Le député Laurent Alexandre (LFI) a interpellé le gouvernement après la diffusion d'une vidéo montrant des jeunes "scander des slogans d'appels à des meurtres racistes" dans une boîte de nuit à Rodez. La ministre chargée de la Lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, a répondu avoir fait un signalement au procureur de la République et rappelé qu'elle présentera un projet de loi contre le racisme et l'antisémitisme en juillet.
"Marine Le Pen au pouvoir, les Arabes à l'abattoir", ou encore "Netanyahou, allez, allez !". Ces propos, tenus le 5 juin dernier dans une boîte de nuit à Rodez, ont été rapportés ce mercredi 24 juin dans l'hémiycle par le député de l'Aveyron Laurent Alexandre (La France insoumise) lors de la séance des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale. Lors de son intervention dans l'hémicycle, l'élu a dénoncé "des jeunes gens adorateurs du RN" scandant "ces slogans d'appel à des meutres racistes".
"Hélas, ce n'est pas un acte isolé", a déploré le député aveyronnais, soulignant que "d'autres vidéos montrent les mêmes scènes, ailleurs dans le pays" et ajoutant que "le silence du RN est assourdissant".
"Ces appels au meurtre raciste de masse [sont] une nouvelle étape de banalisation du discours de l'extrême droite. Voilà ce que donne la complaisance médiatique et politique avec le RN : la diffusion d'un imaginaire de haine dans le pays. Cela se traduit concrètement par une explosion des violences à caractère raciste et antisémite", a-t-il poursuivi. Et Laurent Alexandre d'interpeller le Premier ministre : "Quels moyens allez-vous engager pour ne laisser aucun délit de haine impuni ?"
C'est la ministre déléguée chargée de la Lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, qui lui a répondu. Les propos filmés à Rodez "font honte à la République", a-t-elle déclaré. "Le racisme est une tache sur la République", s'est indignée la ministre, remerciant l'élu insoumis - chose rare - d'"avoir posé cette question et d'avoir malheureusement eu à dire les termes qui ont été employés" dans la vidéo. "En France, on ne trie pas les haines, on ne les hiérarchise pas, on les combat toutes", a-t-elle martelé.
Dans sa réponse, Aurore Bergé a d'ailleurs rappelé que le gouvernement présentera un projet de loi contre l'antisémitisme et toutes les formes de racisme le 9 juillet prochain - en préparation depuis l'échec de la proposition de loi Yadan - et salué le travail de "tous les groupes politiques" autour de ce texte. "Trop de Français doutent de leur place en France, chez eux, chez nous, ils n'ont pas à en douter. Nous combattons les haines, nous combattons le racisme".
Interpellée de nouveau par Laurent ALexandre, qui lui a demandé de "ne plus rien laisser passer", la ministre a expliqué avoir "demandé à ce qu'un signalement au procureur de la République soit fait" concernant les propos tenus dans la discothèque de Rodez. Elle a assuré "vouloir accompagner les victimes, toutes les victimes. Aujourd'hui, dans notre pays, face à la haine antismétiste et raciste, 97 % des victimes n'osent pas porter plainte parce qu'elles ont peur, peur des représailles ou peur que ça ne change rien."
Puis, Aurore Bergé se tournant vers les bancs du Rassemblement national : "Chacun doit prendre sa part, et quand je dis chacun, je m'adresse à vos bancs en particulier, parce que les propos qui ont été tenus sont des propos que vous devriez être les premiers à condamner, à partir du moment où ils se réclament de votre candidate à l'élection présidentielle".
Cette question au gouvernement prenait place dans un contexte où les élus et responsables de La France insoumise ont dénoncé ces derniers jours une "omerta" médiatique et politique sur cette affaire. "C'est profondément choquant" et "évidemment absolument inadmissible", avait cependant réagi la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, à l'issue du Conseil des ministres ce mercredi matin.
Interrogée plus tôt dans la journée sur France Culture - à propos du fait qu'elle était mentionnée dans la vidéo -, Marine Le Pen a affirmé ne se sentir "aucune responsabilité dans le fait que ces jeunes hommes puissent tenir des propos" qu'elle a jugés "insupportables". "Donc le parquet les poursuit, tant mieux et j'espère que la justice les condamnera. Et je n'ai strictement, encore une fois, rien à voir avec tout cela", a déclaré celle qui saura le 7 juillet prochain si elle pourra se présenter à l'élection présidentielle.
Le parquet de Rodez a annoncé dimanche l'ouverture d'une enquête pour "provocation à la haine ou à la violence", après la diffusion de la vidéo évoquée aujourd'hui dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale.