Plus d’argent, plus de drones, plus de munitions: ce que contient la nouvelle stratégie militaire française

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Un véhicule de l'avant blindé, le 14 juillet 2021 (© Wikimedia)
Un véhicule de l'avant blindé, le 14 juillet 2021 (© Wikimedia)
par Raphaël Marchal, le Lundi 20 avril 2026 à 07:20

Le projet d'actualisation de la loi de programmation militaire va être examiné en commission à partir de cette semaine. Le texte renforce de 36 milliards d'euros l'effort budgétaire face à l'aggravation du contexte international, avec un focus sur l'achat de munitions. LCP fait le point sur les principaux enjeux du texte.

Après une semaine d'auditions préparatoires, les députés de la commission de la défense vont commencer pour de bon l'examen du projet de loi actualisant la programmation militaire pour les années 2024 à 2030. A compter de ce mardi, les élus s'attaqueront aux mesures prévues par le texte, initialement annoncé par Emmanuel Macron lors des ses vœux aux armées en janvier.

Au total, un effort de 36 milliards d'euros supplémentaires par rapport à la loi programmatique promulguée en août 2023, qui prévoyait un total de 413 milliards d'euros pour les armées. Depuis l'élaboration de cette dernière, le contexte international ne s'est pas franchement amélioré, inclinant les autorités à cette rallonge budgétaire. De nombreux pays d'Europe sont d'ailleurs engagés dans un réarmement à marche forcée. Emmanuel Macron vise une adoption avant la date symbolique du 14 juillet.

2,5 % du PIB

Cette enveloppe supplémentaire doit permettre au budget de la défense d'atteindre le seuil des 2,5 % du PIB en 2030, à hauteur de 76,3 milliards d'euros. Il était de 47,2 milliards en 2024, première année de la loi de programmation militaire (LPM). Il est à noter que le principe d'une actualisation était prévu dès la construction de la première version de la LPM.

Le format voté en 2023 "était sous-financé, laissant peu de marges pour une évolution du modèle", rappelle l'Institut français des relations internationales (Ifri), dans une note publiée par le think tank le 16 avril. De fait, une grande partie des moyens supplémentaires participeront à compenser la hausse des prix des matériels depuis 2023.

La Russie, une menace identifiée

L'exécutif n'a guère caché sa principale crainte : l'engagement d'un conflit face à la Russie, menace de plus en plus évidente pour la sécurité de l'Europe. Une "guerre ouverte" avec la Russie est ainsi la "préoccupation première" du chef d'état-major des Armées, Fabien Mandon. "Quand on parle de la Russie, c'est quelque chose qui n'est absolument pas dogmatique, c'est quelque chose de renseigné", a affirmé le haut gradé au Palais-Bourbon, le 9 avril.

Auditionnée à l'Assemblée nationale la veille, la ministre des Armées, Catherine Vautrin, a appelé à "accélérer notre calendrier" face à "un monde qui se durcit" et au "retour de la force dans le règlement des conflits". Pour l'Ifri, ce discours revendiqué se heurte néanmoins à la réalité des faits. Le think tank, qui parle d'une "désynchronisation", observe que l'horizon capacitaire ne donnera "sa pleine mesure qu'à partir de 2035", alors que le péril pourrait menacer dès 2030.

Une question de munitions

L'actualisation de la LPM prévoit de conserver un format d'armées similaire, mais prévoit tout de même une augmentation nette des effectifs sur la période 2026-2030, avec un objectif d'atteindre 275 000 équivalents temps plein.

Le texte est en revanche particulièrement généreux concernant les munitions, utilisées dans les grandes largeurs par les belligérants en Ukraine et au Moyen-Orient. D'ici à 2030, 8,5 milliards d'euros supplémentaires seront consacrés à ce volet. Si les stocks sont confidentiels, ils vont connaître des augmentations conséquentes par rapport au texte initial : 400 % pour les munitions téléopérées, 240 % pour l'armement air-sol, 230 % pour les torpilles ou encore 190 % pour l'artillerie.

Les drones, star des guerres modernes

Autre leçon tirée par les conflits actuels, la portée des drones, à l'importance devenue primordiale. Deux milliards d'euros supplémentaires seront affectés aux drones de tous types, portant l'effort à 8,4 milliards d'euros. Les armées recevront également 500 fusils brouilleurs de drones supplémentaires, des radars antidones ou encore des canons aériens pour la protection des bases aériennes.

La France prévoit également de renforcer de 3,9 milliards d'euros ses dépenses consacrées au spatial de défense, soit 10,1 milliards d'euros au total. Cette enveloppe supplémentaire doit permettre de renforcer les communications spatiales, de mettre en place une capacité de radar opérationnelle à l'horizon 2035 ou encore un système d'alerte avancée comportant notamment l'usage d'un satellite géostationnaire de détection infrarouge.

Par ailleurs, l'actualisation de LPM ne se contente pas que de mesures budgétaires sonnantes et trébuchantes. Entre autres mesures, le texte crée un nouveau régime d'exception, l'état d'alerte de sécurité nationale, qui permettra d'adapter le cadre réglementaire pour accélerer les décisions en cas de menace. Par ailleurs, un nouveau service national sera mis en place. Le projet de loi doit être examiné dans l'hémicycle du Palais-Bourbon à partir du lundi 4 mai.