Mariages d'étrangers en situation irrégulière: pourquoi les députés RN et UDR ont-ils quitté l'hémicycle?

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L'hémicycle de l'Assemblée nationale, ce jeudi 25 juin 2026.
L'hémicycle de l'Assemblée nationale, ce jeudi 25 juin 2026.
par Maxence Kagni, le Jeudi 25 juin 2026 à 14:30, mis à jour le Jeudi 25 juin 2026 à 15:53

La proposition de loi visant à "lutter contre les mariages simulés ou arrangés", inscrite à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale par le groupe UDR d'Éric Ciotti dans le cadre de sa "niche parlementaire", a provoqué de vives tensions dans l'hémicycle ce jeudi matin. Face à l'obstruction de la gauche, les députés de l'Union des droites pour la République et du Rassemblement national ont quitté l'hémicycle.

Un an plus tard, les mêmes causes produisent les mêmes effets. Ce jeudi 25 juin, les députés du groupe Union des droites pour la République (UDR), pourtant responsables de l'ordre du jour à l'Assemblée nationale dans le cadre de la journée qui leur est réservée, ont à nouveau quitté l'hémicycle - comme l'année dernière - pour protester contre l'obstruction de la gauche.

La proposition de loi visant à "lutter contre les mariages simulés ou arrangés", venue du Sénat où elle a été adoptée en février 2025, a en effet déjà été inscrite à l'ordre du jour du Palais-Bourbon par Éric Ciotti et les élus de son groupe. C'était le 26 juin 2025, lors de la précédente "niche parlementaire" des députés UDR. À l'époque, l'examen de ce texte, qualifié de "raciste" par plusieurs députés de gauche, avait été entamé sans pouvoir aller à son terme et être mis au vote.

Une journée "mal gérée" en 2025

Le 26 juin 2025 au soir, le groupe Union des droites pour la République avait donc dénoncé l'obstruction de la gauche : cette dernière avait déposé de nombreux amendements et ralentissait volontairement les débats pour empêcher l'adoption de la proposition de loi. Dans ces conditions, Éric Ciotti avait demandé au gouvernement d'utiliser les moyens à sa disposition pour accélérer les débats, mais le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, lui avait opposé une fin de non-recevoir, estimant que les députés UDR avaient "mal géré" leur journée.

Constatant le blocage, Éric Ciotti et ses troupes avaient décidé de quitter leurs bancs et de claquer la porte de l'hémicycle pour protester. Ce jeudi, l'Assemblée nationale a repris les débats là où ils s'étaient arrêtés, toujours à la demande du groupe Union des droites pour la République. "Il ne restait que 80 ou 90 amendements à étudier dans la journée, on avait bien avancé l'année dernière", a expliqué à LCP le député Charles Alloncle (UDR), qui avait "bon espoir d'aboutir" dans la journée.

"Un spectacle désolant"

C'était sans compter sur les députés de gauche qui ont, comme ils en ont le droit, déposé plusieurs centaines de nouveaux sous-amendements, rendant de ce fait impossible l'achèvement de l'examen du texte ce jeudi. Ne pouvant pas retirer la proposition de loi pour passer à la suite du programme - car la procédure ne le permet pas s'agissant d'un texte en navette entre les deux Chambres du Parlement - les députés UDR, accompagnés de leurs alliés du RN, ont donc une nouvelle fois quitté l'hémicycle : "On ne souhaite pas donner du crédit à l’obstruction grossière de LFI", a commenté auprès de LCP le député Charles Alloncle.

"Le fait de ne pas répondre permet aussi d'accélérer les débats", ajoute l'élu. Et Charles Alloncle de dénoncer les "outrances, les sorties souvent vulgaires, toujours à côté de la plaque" des députés de gauche. "Protéger les maires qui sont en risque de condamnation n'a rien à voir avec du racisme, ces accusations sont éculées, grotesques et scandaleuses", conclut le député, qui fustige un "spectacle désolant pour la fonction parlementaire".

LFI promet "un long chemin de croix"

"Pour la deuxième fois, Éric Ciotti vient de pourrir sa propre journée d'initiative parlementaire et ils ont fui de honte", a lancé dans l'hémicycle la députée Léa Balage El Mariky (Écologiste et social). "L'UDR est à ce point nullissime qu'il ne peut pas retirer le texte qu'il a inscrit à l'ordre du jour et il va subir aujourd'hui un long chemin de croix", a ironisé son collègue Paul Vannier (La France insoumise), "Quand le racisme prend trop de place dans le cerveau, il n'y en a plus assez pour penser une stratégie parlementaire efficace", a quant à lui renchéri Antoine Léaument (LFI) contacté par LCP.

De leur côté, les députés Sylvain Berrios (Horizons) et Didier Padey (Les Démocrates) ont dénoncé une "mascarade" : "Les Français nous ont élu pour légiférer et pas pour organiser l'impuissance du Parlement", a déploré de dernier. A la mi-journée, Sarah Legrain (LFI) a prévenu qu'avec ses collègues, elle allait "combattre [le texte] toute la journée, jusqu'à minuit".

Les députés de l'Union des droites pour la République devraient cependant revenir dans l'hémicycle à 15 heures, pour demander au gouvernement d'activer l'article 44 alinéa 2 de la Constitution : celui-ci permet au gouvernement d'écourter les débats en refusant l'examen des amendements et sous-amendements qui n'ont pas été examinés en commission. Déjà formulée en juin dernier par Éric Ciotti, cette requête avait alors été repoussée par Gérald Darmanin.

 

Eric Ciotti dénonce une "prise en otage", le gouvernement laisse les débats se poursuivre

A la reprise des débats à 15 heures, le président du groupe UDR Eric Ciotti a dénoncé une "prise en otage, par un groupuscule extrémiste, de notre démocratie". Le député des Alpes-Maritime a interpellé le gouvernement, pour qu'il fasse usage de son droit d'écourter les débats.

"Nous avons toute la journée et toute la soirée", a répondu le ministre de la Justice, Gérald Darmanin. Le Garde des sceaux a sollicité une suspension de séance afin de consulter les présidents de groupe sur la possibilité d'activer l'article 44 alinéa 2. Constatant qu'une majorité de présidents le refusait, Gérald Darmanin a donc choisi de ne pas écourter les débats. En revanche, le ministre a expliqué que le gouvernement pourrait, en cas de rejet du texte, le réinscrire à l'Assemblée si nécessaire, sur le "temps gouvernemental".