Algérie, Proche-Orient, États-Unis, Iran... Retour sur l'audition de Jean-Noël Barrot à l'Assemblée

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Canva/ Pool/APpic/Emiya1980/rawpixel.com/U.S.DepartmentofState
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par Guillaume Cros, le Jeudi 3 avril 2025 à 20:43, mis à jour le Jeudi 3 avril 2025 à 20:53

Dans un contexte international instable et tendu, le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a été auditionné, mercredi 2 avril, à l'Assemblée nationale. Tensions avec l'Algérie, situation au Proche-Orient, relations avec les Etats-Unis... Tour d'horizon des sujets brûlants de la diplomatie française. 

Le cap des cent jours du gouvernement Bayrou passé, Jean-Noël Barrot s'est rendu devant la commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale pour dresser un état des lieux de la situation internationale et faire le point sur la ligne de la diplomatie française sur chaque sujet de préoccupation. En fonction au ministère de l'Europe et des Affaires étrangères depuis septembre dernier, il s'est présenté devant la commission présidée par Bruno Fuchs (Les Démocrates), mercredi 2 avril. Un échange avec les députés de près de deux heures.

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Algérie : un déplacement sous le signe de "l'exigence" et de la "franchise"

Alors que les tensions entre Paris et Alger se sont accentuées ces dernières semaines, le Président français, Emmanuel Macron, et son homologue algérien, Abdelmadjid Tebboune ont renoué le dialogue en début de semaine par un échange téléphonique. Peut-être le début d'une accalmie souhaitée des deux côtés de la Méditerranée, qui va se traduire par un déplacement de Jean-Noël Barrot en Algérie ce dimanche 6 avril. L'objectif sera double précise le locataire du Quai d'Orsay.

Premier objectif : travailler à la libération de l'écrivain Boualem Sansal, condamné à 5 ans de prison pour "atteinte à l'unité nationale". Le Franco-algérien, actuellement emprisonné, a interjeté appel de la décision. "Nous avons bon espoir que ce dossier fasse l'objet d'une mesure de clémence", a déclaré Jean-Noël Barrot devant les députés. 

Deuxième objectif : avancer sur le traitement de la liste des 60 Algériens placés sous OQTF (obligation de quitter le territoire français) qualifiés de "dangereux" que leur pays refuse d'accueillir, allant à l'encontre des principes de l'accord bilatéral de 1994. Jean-Noël Barrot réitère la nécessité d' "obtenir des résultats sur la coopération migratoire, judiciaire et sécuritaire". Le tout avec "exigence, franchise et sans faiblesse".  

Israël-Palestine et l'éloignement de la solution à deux Etats

Sur le dossier israélo-palestinien, interrogé par Arnaud Le Gall (La France insoumise), le ministre a fait preuve de la même franchise, déplorant notamment "la politique de colonisation extrémiste et violente qui continue de se déployer de manière très inquiétante en Cisjordanie". Et de souligner que la France a mis en place des sanctions contre 28 colons israéliens ayant commis des violences contre des civils palestiniens en Cisjordanie.

  

Dans le bande à Gaza, les hostilités ont repris depuis la rupture du cessez-le-feu le 18 mars dernier. La France, qui prône un cessez-le-feu permanent, a bien conscience de l'impasse actuelle, continuant pour en sortir de demander la libération des otages israéliens enlevés par le Hamas d'une part et la relance de l'aide humanitaire à destination de la population gazaouie d'autre part. A plus long terme, le Quai d'Orsay plaide inlassablement pour la solution à deux Etats, qui semble cependant plus incertaine et éloignée que jamais. Jean-Noël Barrot a rencontré, ce jeudi 3 avril, son homologue israélien, Gideon Saar, pour lui redire la position de la France sur la situation.

Etats-unis, Syrie, Iran... 

"Allié mais pas aligné". Lors de son audition, le ministre a résumé par cette expression la relation de la France avec les Etats-Unis, mise à mal par la politique de Donald Trump, notamment en matière de droits de douane. Ce jeudi 3 avril, Emmanuel Macron a dénoncé la "décision brutale et infondée" du Président américain en la matière. "On a survécu à 46 élections américaines, on survivra à la 47e ", avait conclu la veille Jean-Noël Barrot à l'Assemblée se plaçant dans le temps long des relations internationales. 

Alors que la composition du nouveau gouvernement syrien, le 29 mars, a suscité des réactions plus que sceptiques au sein de la commission, la présence majoritaire de représentants islamistes faisant craindre une résurgence du terrorisme dans le pays anciennement aux mains de Bachar Al-Assad, le chef de la diplomatie française s'est voulu pragmatique. "Nous ne faisons pas de chèques en blanc, nous jugerons sur les actes", a-t-il indiqué.

Par ailleurs, Jean-Noël Barrot a évoqué le dossier iranien. A quelques mois de l'expiration de l'accord sur le nucléaire iranien, datant de dix ans, il s'est inquiété de "la fuite en avant" du programme de l'Iran en la matière, la qualifiant de "sans précédent. Et d'alerter : "L'Iran ne doit jamais se doter de l'arme nucléaire", ajoutant que si les négociations sur le programme nucléaire venaient à échouer, "une confrontation militaire" serait "presque inévitable".

Au chapitre des inquiétudes, le ministre a en outre fait mention du soutien de Téhéran à la Russie dans la guerre contre l'Ukraine, ainsi qu'aux rebelles houthis du Yémen. Jean-Noël Barrot a aussi dénoncé la politique d'"otages d'Etat" menée par l'Iran et et annoncé que la France allait porter plainte "prochainement" devant la Cour internationale de justice "pour violation du droit à la protection consulaire" concernant les deux ressortissants français encore détenus dans le pays.