Accords du Touquet: "La Manche est en train de devenir un cimetière marin à ciel ouvert", dénonce Xavier Bertrand

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Xavier Bertrand à l'Assemblée nationale, le 7 mai 2026
Xavier Bertrand à l'Assemblée nationale, le 7 mai 2026 (© LCP)
par Raphaël Marchal, le Jeudi 7 mai 2026 à 11:57, mis à jour le Jeudi 7 mai 2026 à 11:59

Auditionné à l'Assemblée nationale, Xavier Bertrand a appelé, ce jeudi 7 mai, à "tordre le bras" aux Britanniques et à dénoncer les accords du Touquet. "Ses conséquences sont scandaleuses. C'est une honte", s'est exclamé le président LR des Hauts-de-France, très critique de l'attractivité "hypocrite" qu'exercent les Britanniques en termes d'emploi.

Xavier Bertrand était visiblement remonté. Et il n'a pas caché sa colère. Auditionné ce jeudi par les députés de la commission d'enquête relative "aux conséquences des accords du Touquet sur l'action publique et le respect des libertés et droits fondamentaux des personnes migrantes", le président de la région des Hauts-de-France a demandé la dénonciation du traité, épinglant à la fois la "naïveté" de la France que le "cynisme" des Britanniques.

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Signé en 2003 entre la France et la Grande-Bretagne à la suite de la fermeture du centre d'hébergement d'urgence de la Croix-Rouge de Sangatte (Pas-de-Calais), le traité du Touquet concerne la surveillance de la frontière entre les deux Etats et la lutte contre l'immigration illégale. Il crée un cadre juridique afin que les agents français et britanniques puissent effectuer des contrôles dans les deux pays, indifféremment.

Des drames humains

Ces accords concentrent les critiques de Xavier Bertrand (Les Républicains), qui estime que la France en vient à "co-gérer les problèmes [des Britanniques], avec les drames humains que cela représente". Selon lui, c'est la France qui assume la majeure partie du travail, tout en étant critiquée par son voisin d'outre-Manche. "Tout ce qui est à eux est à eux, tout ce qui est à nous se négocie", a-t-il déploré, brocardant l'ingénuité des Français. "On mobilise les forces de l'ordre, et l'ensemble des coûts supportés par les Français ne sont que difficilement réglés par les Britanniques."

"La Manche est en train de devenir un cimetière marin à ciel ouvert", a-t-il averti, pointant l'absence de considération politique et médiatique sur le sujet. Selon l'ancien ministre de Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, la politique des entreprises britanniques en termes d'emploi de migrants est grandement à la source de ces drames. Appelant les autorités françaises à dénoncer les accords du Touquet - une possibilité prévue par l'article 25 du texte, Xavier Bertrand a estimé que du jour au lendemain, cela forcerait les Britanniques à "mettre un terme à l'attractivité qu'ils exercent de façon totalement hypocrite".

Tant que vous ne remettrez pas en cause les accords du Touquet, rien ne se passera. Xavier Bertrand, président LR des Hauts-de-France

"Aujourd'hui, il n'y a plus la volonté politique de régler ce problème", a-t-il déploré. "Et ce n'est pas parce qu'on a besoin des Britanniques en matière de défense, de coopération nucléaire, qu'on doit faire l'impasse sur un sujet comme celui-ci", a martelé le président des Hauts-de-France.

Et de fustiger les relations "quasi-inexistantes" entre l'Etat et sa région : absence de communication sur les chiffres officiels, de collaboration, de dotations... Selon Xavier Bertrand, la situation est encore pire pour les maires des communes du littoral, qui sont les "grands oubliés" et qui doivent assumer les conséquences sécuritaires et financières. "C'est un drame pour les migrants, et un drame pour les populations concernées".