Pour l'heure, Édouard Philippe (Horizons) et Gabriel Attal (Renaissance) sont tous les deux candidats à la présidentielle de 2027. Mais comment faire pour les départager et n'avoir qu'un seul candidat du bloc central sur la ligne de départ ? Regarder en fin d'année les enquêtes d'opinion ? Une mauvaise idée, selon les sondeurs.
Un comité de liaison et un pacte de non-agression. C'est, pour l'heure, l'option privilégiée par les deux candidats du bloc central, Gabriel Attal (Renaissance) et Édouard Philippe (Horizons), pour avancer – chacun de son côté – vers l'élection présidentielle de 2027. Il faut "assumer" la présence de "différents candidats, de différents partis politiques qui présentent des projets" avant un "rassemblement" fin 2026 ou début 2027, expliquait le secrétaire général du parti fondé par Emmanuel Macron fin mars sur France Inter. "On sera capable de discuter le moment venu" pour "faire prévaloir" un "bloc républicain", en cas de risque de second tour entre le Rassemblement national et La France insoumise, complétait le maire du Havre sur France 2.
Mais comment faire, le cas échéant ? Les sondages sont ouvertement envisagés comme solution de départage. Une option qui laisse perplexe, voire qui inquiète, les principaux intéressés : les sondeurs. Souvent critiquées, ces enquêtes d'opinion joueraient alors un rôle déterminant dans la course à l'Elysée, leur conférant ainsi une responsabilité importante.
"Ils ont le droit de dire ça, mais c'est complètement illusoire de vouloir faire retomber la décision finale, le choix de se retirer ou pas, sur les sondages", explique Frédéric Dabi, le directeur général Opinion de l'Ifop, sollicité par LCP. "Je pense que ce n'est pas comme ça que ça se passera", poursuit le sondeur, qui y voit aussi "une sorte de posture délégataire" de la part des candidats.
Sur le fond, "cela veut dire que les partis politiques abandonnent leur rôle principal, celui de sélectionner des candidats", déplorait il y a quelques jours Bruno Jeanbart (OpinionWay) auprès de l'AFP. Dans une tribune récente publiée dans Le Figaro, Brice Teinturier (Ipsos) évoquait, pour sa part, "le symptôme de l'affaiblissement considérable du politique".
D'autant qu'il n'est pas non plus certain que fin 2026-début 2027, l'un des deux candidats ait pris un avantage conséquent dans les sondages, qui comportent des marges d'erreur. Et à combien cet écart sera-t-il considéré comme suffisant par le camp à la traîne ? "Imaginez qu'un candidat X soit à 11% au mois de décembre et un candidat Y à 15%. On lui dira certes qu'il est derrière. Mais l'entourage du candidat à 11% dira 'mais attendez c'est serré, la campagne n'a pas commencé’", anticipe Frédéric Dabi, qui rappelle que l'opinion se cristallise souvent tardivement, avec des "dynamiques de campagne plutôt en février ou mars".
Et le même d'ajouter : "N'oublions pas que, derrière, il y aura des élections législatives qu'on sait très bien qu'un parti politique qui n'a pas de candidat à la présidentielle y arrive relativement fragilisé."
J'en prends acte, mais ce n'est pas mon sujet. Ça ne change absolument rien [à ma manière de travailler]. Frédéric Dabi, directeur général Opinion de l'Ifop
Une partie importante des électeurs "ne s'intéressent à l'élection que lors des trois-quatre derniers mois", renchérit Bruno Jeanbart (OpinionWay) auprès de l'AFP. Les exemples sont légion de croisement de courbes dans les derniers mois de campagne, le plus célèbre étant celui de 1995 entre Édouard Balladur et Jacques Chirac, qui n'est intervenu que début mars.
Pour l'heure, à onze mois du scrutin, Édouard Philippe devance Gabriel Attal de quelques points dans les sondages de premier tour où ils sont testés tous les deux. Pas question pour Frédéric Dabi de changer sa manière de travailler : "Je prends acte [des déclarations des uns et des autres], mais ce n'est pas mon sujet. Quand un média commande un sondage, je ne vais pas me dire 'ouh là là faut que je vois l'écart entre Philippe et Attal…’ Ça ne change absolument rien."
Face à une offre politique qui n'est pas arrêtée, le sondeur va donc "continuer à multiplier les scénarios" – il y en avait onze dans la dernière enquête de l'Ifop réalisée pour Le Figaro-LCI et Sud Radio. "Je pourrais en faire 30, mais naturellement à un moment, dans nos enquêtes en ligne, les gens ne comprennent plus", explique Frédéric Dabi.
-> Lire aussi - Présidentielle: en cas de double candidature Attal/Philippe, le bloc central risque l'élimination dès le premier tour
Du côté des responsables politiques aussi, certains mettent en garde contre la tentation de ne se référer qu'aux sondages. "C'est très dangereux. Le risque est que les candidats se retrouvent à faire campagne les uns par rapport aux autres pour se distinguer. Ça risque de laisser des traces", affirme à LCP un cadre d'Horizons, qui craint une sorte de primaire sauvage, "dont le juge de paix serait les sondages".
Si dans les deux camps, on assure que les flèches ne seront pas décochées contre les concurrents du même espace politique, déjà quelques piques fusent. "Je laisse à d'autres le sang et les larmes. Moi je vous promets l'action et l'espoir", a lancé Gabriel Attal le week-end dernier lors de son premier meeting, dans une claire allusion à Édouard Philippe, sa campagne jugée timorée et son discours de rigueur. Ou encore, comme relaté, entre autres, par Le Parisien, un "Je suis meilleur que lui en campagne !", lancé par le patron de Renaissance en privé à propos du maire du Havre. Avec comme réponse par un proche de ce dernier : "Mais quelle campagne ? Il est maire de quelle ville ?"
Fin mai sur Franceinfo, Elisabeth Borne, qui partage avec les précités le fait d'avoir été Première ministre, affirmait ne "pas croire à une compétition apaisée". "Toute l'énergie qu'on peut passer à être en compétition au sein de ce bloc central, c'est de l'énergie qu'on ne passe pas pour proposer des réponses aux Français et pour dénoncer les réponses qui sont présentées par les extrêmes", a-t-elle développé, rejetant une issue où tout le monde "se retrouvera de façon extrêmement harmonieuse".
Comment tout cela finira-t-il ? Qui sera bel et bien sur la ligne de départ de la présidentielle au printemps 2027 ? Pour ouvrir une nouvelle voie de départage, si les sondages ne le permettaient pas, Gabriel Attal a annoncé jeudi que sa formation politique proposera dans les prochains jours au comité de liaison, un calendrier pour une éventuelle primaire "s'il n'était pas possible d'organiser un rassemblement autrement".