Plusieurs personnalités politiques ont critiqué l'annonce de Maxime Saada de ne plus vouloir collaborer avec 600 professionnels du cinéma ayant signé une tribune dénonçant "l'emprise grandissante de l'extrême droite" et de Vincent Bolloré sur le cinéma français. "Je n'ai pas envie de travailler avec des gens qui me traitent de crypto-fasciste", a soutenu le patron de Canal+.
La réaction de Maxime Saada n'est pas passée inaperçue. Depuis Cannes, le président du directoire de Canal+ a fait savoir que son groupe ne travaillerait plus avec les quelque 600 signataires d'une tribune anti-Bolloré dans le cinéma, parue dans Libération il y a une semaine. "J'ai vécu cette pétition comme une injustice vis-à-vis des équipes Canal qui s'attachent à défendre l'indépendance de Canal+, dans toute la diversité de ses choix", a affirmé Maxime Saada lors d'un évènement organisé en marge du festival de Cannes.
Signée par des personnalités telles que Swann Arlaud, Adèle Haenel, Juliette Binoche ou encore le réalisateur Arthur Harari, la tribune dénonçait "l'emprise grandissante de l'extrême droite" et de Vincent Bolloré sur le cinéma français. Le texte mettait notamment l'accent sur la volonté de Canal+ - dont l'actionnaire principal est Vincent Bolloré - de contrôler la totalité du capital du réseau de salles de cinéma UGC à partir de 2028. "Je n'ai pas envie de travailler avec des gens qui me traitent de crypto-fasciste", a réagi Maxime Saada.
"Hallucinant ! Une pression inédite sur la liberté de création et d’expression", s'est ému le député MoDem Erwan Balanant sur X. "Pendant ce temps ce petit monde réactionnaire nous donne de grandes leçons sur la liberté en commission d’enquête sur l’audiovisuel public", a-t-il également souligné, en référence aux récents travaux controversés menés par Charles Alloncle.
La répression annoncée par Maxime Saada, PDG de Canal+, est inadmissible. William Martinet, secrétaire général du groupe LFI à l'Assemblée nationale, sur X
C'est essentiellement à gauche que l'annonce du patron de Canal+ a suscité des réactions indignées. "L’extrême droite n’a jamais aimé la liberté, ni la création, ni le service public", a ainsi dénoncé sur X Olivier Faure, le premier secrétaire du Parti socialiste. "Cette annonce intervient le jour même où [le député RN Laurent] Jacobelli annonce de son côté que le RN privatisera France 2, France 5 et France Inter. Bienvenue dans un monde où seul l’argent dicte la pensée." "Soutien total à celles et ceux qui résistent à la mainmise de l’extrême droite sur la culture et la création", a pour sa part réagi Mathilde Panot, présidente du groupe LFI, sur le même réseau social.
Plusieurs personnalités ont souligné la position prédominante de Canal+ dans le cinéma français, à l'image de Marine Tondelier. Canal+ étant le "principal financeur du cinéma français", "une grande partie de la filière est donc désormais dépendante de l'argent de Vincent Bolloré, et Canal+ utilise d'ailleurs systématiquement cette position de force pour imposer ses conditions, par exemple sur la chronologie des médias", a estimé la secrétaire nationale des Ecologistes. "Cette situation est dangereuse", a-t-elle réagi sur X.
C'est l'ensemble du cinéma français qui affronte une menace existentielle. Marine Tondelier (Les Ecologistes)
"Bolloré s'offre les moyens d'asservir à ses idées le monde de la création, et donc de détruire les arts, la culture, l'information", a dénoncé sur ses réseaux sociaux la députée Clémentine Autain (Ecologiste et social). "Ce maccarthysme à la française doit être dénoncé par le gouvernement. C’est un enjeu national", a appuyé sur X Alexis Corbière, membre du même groupe politique.
Clémence Guetté (LFI) a pour sa part appelé à une "grande loi de déconcentration des médias", afin d'éviter une dépendance à un seul financeur. Avant de promettre qu'"en 2027, l'empire médiatique Bolloré sera démantelé".
Parmi les réactions publiques à l'annonce de Maxime Saada, la position de David Lisnard (Nouvelle Energie) détonne. Le maire de Cannes, qui a récemment quitté Les Républicains, évoque la position "ingrate", voire "un peu masochiste" des signataires de la tribune, alors qu'une partie d'entre eux ont été soutenus par le groupe Canal+. "Plutôt que de signer une tribune, chaque cosignataire aurait pu refuser l’argent de Canal+ et faire comme dans toute entreprise, aller voir les banquiers, prendre son risque", écrit-il sur X.