Le PS, "volontaire" pour gouverner, a présenté son budget alternatif à celui de François Bayrou

Actualité
Image
PS Blois
par Elsa Mondin-Gava, le Samedi 30 août 2025 à 18:55, mis à jour le Samedi 30 août 2025 à 19:37

Le Parti socialiste a présenté, ce samedi 30 août à Blois, son projet de budget alternatif dans le cadre duquel il propose de réduire le déficit public de 21,7 milliards d'euros l'année prochaine, c'est-à-dire de diviser par deux l'effort demandé par le Premier ministre, François Bayrou.

François Bayrou demande 43,8 milliards d’euros d’économies l'année prochaine afin de commencer à redresser les finances publiques, le Parti socialiste propose un effort de réduction du déficit de 21,7 milliards d'euros

Réunis dans l’hémicycle de la Halle aux Grains à Blois, où ils ont tenu leurs Universités d’été vendredi 29 et samedi 30 août, les socialistes ont détaillé leur contre-budget. Une présentation précipitée par la décision du Premier ministre d’engager la responsabilité de son gouvernement le lundi 8 septembre.  

Un projet sur lequel "députés et sénateurs ont travaillé tout l’été" a insisté Boris Vallaud, le président du groupe “Socialistes et apparentés” de l’Assemblée nationale, réponse à François Bayrou qui avait justifié son absence de dialogue avec les oppositions parce qu'”ils étaient tous en vacances.  

26,9 milliards de recettes et 14 milliards d'économies

Un constat tout d'abord : le PS n’est pas d’accord avec le rythme de réduction du déficit public que propose le chef du gouvernement. Alors que François Bayrou veut faire 43,8 milliards d’euros d'économies pour réduire d'autant le déficit dès l'année prochaine, le parti dirigé par Olivier Faure propose de réduire le déficit de 21,7 milliards d'euros en 2026, soit moitié moins, et d'étaler l'effort dans le temps. 

L’objectif d’un retour sous la barre des 3% du PIB de déficit serait donc décalé en conséquence, 2029 pour le plan du Premier ministre, 2032 pour celui des socialistes.  

Différence de méthode pour réduire le déficit ensuite : dans ce projet de budget imaginé par le parti à la rose, 26,9 milliards d’euros sont des recettes nouvelles, avec une mesure phare, la mise en place de la taxe “Zucman”, un prélèvement de 2% sur les patrimoines de plus de 100 millions d’euros avec à la clé 15 milliards d’euros pour les caisses de l'Elat selon le chiffrage des socialistes.  

Autres propositions : une hausse de 3,8 milliards d’euros sur la fiscalité des dividendes, un renforcement de la lutte contre la fraude fiscale qui rapporterait 3,2 milliards d’euros, et une refonte des exonérations de cotisations sociales patronales chiffrée à 2,9 milliards d’euros. Pour compléter le tableau des recettes, des taxes sur les très grandes successions, sur les Gafam (les géants du numérique) et la malbouffe.  

Côté économies, le plan du PS prévoit 14 milliards d’euros notamment récupérés grâce une réduction des aides aux entreprises (4 milliards d’euros) et des économies sur le fonctionnement de l’Etat (5,4 milliards d’euros).  

Enfin, ce contre-budget prévoit un plan de relance de 19,2 milliards d’euros, qui permettrait de financer une mesure hautement symbolique pour la gauche : "l'impérative suspension immédiate de la réforme des retraites", le PS promettant à nouveau le retour de l'âge de départ à 62 ans contre 64 aujourd'hui. En outre, ce plan consacrerait 6 milliards d'euros à une baisse de la CSG pour les salariés entre 1 et 1,4 Smic, afin de soutenir le pouvoir d'achat, et 10 milliards seraient destinés à des investissements.  

"ce n’est pas Bayrou ou le chaos"

Voilà donc pour les propositions budgétaires du Parti socialiste mises sur la table comme “une solution qui ne soit ni la démission [du Président de la République], ni la dissolution”. Des mesures que le PS présente comme responsables, financées et qui ne sont pas celles “d’affreux gauchistes” ont voulu rassurer à la tribune les députés Sandrine Runel et Jérôme Guedj. Et leur collègue Dieynaba Diop de marteler : “On s’adresse aux Français pour leur dire que ce n’est pas Bayrou ou le chaos, ce n’est pas vrai qu’il n’existe pas d’autres façons de faire”.  

Initialement ce contre-budget devait être présenté autour des journées parlementaires du parti, prévues à partir du 9 septembre et maintenant annulées en raison de l'accélération du calendrier politique. La situation politique a poussé les socialistes à avancer cette présentation, afin de montrer qu’ils se projetaient déjà dans l’après 8 septembre, jour du vote de confiance, ou de défiance, de l'Assemblée nationale envers François Bayrou. 

Certains que l’actuel Premier ministre tombera, ils veulent se montrer “prêts” à gouverner sans vouloir s’arrêter, pour l’heure, sur le casting mais en ayant un budget prêt à dégainer comme base de négociation. Le député Philippe Brun, l’un des artisans des propositions fiscales du PS, assume de “revendiquer Matignon” pour sa famille politique, car selon lui “un gouvernement macrono-macroniste tombera à chaque fois, un gouvernement de gauche est la seule solution de stabilité”.

Vendredi, lors de son discours le premier secrétaire, Olivier Faure, avait invité Emmanuel Macron à nommer un Premier ministre de gauche. "Nous sommes volontaires pour être les suivants", avait-il déclaré, incluant dans ce “nous” la “grande famille de la gauche et des écologistes”. Et le chef de file du PS d'insister, ce samedi devant la presse, sur le fait que le président de la République "peut choisir parmi nous".

Boris Vallaud a, quant à lui, indiqué avoir contacté Cyrielle Chatelain et Stéphane Peu, respectivement présidente du groupe “Ecologiste et Social” et président du groupe de la “Gauche Démocrate et Républicaine”, pour essayer d’aboutir à une vision commune, La France Insoumise n’étant pas associée à cette discussion. 

En coulisses, nombre de députés reconnaissent cependant que l’hypothèse de voir l’un des leurs nommer à Matignon reste faible, alors que faire si Emmanuel Macron renomme un représentant du bloc central ? “La dernière fois on a censuré en décembre et négocié en janvier” rappelle un historique du parti, s'avouant incapable de prédire ce qu’il se passera après la chute du gouvernement Bayrou.

Beaucoup de socialistes jurent en tout cas qu’ils n’iront pas négocier un pacte de non-censure si facilement. Patrick Kanner, président du groupe des sénateurs socialistes a mis en garde : en janvier dernier le PS avait accordé “le bénéfice du doute” à François Bayrou pour “donner sa chance au produit”. Estimant avoir été trahis, les socialistes préviennent en cœur “on s’est fait avoir une fois, pas deux”