SÉRIE D'ÉTÉ. En août 2016, Emmanuel Macron, jeune ministre de l'Économie, prend son envol et quitte le cocon socialiste pour monter son propre mouvement politique. Un tremplin vers sa candidature à la présidentielle, qu'il remportera face à Marine Le Pen.
Mardi 30 août 2016. Paris sort tout juste d'un épisode caniculaire tardif, qui a laissé la capitale engourdie. Emmanuel Macron, lui, compte bien secouer la vie politique française. Le jeune ministre de l'Économie, pas encore 40 ans, s'est fait un nom et une popularité depuis qu'il a rejoint le gouvernement de Manuel Valls il y a deux ans. En cette fin d'été, il s'apprête à débuter son aventure personnelle.
C'est avec sa loi éponyme qu'Emmanuel Macron, qui n'a pas l'expérience d'un mandat local ou national, entre dans l'arène politique. À l'Assemblée nationale particulièrement, l'ex-banquier de chez Rothschild déploie des trésors d'argumentaire pour convaincre ses détracteurs du bien-fondé des mesures dérégulant l'économie française et le marché du travail. Le texte finit par passer, mais, craignant de ne pas réussir à avoir de majorité, le gouvernement doit recourir au 49.3.
Début 2016, le ministre, qui n'est pas encarté au Parti socialiste, multiplie les prises les prises de position en décalage avec les valeurs de son camp : remise en cause des 35 heures, du statut des fonctionnaires, du principe d'un mandat électif en politique... Et il critique plus ou moins ouvertement les choix du couple exécutif, ce qui lui vaut quelques remontrances.
En avril, depuis sa ville natale Amiens, il officialise la création de son propre mouvement politique, En Marche. Sans annoncer encore, à ce stade, sa candidature à la présidentielle. Malgré des signes d'évidence, François Hollande, qui réfléchit à se lancer dans la campagne pour sa réélection, croit toujours en sa loyauté, du moins en public. Surtout, il imagine mal qu'un novice en politique puisse s'affranchir de tout appareil partisan pour parvenir à ses fins.
La suite donnera tort au président socialiste. Emmanuel Macron monte en puissance, et organise son premier meeting le 12 juillet à la Mutualité, haut lieu de la gauche française, devant plusieurs milliers de sympathisants. Grisé par son succès, le ministre envisage de quitter le gouvernement dans la foulée. Mais l'attentat de Nice, particulièrement meurtrier, le retient à Bercy.
Le 30 août, alors que les Français reprennent le chemin des bureaux, Emmanuel Macron officialise son départ du gouvernement. Pour François Hollande, le départ du jeune ambitieux est une "trahison". Désormais, la candidature de son ancien protégé ne fait guère de doute. L'annonce est faite en novembre, depuis le Centre des métiers de Bobigny, après une série de meetings.
Groggy, le président socialiste, encore empêtré dans la catastrophe industrielle de la déchéance de nationalité et la douloureuse maïeutique de la loi travail, égratigné par les révélations du livre Un président ne devrait pas dire ça... du tandem de journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme, lâché par ses soutiens, renonce dès le mois de décembre à briguer sa succession, après un seul mandat. Une première dans l'histoire de la Ve République. Quelques semaines auparavant, Emmanuel Macron a publié un ouvrage programmatique au titre évocateur : Révolution.
Pour autant, en cette fin d'année 2016, Emmanuel Macron ne fait pas figure de favori. Malgré sa popularité, la jeunesse de son mouvement, son culot et sa candidature posent encore de nombreuses inconnues. Mais dès le mois de janvier, un scandale va venir renforcer son statut : Le Canard enchaîné révèle que Penelope Fillon, la femme de François Fillon, a bénéficié d'un emploi fictif pour des emplois d'attachée parlementaire.
Les répercussions du scandale sont immenses. François Fillon a survolé la primaire de la droite et du centre et semblait particulièrement bien placé dans la course à l'Élysée. La question de son retrait est évoquée pendant plusieurs semaines. In fine, au terme d'une campagne lourde au cours de laquelle plusieurs de ses soutiens l'abandonnent, l'ex-Premier ministre de Nicolas Sarkozy est éliminé dès le premier tour, devancé par Marine Le Pen.
Ce sont donc deux camps politiques qui n'ont jamais goûté au pouvoir qui s'affrontent. D'un côté, Emmanuel Macron, à la tête d'un parti qui revendique de mettre fin au clivage droite-gauche, et de l'autre, Marine Le Pen, héritière de l'extrême droite, à la tête du Rassemblement national. C'est l'énarque qui en sortira largement vainqueur, après un débat d'entre-deux-tours qu'il a dominé, de l'aveu même de son adversaire. La vague En Marche déferle alors sur la France, et Emmanuel Macron obtient une confortable majorité à l'Assemblée nationale. Le temps d'une décision d'été, la vie politique française moderne, longtemps basée sur le bipartisme, aura été profondément bouleversée.
L'été d'avant présidentielle
A quoi ressemblent les étés qui ont précédé les élections présidentielles ? Quels événements ont bouleversé la campagne avant la période de cristallisation et le verdict des urnes ? Cet été, LCP vous propose de replonger dans les mois qui ont précédé plusieurs scrutins majeurs de la Ve République. Une série pour raconter ces étés où les certitudes d'alors ont parfois été balayées par l'histoire.Premier épisode : 1994, l'été ou Balladur était Président.
Deuxième épisode : 2001, le calme puis les tempêtes.
Troisième épisode : 2006 et le désir d'avenir de Ségolène Royal.
Quatrième épisode : 2011, la fin de partie de DSK et la mise sur orbite de François Hollande.