Guerre en Iran : Roland Lescure évoque "un nouveau choc pétrolier" qui risque de peser sur la croissance

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Roland Lescure
Roland Lescure en commission des finances de l'Assemblée nationale, le 24 mars 2026
par Soizic BONVARLET, le Mardi 24 mars 2026 à 20:35, mis à jour le Mardi 24 mars 2026 à 22:45

Auditionné à l'Assemblée nationale sur les effets de la guerre au Moyen-Orient, le ministre de l’Economie, Roland Lescure, a évoqué ce mardi 24 mars les risques que le conflit fait peser sur l'activité économique, tout en insistant sur les avantages de la France, par rapport à d'autres pays, en matière énergétique. 

"Nous faisons face à un choc énergétique d'ampleur". Tel est le constat formulé par Roland Lescure ce mardi, qui a également évoqué un "nouveau choc pétrolier". Invité par le président de la commission des finances, Eric Coquerel (La France insoumise) à répondre aux questions des députés, le ministre de l’Economie s'est montré lucide quant aux conséquences du conflit en cours au Moyen-Orient suite à l'offensive des Etats-Unis et d'Israël contre l'Iran, s'efforçant de faire une analyse équilibrée de la situation. 

Sans céder à un quelconque catastrophisme, Roland Lescure a estimé que "l'hypothèse d'une crise passagère, dont les conséquences économiques s'effaceraient avec la fin des bombardements, n'est malheureusement désormais plus d'actualité". Et d'expliquer : "Cette situation constitue un nouveau choc pétrolier. Et si ce choc énergétique persiste au-delà de quelques semaines, la crise pourrait se diffuser plus largement à l'économie, et être au fond d'une nature plus systémique". "Nous suivons la diffusion plus large du choc dans l'économie, qui dépendra évidemment de la durée et de l'intensité du conflit", a-t-il souligné. 

Un "choc d'offre" au niveau mondial

"Aujourd'hui, ce sont 30 à 40% des capacités de raffinage du Golfe qui sont affectées", a rappelé le ministre, avant de faire état d'une hausse de 60% des prix du pétrole et de 70% de ceux du gaz liées à la contraction brutale des approvisionnements. Il a, en revanche, écarté le risque de pénurie, du moins "à court terme", indiquant que "seuls 20%" de notre consommation de pétrole brut dépendent du Moyen Orient.

Déjà interpellé à plusieurs reprises durant la séance des questions au gouvernement qui avait précédé son audition, Roland Lescure a répété que le seul moyen de mettre un terme à la crise énergétique qui risque de perturber durablement l'économie mondiale résidait dans la restauration de la circulation du gaz et du pétrole, ce qui passe par le déblocage du détroit d'Ormuz.

Il n'y a pas de recette magique. La seule recette c'est de pacifier la région et de libérer le détroit d'Ormouz. Roland Lescure, ministre de l'Economie

Le ministre a, par ailleurs, fait valoir que les effets de ce choc pétrolier s'avéraient "moins violents" que lors du choc de 1973, l'économie mondiale étant aujourd'hui moins dépendante de l'or noir. En outre, Roland Lescure a fait valoir la résilience particulière de la France en matière d'énergie.

"à situations économiques différentes, réponses différentes"

Au regard des autres pays, en particulier de ses voisins européens tels que l'Allemagne et l'Italie, le ministre a fait état d'un niveau pour l'instant relativement faible de l'inflation en France, à hauteur de 0,7%. Et de vanter une économie moins dépendante des énergies fossiles que certains de nos voisins, en insistant sur l'engagement du gouvernement à poursuivre "l'électrification des usages" afin de garantir à terme la souveraineté énergétique du pays. 

"Jamais une crise énergétique n'a été une bonne nouvelle pour les finances de l’Etat", a-t-il cependant souligné, tout en estimant qu'il était "un peu tôt" pour envisager un projet de loi de finances rectificative, souhaité notamment par Eric Coquerel (LFI) en raison d'un risque de "dérapage" budgétaire. Le locataire de Bercy s'est cependant engagé à faire état devant la représentation nationale "de l'impact de la crise en temps réel sur les finances publiques".

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S'il a évoqué les mesures d'accompagnement "ciblées" et en cours d'arbitrage pour accompagner certains secteurs (transporteurs, agriculture, pêche), Roland Lescure a fermé la porte à ce qu'il a qualifié d'"aides passe partout", tels qu'un chèque énergie universel.

A la question d'un blocage des prix par l'entremise d'une baisse des taxes sur les carburants, mise en œuvre par l'Italie la semaine dernière, le ministre a dit son scepticisme au regard du coût d'une telle mesure pour les finances publiques, et du risque qu'elle pourrait faire peser sur l'inflation et sur une accélération de la pénurie.

Des propos au diapason de ceux tenus un peu plus tôt par le Premier ministre. Lors de la séance des questions au gouvernement, Sébastien Lecornu avait écarté toute mesure risquant de dégrader le déficit public, avant d'appeler à "tourner vite la page des énergies fossiles".