Les députés de la commission d'enquête sur l'audiovisuel public ont auditionné Vincent Bolloré ce mardi 24 mars. L'homme d'affaires a indiqué qu'à ses yeux, le service public était "quelque chose de précieux et d'utile", tout en étrillant sa gestion.
Pendant deux heures et demi, ce mardi 24 mars, Vincent Bolloré a été auditionné à l'Assemblée nationale par la commission d'enquête sur l'audiovisuel public. S'il a affirmé n'avoir "rien à reprocher" au service public, le milliardaire s'en est pris au coût - les 4 milliards d'euros versés par l'Etat - et à la gestion de ce secteur dont il a pointé les "pertes". "Le problème de l'audiovisuel public, ce n'est pas les contenus, c'est les coûts", a déclaré l'actionnaire majoritaire du groupe Bolloré, qui détient notamment Canal+. "Le service public me va très bien, mais dans les moments où on serre la ceinture, il faut savoir ce qu'on veut faire de l'argent", a-t-il ajouté, en dressant un parallèle avec Canal+.
"L'audiovisuel public est quelque chose de précieux et d'utile. La question, c'est le coût", a répété à plusieurs reprises Vincent Bolloré, pour qui il est "faisable" d'avoir "un service public de qualité, [...] mais qui gagne de l'argent". "A mon avis, les coûts viennent pour l'essentiel de dépenses qui ne sont ni contrôlées, ni maîtrisées", a-t-il aussi considéré au cours de son audition. Ses remèdes pour redresser les finances de France Télévisons : "Faut prendre toutes les dépenses, ce n'est pas un truc intellectuellement compliqué. [...] C'est très ingrat, mais c'est facile à faire."
L'homme d'affaires a également été interrogé sur sa stratégie médiatique. Y a-t-il derrière ses investissements, une volonté politique ? Non, a-t-il répondu, déclarant n'avoir "eu que des ambitions mercantiles". "Il se trouve en revanche qu'on a laissé la liberté aux gens qui sont venus chez nous, ils ont développé quelque chose qui s'appelle la vérité", a-t-il poursuivi. Ajoutant : "C'est en laissant la liberté aux gens qu'on s 'est retrouvés avec une image politique qui était un peu plus déterminée."
Et de lancer : "Nous ne sommes pas soumis, nous sommes libres et donc on déplaît", a estimé Vincent Bolloré, qui s'est présenté comme un "démocrate chrétien" et comme "l'ennemi commun type, le bouc émissaire parfait, le paratonnerre idéal".
A une question du rapporteur Charles Alloncle (Union des droites pour la République) – qu'il a assuré n'avoir jamais rencontré avant ce jour – sur l'éventualité d'une plainte contre l'audiovisuel public, après celle de Radio France et France Télévisions contre les médias Bolloré, le milliardaire a répondu : "Je pense qu'ils ont assez de problèmes comme ça pour que j'en rajoute." Et encore : "Notre groupe n'est pas en guerre. Notre groupe, l'audiovisuel public ne le concerne pas."