Primaire à gauche: pourquoi Raphaël Glucksmann et les autres candidats s'opposent sur les débats télévisés

Actualité
Image
Raphaël Glucksmann, lors de son meeting d'Aubervilliers le 13 juin 2026 (AFP / Kenzo TRIBOUILLARD)
Raphaël Glucksmann, lors de son meeting d'Aubervilliers le 13 juin 2026 (AFP / Kenzo TRIBOUILLARD)
par Anne-Charlotte Dusseaulx, le Mercredi 2 septembre 2026 à 18:15

Raphaël Glucksmann a indiqué ne vouloir participer qu'à un seul débat télévisé avant le premier tour de la primaire sociale-démocrate, son camp insistant sur l'exclusivité demandée par France Télévisions et France Inter, et sur l'importance du service public. Mais ses concurrents ne l'entendent pas de cette manière et en souhaitent trois. 

Les modalités du scrutin ont été arrêtées, les prétendants officialisent peu à peu leurs candidatures (ils ont jusqu'au 15 septembre), mais il y a un autre sujet qui divise les différentes écuries de la primaire sociale-démocrate : l'organisation des débats télévisés d'avant premier tour (les 9 et 10 octobre), ou plutôt leur nombre. Plusieurs chaînes se sont en effet positionnées et trois dates sont évoquées, à savoir le 16 septembre sur TF1, le 29 septembre sur BFMTV et le 6 octobre sur France 2 et France Inter.

Mais Raphaël Glucksmann (Place publique), le mieux placé à gauche dans les sondages – après l'insoumis Jean-Luc Mélenchon –, a fait savoir qu'il n'acceptait que celui du 6 octobre. "Le service public demande l'exclusivité des débats de notre primaire. Quand on est de gauche, on débat sur le service public. Surtout par les temps qui courent, où il est menacé de toutes parts", a justifié dans L'Opinion mardi le sénateur socialiste Alexandre Ouizille, responsable de la communication de l'eurodéputé. 

Selon Le Monde, qui cite le courrier envoyé fin août aux différents candidats, le service public propose en effet "d'organiser et de diffuser en exclusivité un débat de la primaire du pôle socialiste" et s'engage à "déployer un plan de communication massif du 1er au 6 octobre" pour faire de ce rendez-vous "un véritable événement national".

"Ça fait un peu gros dans l'esquive"

Problème : Raphaël Glucksmann, qui a indiqué avoir déjà accepté ce débat, est le seul des cinq candidats déclarés sur cette ligne. Ses concurrents ont donc vivement réagi. "Je ne peux pas imaginer une seule seconde que Raphaël Glucksmann, qui a accepté de participer à cette primaire, considère qu'il faut qu'elle soit en catimini, à huis clos", a réagi ce mercredi sur LCI le député Jérôme Guedj, qui souhaite "évidemment qu'il y ait trois débats", "pour qu'il y ait du monde qui vienne participer à cette primaire".

S'il veut être candidat à la présidentielle, il ne va pas pouvoir se cacher de manière permanente. Un proche d'Olivier Faure sur raphaël Glucksmann

Dans le camp d'Olivier Faure, on estime aussi que la position de Raphaël Glucksmann est "difficile à comprendre". "Il demande une primaire la plus fermée possible avec les 15 euros, puis avec un seul débat… Ça fait un peu gros dans l'esquive", commente, sollicité par LCP, un très proche du premier secrétaire du PS, qui fait remarquer que l'eurodéputé appelle pourtant les Français à s'emparer massivement du scrutin. "S'il veut être candidat à la présidentielle, il ne va pas pouvoir se cacher de manière permanente", ajoute le même, qui pense qu'il "ne pourra pas tenir là-dessus très longtemps".

L'ex-candidate à la présidentielle Ségolène Royal avait aussi réclamé sur BFMTV que les trois débats aient lieu, car "c'est une chance de débattre". "C'est une chance extraordinaire que les médias s'intéressent à cette primaire", avait-elle insisté, jugeant que "si on a peur des débats, il faut faire autre chose que de la politique". Même chose du côté du député Philippe Brun. "De quoi a-t-il peur ? Comment peut-on prétendre battre Marine Le Pen et avoir peur de débattre avec des socialistes ?", a-t-il interrogé sur X, affirmant que lui participerait aux trois débats, car "nos électeurs ont besoin de candidats capables d'aller au combat".

Mardi, le ton est monté entre les différents camps. "Mentir c'est pas bien quand on est candidat", a répondu David Assouline, membre de l'équipe de campagne de Raphaël Glucksmann, à un post de Philippe Brun, capture d'écran du courrier de France Télévisions et de France inter à l'appui.

Tweet URL
Tweet URL
Tweet URL

A noter : le 6 octobre ne convient pas non plus à la majorité des candidats, puisqu'à cette date, il ne sera plus possible aux électeurs d'adhérer pour voter à la primaire (l'échéance a été fixée au 5 octobre).

Un seul débat, ce serait une première

Jamais une primaire d'élection présidentielle n'a connu qu'un seul débat télévisé entre les candidats du premier tour. Et ce, quel que soit le camp. En général, il y en a trois, puis une ultime confrontation d'entre-deux-tours. En 2021, malgré un processus réservé aux militants, le congrès des Républicains (dont est sortie victorieuse Valérie Pécresse) avait même enregistré quatre débats, avant le premier tour. C'était trois aussi pour la désignation du candidat des écologistes (Yannick Jadot).

Cinq ans plus tôt, pour l'élection présidentielle de 2017, entre 1,5 million et 2 millions de Français avaient participé à la primaire citoyenne de la gauche (Benoît Hamon) et plus de 4 millions à celle de la droite et du centre (François Fillon). A chaque fois, là encore, trois débats télévisés et radiophoniques, par thématique cette fois, avaient été organisés, même si certains – comme Nicolas Sarkozy – avaient mis en garde contre le risque qu'un tel processus abîme son camp. A l'époque, la primaire des écologistes avait, elle, fait l'objet de deux débats d'avant premier tour. 

En 2011, la primaire de gauche, qui avait mené à la victoire de François Hollande, avait, elle aussi, comptabilisé trois débats.

Aux municipales, le refus de Rachida Dati

En 2016, Alain Juppé avait certes réclamé plusieurs débats dans le cadre de la primaire de la droite et du centre, mais pour l'entre-deux-tours qui l'opposait alors à François Fillon. Il espérait ainsi pouvoir remonter son retard et mettre en difficulté son rival. Sans succès, puisqu'au final, un seul débat – multidiffusé – avait été organisé. Dans l'entre-deux-tours de l'élection présidentielle de 2012, cette fois, c'est Nicolas Sarkozy (deuxième du premier tour) qui souhaitait que trois débats soient organisés face à François Hollande, qui n'en voulait qu'un. En vain. "Même avec un débat, matin, midi et soir, il ne se rend pas compte qu'il est cuit !", lançait à l'époque le socialiste Claude Bartolone.

Plus récemment, la question des débats télévisés a alimenté les discussions politiques quand Rachida Dati (Les Républicains) avait dit son refus d'y prendre part lors des élections municipales de 2026 à Paris. Ils avaient tous été annulés, à l'exception de celui d'Ici Paris Ile-de-France, qui s'était tenu sans les deux principales têtes d'affiche.