2018 ; Renaissance ; Les Écologistes (10,5 millions) ; le MoDem ; Reconquête (5,1 millions) ; et l'UDI (3,8 millions). La France insoumise dispose, elle, d'un budget d'1 million d'euros. 

D'où l'importance d'avoir le soutien d'un parti lors de la campagne présidentielle. Quid de Raphaël Glucksmann, le cofondateur de Place publique, qui pour l'heure n'a pas l'assurance s'il est candidat d'être celui du Parti socialiste ? Selon Le Parisien, l'eurodéputé a commencé à amasser des dons, en organisant des dîners avec "des acteurs économiques influents, aussi bien de PME que de grandes entreprises", selon une proche citée par le quotidien. Son entourage ajoute : "Ce n'est que le début, mais être un nouvel entrant, ça demande de lever de l'argent."

Chez Les Républicains, un ministre confiait à France Info en janvier que l'argent était "un énorme sujet de préoccupation". Il faut dire que le parti dirigé par Bruno Retailleau, qui a fait acte de candidature à la présidentielle, a connu quelques déconvenues lors des précédentes campagnes. En 2022, Valérie Pécresse n'avait pas dépassé la barre des 5% des suffrages et n'avait pas pu prétendre au remboursement de ses frais de campagne par l'État. En 2012, Nicolas Sarkozy avait, lui, vu ses comptes rejetés par le Conseil constitutionnel, le privant aussi d'un remboursement. 

Selon la CNCCFP, Les Républicains étaient dans le rouge en 2024, avec une situation nette négative de 3,6 millions d'euros. La situation est délicate également pour le Rassemblement national, qui affichait un bilan négatif financier de 11 millions d'euros. Depuis, les élections législatives sont passées par là et ont permis à la formation d'extrême droite d'augmenter son nombre de députés, et donc d'aides publiques et de cotisations d'élus.

Les candidats sont-ils remboursés ?

Oui, en partie, mais pas tous les candidats. Déjà, pour envisager un remboursement, les candidats à la présidentielle ne doivent pas dépasser un plafond maximum de dépenses autorisées. En 2022, il était fixé à 16,8 millions d'euros pour le premier tour et à 22,5 millions d'euros pour les qualifiés au second tour. Ensuite, tout dépend du score du candidat :

  • s'il recueille plus de 5% des suffrages exprimés, le montant qui lui sera remboursé sera de 8 millions d'euros, soit 47,5% du plafond autorisé. Et de 10,6 millions pour les candidats de second tour ;
  • par contre, s'il obtient moins de 5% des voix, le candidat ne recevra que 800 000 euros.

Pour rappel, lors de l'élection présidentielle de 2022, seuls quatre candidats étaient parvenus à atteindre le seuil de 5% (Emmanuel Macron, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et Eric Zemmour). Dans la foulée du scrutin, Valérie Pécresse (Les Républicains), qui s'était personnellement endettée "à hauteur de 5 millions d'euros", avait lancé un appel aux dons, qui lui avait permis de rembourser sa campagne. Une démarche similaire avait été faite par le candidat écologiste Yannick Jadot.