Présidentielle 2027: à Sens, la nécessité d'une "union des démocrates" face aux "extrêmes" au cœur du débat

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François Hollande et Édouard Philippe en débat à Sens, le 29 août 2026
François Hollande et Édouard Philippe en débat à Sens, le 29 août 2026. ROMEO BOETZLE / AFP
par Anne-Charlotte Dusseaulx, le Samedi 29 août 2026 à 23:18, mis à jour le Samedi 29 août 2026 à 23:35

Plusieurs responsables politiques se sont pressés ce samedi à l'événement de rentrée organisé par l'ancien ministre de l'Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer. Au programme notamment, un débat entre François Hollande et Édouard Philippe. Et une question qui a dominé le rendez-vous : comment faire pour éviter un duel entre le Rassemblement national et La France insoumise au second tour de l'élection présidentielle.

Une journée de débats, et pas moins de cinq candidats déclarés ou présumés à l'élection présidentielle. Ce samedi 29 août, Bernard Cazeneuve, Karim Bouamrane, Jérôme Guedj, François Hollande et Édouard Philippe avaient répondu positivement à l'invitation de Jean-Michel Blanquer et son Laboratoire de la République, qui faisait sa rentrée politique à Sens, dans l'Yonne. Même le Premier ministre, Sébastien Lecornu, avait fait le déplacement pour une discussion sur la souveraineté – l'occasion de rappeler l'importance de voter un budget, car "cette année ne doit pas être un mauvais remake de l'année dernière". La veille, c'était Xavier Bertrand qui avait participé à deux tables rondes.

Le point commun des présents ? Tous refusent un possible choc des "extrêmes" au second tour en mai 2027, entre le Rassemblement national (RN) et La France insoumise (LFI). "Face à la complexité de notre époque et au risque de fragmentation, la confrontation des idées ne suffit plus : il nous faut bâtir une vision commune", plaide l'hôte de ces rencontres, qui fut le ministre de l'Éducation d'Emmanuel Macron, de 2017 à 2022.

C'est la fin de matinée, ce samedi. A la tribune, l'ancien député de l'Yonne (2012-2022) et actuel vice-président des Républicains, Guillaume Larrivé, résume la situation : "Il est minuit moins 7 et c'est pour ça, je crois, que vous nous réunissez Jean-Michel (Blanquer)". Au tour de Bernard Cazeneuve de monter sur scène, pour parler "réconciliation républicaine". L'ancien Premier ministre socialiste, qui a quitté le PS à cause des accords passés avec LFI, l'affirme d'entrée de jeu, "entre des responsables politiques qui ne viennent pas des mêmes camps des compromis sont possibles lorsque l'essentiel est en jeu".

Ces engagés, ce sont les républicains ardents, conscients du basculement possible du pays vers le pire. Bernard Cazeneuve

Alors pour éviter la victoire de Marine Le Pen, celui qui se prépare pour la course à l'Élysée, appelle à une "coalition des engagés", qui serait la traduction politique de la "coalition des producteurs", ceux qui, en France, rejettent "la rente sans limite, ni objet collectif" et "un certain usage de la richesse". "Ces engagés, ce sont les républicains ardents, conscients du basculement possible du pays vers le pire et prêts, dans la plus grande abnégation, à prendre tous les risques pour l'éviter", martèle l'ancien ministre de l'Intérieur de François Hollande. Qui sont-ils ? "La gauche qui veut gouverner, les républicains du centre et les modérés" prêts à "un compromis historique, gaullien", énumère-t-il.

Vers un grand rassemblement ?

A ses yeux, il n'y a pas d'autre chemin pour l'emporter. "Même si un candidat de la gauche républicaine ou du centre parvenait à se qualifier pour le second tour, aucun de ces candidats ne parviendrait à l'emporter sans qu'un large rassemblement ne s'opère autour de sa personne et d'un projet partagé", estime Bernard Cazeneuve, qui souhaite "moins d'ambitieux et une plus grande ambition pour la Nation". Lui compris si nécessaire, car "il nous faut pratiquer le tout à la France, plutôt que le tout à l'égo".

Quelques heures plus tard, plutôt que de "coalition des engagés" comme son ancien ministre, François Hollande préfère parler d'"union sacrée des démocrates", car "tout candidat (...) qui sera au second tour ne pourra pas simplement dire 'votez pour moi pour faire barrage'" à l'extrême droite. Dans cette salle des fêtes de Sens, l'ancien président – qui dira en décembre s'il se lance dans la course – critique le RN et LFI, qui "contribuent à la division du pays" et "ont besoin l'un de l'autre". Il exhorte à "s'unir sur l'essentiel".

Je suis un homme de droite qui veut rassembler la droite et le centre. Édouard philippe

"Qui peut être contre ?", rétorque Édouard Philippe, son débatteur du jour. Mais "cette rupture" avec les Insoumis "à laquelle vous nous invitez", "vous ne l'avez pas pratiquée" lors des élections législatives de 2024, qui ont vu le retour de François Hollande à l'Assemblée nationale, développe le candidat d'Horizons, sous les applaudissements de la salle. "Je suis un homme de droite qui veut rassembler la droite et le centre. (…) Notre camp gagne quand la droite et le centre sont rassemblés", insiste pour sa part Édouard Philippe, qui précise "ne pas jeter un regard de haine sur la gauche quand elle est démocratique et républicaine".

Questionné sur ce qu'il ferait en cas de duel entre Marine Le Pen et la gauche au second tour de la présidentielle, l'ex-Premier ministre assure qu'il "ne votera jamais pour un candidat qui s'affiche sous l'étiquette LFI ou sous l'étiquette RN". En revanche, entre l'extrême droite et "un candidat (de gauche) qui s'inscrit dans le champ républicain", il n'aurait "pas d'hésitation".

Et que ferait François Hollande, en cas d'affrontement Édouard Philippe – Jean-Luc Mélenchon ? "La question est tellement improbable", botte en touche l'intéressé, qui dit vouloir tout faire pour "que la gauche de gouvernement accède au second tour".

Un constat commun, mais des solutions différentes

Mais à la tribune, Édouard Philippe met en garde : "Nous ne conjurerons pas le risque des extrêmes en nous demandant comment nous allons nous positionner face aux extrêmes, mais en proposant de la manière la plus crédible et la plus claire possible."

Sur le fond justement, si le débat est respectueux et ponctué de pointes d'humour, les deux hommes, qui s'accordent sur l'ampleur du redressement à mener, affichent leurs divergences sur les solutions, notamment sur la question fiscale. "On n'échappera pas à une augmentation des prélèvements, j'espère la plus faible possible, sur les cinq ans qui viennent", juge François Hollande, qui ne dit pas non à une "désindexation partielle" des retraites, à condition que cela s'inscrive "dans un plan d'ensemble", où les plus favorisés et les revenus du capital participent également.

Le grand enjeu de la présidentielle, c'est qu'est-ce qu'on fait pour la jeunesse ? François Hollande

Voilà "la pente traditionnelle du débat public français", qui aboutit à "augmenter les impôts", a réagi Édouard Philippe. Pour le maire du Havre, "on peut aussi essayer de diminuer la dépense", particulièrement la dépense sociale "qui n'est plus soutenable". "Osons dire que si nous voulons sortir de notre ornière, nous allons devoir chacun faire un effort et travailler un peu plus longtemps", déclare aussi Édouard Philippe, pour qui la "priorité", "c'est l'intérêt des actifs", qui doivent être "les plus encouragés et les plus préservés".

"Le grand enjeu de la présidentielle, c'est qu'est-ce qu'on fait pour la jeunesse ?", estime pour sa part François Hollande.

Le député RN Julien Odoul, invité suprise

Reste à savoir ce qu'il ressortira de cette journée, qui a enregistré la venue d'un invité surprise, et inattendu : Julien Odoul (RN), "là en tant que député de la circonscription", et qui a assisté au troisième rang à l'intervention du Premier ministre, Sébastien Lecornu. "Je suis le seul opposant ici à cette petite farce qui rassemble tous les fossoyeurs de la République", a commenté l'élu auprès de plusieurs journalistes.

Également croisé ce samedi dans les travées de la salle des fêtes, la présidente de la Région Ile-de-France Valérie Pécresse (Les Républicains), l'ancien ministre socialiste Manuel Valls, l'eurodéputée Nathalie Loiseau (Horizons), le sénateur Jean-Baptiste Lemoyne (Renaissance), sa collègue Nathalie Delattre (Mouvement radical), le député Jérémie Patrier-Leitus (Horizons), les ministres Roland Lescure (Économie), Maud Bregeon (porte-parole), Aurore Bergé (Égalité femmes-hommes) ou encore l'essayiste Natacha Polony.

Forcément, la conclusion est revenue à Jean-Michel Blanquer. "La République, c'est vouloir faire quelque chose ensemble, c'est faire de nos différences une force commune", a lancé celui qui veut voir dans ces journées de débats "un message de volontarisme". Avant d'ajouter, à destination des présents : "La concorde est possible, vous en êtes l'illustration."