Loi immigration : la majorité ébranlée, Élisabeth Borne nie toute "crise"

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Elisabeth Borne, le 19 décembre 2023, à l'Assemblée nationale. LCP
Elisabeth Borne, le 19 décembre 2023, à l'Assemblée nationale. LCP
par Maxence Kagni, le Mercredi 20 décembre 2023 à 13:45, mis à jour le Mercredi 20 décembre 2023 à 17:45

Alors qu'un député de la majorité sur quatre n'a pas voté en faveur du projet de loi immigration, la Première ministre Elisabeth Borne a estimé, mercredi 20 décembre, sur France inter qu'il n'y avait pas de "crise". La présidente de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet, qui a voté le texte, évoque "un moment douloureux" tandis que le ministre de la Santé, Aurélien Rousseau, a démissionné.

Selon Elisabeth Borne, invitée de la matinale de France inter mercredi 20 décembre, il n'y a "pas de crise" au sein de la majorité. Au lendemain de l'adoption par l'Assemblée nationale de la loi "pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration", l'exécutif se retrouve pourtant face à un fait inédit depuis l'élection d'Emmanuel Macron à la présidence de la République en 2017 : environ 25% des députés de la coalition présidentielle n'ont pas voté "pour" le texte. 

"J'ai le sentiment du devoir accompli", a déclaré la Première ministre, qui estime "qu'il n'y a pas de crise dans la majorité". Elisabeth Borne a "remercié" les près de "80%" des députés de la majorité qui ont soutenu le texte. "Je ne juge pas ceux qui n'ont pas voté ce texte, on est sur des sujets extrêmement sensibles, sur lesquels un certain nombre de députés avaient besoin de prendre un temps que nous n'avions pas", a-t-elle déclaré. Et d'ajouter : "Je dis à ces députés que nous allons continuer à nous parler et à porter ensemble des combats."

Un "moment douloureux" selon Yaël Braun-Pivet

Sur les 248 députés des groupes Renaissance, Démocrate et Horizons, qui ont pris part au vote (pour un total de 251), 189 ont voté pour (76,21%), 27 ont voté contre (10,89%) et 32 se sont abstenus (12,9%). Dans le groupe Renaissance, les anciens ministres Nadia Hai et Stéphane Travert ont voté contre, tout comme l'ancien président du groupe La République en marche, Gilles Le Gendre, ainsi que l'actuel président de la commission des lois, Sacha Houlié

"Ce n'était pas le projet de la majorité", a déclaré mercredi sur RTL Sacha Houlié, regrettant notamment des "mesures Pasqua ou Sarkozy ne correspondant pas politiquement à ce que moi je pense". Le président de la commission des lois a évoqué un "sentiment de gueule de bois", mais il a estimé qu'"il n'est pas question de tout remettre en cause". 

"La majorité vit un moment plutôt douloureux" a, quant à elle, affirmé Yaël Braun-Pivet, sur le plateau de BFMTV. La présidente de l'Assemblée nationale, qui a voté en faveur du texte, estime que "la majorité est soudée", mais "diverse". Pour elle-même, Yaël Braun-Pivet a reconnu que l'instauration d'un délai de carence pour le versement de prestations sociales aux personnes étrangères la "gên[ait] terriblement". La présidente de l'Assemblée a également lancé un message au gouvernement : "Il faut très clairement que notre majorité puisse travailler différemment pour pouvoir rester unie."

François Bayrou s'inquiète d'une "période de désordre"

30% des députés du groupe Démocrate se sont abstenus, parmi lesquels le président de la commission des affaires étrangères, Jean-Louis Bourlanges, la vice-présidente de l'Assemblée, Elodie Jacquier-Laforge, le président du groupe, Jean-Paul Matteï, ou encore l'ancienne présidente de la commission des affaires européennes, Sabine Thillaye. "C'est indéniable que c'est une crise", a commenté mercredi le député MoDem Erwan Balanant. L'élu, qui a voté contre le texte, rejette la faute sur un "coup politique" du RN, "un piège" tendu à la majorité par le groupe présidé par Marine Le Pen. "Maintenant, il faut qu'on se remobilise, qu'on repropose un contrat politique aux Français, un projet pour combattre le Rassemblement national", a-t-il estimé.

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Interrogé sur France 2 mercredi matin, le président du MoDem François Bayrou n'a pas critiqué le texte adopté par le Parlement. Il a, en revanche, fait part de son inquiétude vis-à-vis de la "situation" actuelle : "On vit une période de désordre et il faut se méfier extrêmement du désordre (...) parce que évidemment on peut se trouver avec des peuples qui choisissent la servitude." L'ancien candidat à l'élection présidentielle a assuré que "le MoDem fait partie de la majorité" mais a adressé un message ferme, visant notamment le gouvernement : "Je suis très insatisfait de la manière dont les choses ont été conduites.François Bayrou juge nécessaire de "changer de méthodes et de pratiques".

Le groupe Horizons, qui avait indiqué être globalement satisfait de la version sénatoriale du texte a, sans surprise, soutenu massivement la version issue de la CMP (28 votes pour, 2 contre, sur 30 députés). Pour autant, l'un de ses membres, Jean-Charles Larsonneur, a annoncé mercredi matin sur France Bleu sa décision de quitter le groupe Horizons. "Le texte franchit un certain nombre de digues par rapport à nos valeurs républicaines", a-t-il affirmé.

Le ministre de la Santé démissionne

A ce malaise au sein de la majorité s'ajoute une crise gouvernementale. Le ministre de la Santé, Aurélien Rousseau, a confirmé sa décision de démissionner, alors que quelques heures plus tôt, Elisabeth Borne avait qualifié cette question de "non-sujet" sur France inter : "Le Président n'a pas reçu de lettre de démission", avait affirmé la Première ministre. Le ministre de la Santé avait fait clairement savoir ses intentions dès mardi, avant l'adoption du texte au Sénat et à l'Assemblée : "Si le texte est voté, je pars. Cela touche aux murs porteurs", avait-il indiqué au Monde. Il est remplacé "en intérim" par Agnès Firmin Le Bodo, qui était jusqu'alors ministre déléguée chargée de l'Organisation territoriale et des Professions de santé.

Cette démission a été critiquée indirectement par le rapporteur général du projet de loi, Florent Boudié (Renaissance) : "Je crois [qu'il démissionne] sur des bases qui sont tronquées", a-t-il considéré au micro de LCP, estimant qu'il ne fallait "pas céder à l'émotion d'un texte qui ne correspond pas à ce que je peux entendre parfois dans les médias". Florent Boudié a également pris la défense du projet de loi : "Sur les sujets sur lesquels nous avons accepté de faire des compromis, je pense qu'on peut, ce matin, se regarder dans la glace."

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Signe que la présidence de la République ne néglige pas le risque de crise politique, le chef de l'Etat a jugé nécessaire d'expliquer la situation aux Français. Emmanuel Macron, prendra la parole, ce mercredi soir, depuis l’Élysée, dans l'émission C à vous, sur France 5.