Audiovisuel public : Charles Alloncle, un député ciottiste sous le feu des projecteurs

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Charles Alloncle LCP 19/01/2026
Le député Charles Alloncle, rapporteur de la commission d'enquête sur l'audiovisuel public (© LCP)
par Raphaël Marchal, le Mardi 20 janvier 2026 à 00:15

Alors que la commission d'enquête sur l'audiovisuel public reprend ses auditions ce mardi 20 janvier, Charles Alloncle, le clivant rapporteur de l'instance, sera particulièrement scruté. Intraitable et offensif lors des premières auditions, le député UDR de l'Hérault s'est attiré éloges des uns et virulentes critiques des autres. Parcours, méthode, style... Portrait.  

C'est un jeune député de 32 ans, entré à l'Assemblée nationale à l'été 2024, à la faveur de la dissolution. Charles Alloncle, élu ciottiste de l'Union des droites pour la République (UDR), s'est fait un nom en menant avec opiniâtreté les premières auditions de la commission d'enquête sur "la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public"

Sibyle Veil, Delphine Ernotte, Patrick Cohen... En un mois, plusieurs personnalités sont déjà passées sur le gril, subissant les relances insistantes de l'élu aux allures de golden boy : costume cintré, mèche blonde rabattue sur un côté de la tête, yeux bleus électriques. L'objectif affiché ? Faire la "transparence" sur le respect de la neutralité par le service public de l'audiovisuel, et mettre en lumière certaines "gabegies" dans l'affectation des 4 milliards d'euros annuels alloués au secteur, une somme "très importante", explique le député devant un thé au jasmin, lors d'un entretien sollicité par LCP en décembre. 

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Peu lui importe que plusieurs responsables de médias et journalistes auditionnés aient exprimé leur mécontentement, parfois en pleine audition, à l'instar du journaliste Thomas Legrand : les séquences cartonnent sur les réseaux sociaux, cumulant parfois plusieurs centaines de milliers de vue. Pascal Praud, médiatique animateur de la galaxie Bolloré, ne jure que par le jeune député. Sur LinkedIn, sur X, sur Instagram, certains internautes le couvrent de louanges, jugeant salutaire sa croisade contre les dysfonctionnements, réels ou supposés, de l'audiovisuel public.

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"Un petit procureur", selon la gauche

Ses détracteurs l'accusent toutefois de confondre la commission d'enquête avec un tribunal. "Charles Alloncle se comporte comme un petit procureur maccarthyste. On se croirait en plein procès soviétique de l'audiovisuel public, où l'acte d'accusation est déjà rédigé", assène Ayda Hadizadeh (Socialistes). "Ce qui s'est passé en décembre ne relève pas du travail parlementaire", considère un autre député membre de l'instance, encore estomaqué par l'utilisation "dénaturée" de la commission d'enquête. "C'est d'autant plus dommage que le volet financier de la commission est tout à fait légitime", estime-t-il.

"Ce qui me gêne dans son approche, c'est qu'il pose des questions très insistantes sur des points de détails. Il pointe du doigt des comportements individuels, ce qui participe à étayer la théorie du complot", témoigne pour sa part Céline Calvez (Ensemble pour la République). "Faire la vérité, oui, insister pour insister, non."

"Charles Alloncle ne se comporte pas comme un inquisiteur", défend au contraire Philippe Ballard (Rassemblement national). Pour l'ancien journaliste de LCI, le rapporteur pose des questions factuelles, comme lorsqu'il souligne la situation financière délicate de France Télévisions en s'appuyant sur un rapport de la Cour des comptes. Et le député RN d'affirmer : "Le vent est en train de tourner dans l'opinion publique. On sent que la démarche dérange". 

"Je ne suis pas le procureur de l'audiovisuel public", revendique le principal intéressé, en butte aux critiques, et qui promet n'avoir rédigé aucune de ses conclusions à l'avance. Le rapporteur se défend de tout agenda personnel, ou d'être missionné par Vincent Bolloré, qu'il n'a "jamais rencontré". Il souligne d'ailleurs avoir limité ses interventions dans les médias appartenant au magnat breton. Et revendique sa volonté d'éviter de transformer la commission en "scène politique".

Rappelé à l'ordre par la présidente de l'Assemblée

A la mi-décembre, et après plusieurs auditions émaillées d'échanges tendus, la prestation remarquée de Charles Alloncle finit néanmoins par faire réagir la présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, qui rappelle publiquement à l'ordre le rapporteur de la commission d'enquête. Une intervention rarissime, qui plus est effectuée sur l'antenne... De France Inter. "Une entorse grave et manifeste à l’exigence d’indépendance qui s’impose à la présidente de l’Assemblée nationale", commente en réponse Charles Alloncle, qui juge que Yaël Braun-Pivet est "sortie de son rôle".

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Peu après, juste avant la trêve des confiseurs, le président de la commission d'enquête, Jérémie Patrier-Leitus (Horizons), annonce suspendre l'envoi de nouvelles convocations jusqu'à une réunion de recadrage prévue début janvier. A l'issue de cette dernière, quatre règles sont édictées pour garantir le bon fonctionnement de l'instance. Charles Alloncle prend notamment l'engagement de mettre fin au livetweet des auditions par ses équipes, dont l'objectivité était remise en cause par certains auditionnés. Les commissionnaires s'engagent aussi à ne pas travestir ou déformer les propos des personnalités auditionnées... Une règle qui tombe pourtant sous le sens, soulignent plusieurs députés ayant participé à la réunion. 

Fils de préfet, venu du sarkozysme

Elu depuis un an et demi, le député de l'Hérault n'est pas un novice de la politique. Après une enfance passée à Versailles, ce fils de préfet milite d'abord à l'UMP en parallèle de sa formation prestigieuse - Sciences Po Paris, HEC. De son aveu, il doit son éveil politique aux podcasts et aux émissions politiques du service public. A la figure de Nicolas Sarkozy, aussi.

C'est ainsi qu'en 2018 son engagement l'amène a se porter candidat à la présidence des Jeunes Républicains. Las, l'aventure se termine mal : il est défait par son concurrent Aurane Reihanian, qu'il accuse de fraude. Sans renoncer à son engagement politique, notamment auprès de l'eurodéputé François-Xavier Bellamy, il se lance dans la fintech et participe à la création d'une banque en ligne. En 2022, il observe de loin la campagne présidentielle de Valérie Pécresse se transformer en "chemin de croix".

C'est finalement une rencontre avec Jordan Bardella, en mai 2023, lors d'un dîner avec des entrepreneurs prisés par la figure montante du Rassemblement national, qui lui remet le pied à l'étrier. "Séduit et impressionné par sa capacité d'écoute rare chez les personnalités politiques", Charles Alloncle est charmé par le discours "d'union des droites" servi par le président du RN.

Du saut dans le vide au feu des projecteurs

La dissolution surprise de l'Assemblée nationale, en juin 2024, lui offre l'occasion idéale de se relancer dans l'aventure politique. En 24 heures, il doit se décider pour ce saut dans le vide impliquant de quitter l'entreprise qu'il a cofondée. Une décision "vertigineuse". "J'aurais pu aller au RN, mais j'ai trouvé la démarche d'Eric Ciotti courageuse", assure Charles Alloncle, également plus en phase avec l'idéologie libérale de l'UDR.

Son rôle de rapporteur au sein de la commission le conforte dans sa décision. Eric Ciotti, le patron de l'UDR, lui fait "une totale confiance", sur un sujet qu'il sait sensible. Aujourd'hui, la commission d'enquête occupe la majeure partie du temps du jeune rapporteur, accompagné dans sa tâche par deux collaborateurs, et par le choix musical éclectique de la radio FIP, allumée en permanence.

On ne me bâillonnera pas. Charles Alloncle dans Le Point

Si les auditions doivent reprendre ce mardi 20 janvier, ce sont surtout celles qui auront lieu à partir de la fin janvier qui seront particulièrement observées, avec la présence de figures connues du petit écran : Léa Salamé, Laurent Delahousse, ou encore l'éditorialiste Nathalie Saint-Cricq. Les auditions de responsables de sociétés de production, soupçonnées par certains membres de la commission de profiter de façon excessive de la manne du service public, constitueront également un volet central de la suite des travaux de l'instance, indique son rapporteur, qui confie avoir eu une offre pour devenir directeur financier d'une entreprise de production à l'issue de ses études.

Après une première série d'auditions tendues en fin d'année dernière, l'attitude et la méthode de Charles Alloncle seront très surveillées par ses pairs. "On ne me bâillonnera pas", a-t-il d'ores et déjà averti, dans une interview publiée juste avant la reprise des travaux par nos confrères du Point. Quelques jours seulement après avoir accusé Nagui d'être la personnalité de l'audiovisuel qui s'est "le plus enrichi sur l'argent public ces dix dernières années". Ce qui lui a valu d'être menacé de poursuites judiciaires par l'animateur-producteur qui sera, lui aussi, prochainement auditionné par la commission d'enquête.