Office national des forêts : la nomination de Valérie Metrich-Hecquet validée par le Parlement

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Valérie Metrich-Hecquet à l'Assemblée nationale, le 14 septembre 2022
Valérie Metrich-Hecquet à l'Assemblée nationale, le 14 septembre 2022
par Raphaël Marchal, le Mercredi 14 septembre 2022 à 13:05, mis à jour le Mercredi 14 septembre 2022 à 14:44

Proposée par Emmanuel Macron pour diriger l'Office national des forêts, Valérie Metrich-Hecquet a été auditionnée par les députés de la commission des affaires économiques. Elle a dû faire face aux doutes largement exprimés par certains élus alors que l'institution, confrontée aux conséquences du réchauffement climatique et à son impact sur les incendies, connaît une crise financière et managériale.

Fin juillet, alors que la forêt brûlait par milliers d'hectares en France, et plus particulièrement en Gironde, le président de la République a proposé de nommer Valérie Metrich-Hecquet à la tête de l'Office national des forêts (ONF). Conditionnée à l'approbation du Parlement, la proposition de nomination de cette haute-fonctionnaire intervient donc dans un contexte particulier : celui de la prise en compte généralisée des effets concrets du réchauffement climatique, alors que plus de 60 000 hectares de forêt ont brûlé cet été sur le territoire national.

Mais elle advient également alors que l'ONF, confrontée à une baisse constante d'effectifs et de moyens depuis 20 ans, à une situation sociale tendue et à une remise en cause de certaines de ses missions historiques, traverse une crise majeure. Le précédent directeur, Bertranch Munch, accusé de maltraitance managériale, a été débarqué de l'institution en mars dernier. Valérie Metrich-Hecquet, qui a été auditionnée d'abord à l'Assemblée nationale puis au Sénat, mercredi 14 septembre, ne s'attend donc pas à un long fleuve tranquille. 

"Serez-vous une gestionnaire brutale ?"

Au cours de son audition par les députés de la commission des affaires économiques, Valérie Metrich-Hecquet, ingénieure du génie rural, des eaux et des forêts de formation, a été interrogée de façon franche et directe. "Serez-vous une gestionnaire brutale ?", a questionné de but en blanc Sébastien Jumel (Gauche démocrate et Républicaine), pointant le mal-être des agents de l'ONF. "Votre candidature a de quoi nous inquiéter", a renchéri Danielle Simonnet (La France insoumise), faisant référence, comme Lionel Tivoli (Rassemblement national),  au rôle joué par Valérie Metrich-Hecquet dans la suppression de 1 500 effectifs de l'ONF, lorsqu'elle était secrétaire générale du ministère de l'Agriculture entre 2014 et 2018. "Les défis sont immenses", a résumé Bénédicte Taurine (LFI), soulignant le contexte de crise de gouvernance, la crise financière et la crise environnementale que doit affronter l'Office.

En réponse, la haute-fonctionnaire a tenté de rassurer les députés sur sa volonté de renforcer cette "belle maison", qu'elle sait affaiblie. "Je ne pense pas être brutale", a-t-elle rétorqué, soumettant calmement aux élus sa détermination à transformer l'ONF et à conforter son rôle dans la gestion des crises et dans la transition énergétique, à mettre en place un dialogue social de qualité, à poursuivre la transformation numérique de l'établissement public et à consolider son modèle économique. Ce dernier point est particulièrement prégnant : en 2021, l'ONF a perdu 20% de son chiffre d'affaires en raison de la pandémie et accusé une perte de 65 millions d'euros.

500 effectifs en moins en 2025

Autre écueil à gérer, en juin dernier, un nouveau contrat d’objectifs et de performances pour 2021-2025 a été fixé par l'État pour tenter d'atteindre l’équilibre financier. Il prévoit notamment le départ de quelque 500 agents dans les cinq ans, sur les 8 200 que compte actuellement l'institution pour gérer les 11 millions d'hectares de forêts sur l'ensemble du territoire national. En parallèle, a regretté Mathilde Panot (LFI), les employés de l'Office sont contraints de prélever toujours davantage de bois au détriment de la défense de la biodiversité et de l'accueil du public.

Devant les députés, Valérie Metrich-Hecquet s'est engagée à mettre en place, dès son arrivée, une "analyse mission-moyens". Elle prône également un partenariat renforcé avec les citoyens et les ONG. "Je n'aurais pas postulé si je ne pensais pas qu'un modèle était possible pour l'ONF", a-t-elle conclu. Sans forcément convaincre les députés de l'opposition : "Plus je vous écoute, plus je me dis que vous n'auriez pas dû postuler", a ainsi lancé Charles Fournier (Écologiste), déplorant la situation critique de l'institution et des forêts.

Consciente des difficultés traversées par l'ONF, la haute-fonctionnaire a constamment affiché sa détermination : "Avec honnêteté, transparence, dialogue, il est possible de faire de quelque chose de vraiment bien de ce bel établissement." Valérie Metrich-Hecquet a également tenté de prouver aux élus réticents sa volonté défendre les intérêts de l'Office, tout en rappelant le "devoir de loyauté" qui échoit aux fonctionnaires. "Un fonctionnaire n'est pas grand chose, il n'est rien", a-t-elle défendu, annonçant dès maintenant qu'elle appliquerait les décisions de l'exécutif .

Après avoir été auditionnée par les commissions des affaires économiques de l'Assemblée nationale et du Sénat, la candidature de Valérie Metrich-Hecquet a été validée par 39 voix en faveur de sa nomination, contre 34 et 4 abstentions.