Dans un rapport dévoilé ce mercredi 15 juillet, le député socialiste Philippe Brun égratigne les opérations de plafonnement des prix des carburants menées par TotalEnergies afin de limiter la hausse provoquée par la guerre en Iran. Par ailleurs, l'élu juge insuffisante l'aide "grands rouleurs" mise en place par le gouvernement.
Une "stratégie commerciale" qui n'a rien d'altruiste. Dans un rapport rendu public ce mercredi, le député Philippe Brun (Socialistes) tempère la portée des opérations de plafonnement des prix effectuées par TotalEnergies dans ses 3.300 stations-services françaises depuis le début de la guerre en Iran, afin de limiter l'impact du conflit sur la hausse des tarifs à la pompe. Cette campagne n'a "rien d'un mouvement généreux", considère l'élu de l'Eure après avoir mené une mission sur "la taxation des carburants et le rendement fiscal de la hausse des prix".
Philippe Brun rappelle tout d'abord que les opérations de plafonnement de TotalEnergies ont été présentées comme la "contrepartie d’une absence de taxation sur les profits pétroliers exceptionnels". Le 5 mai dernier, le président-directeur du groupe, Patrick Pouyanné, "a menacé de lever son plafonnement sur les prix des carburants" si une telle taxe était instaurée, souligne le député.
En outre, ces opérations "servent une stratégie commerciale visant à attirer les consommateurs dans les stations de Total, au détriment de ses concurrents". Et ce alors que les enseignes de la grande distribution, qui ne produisent pas de pétrole, "ne peuvent rivaliser avec ces prix".
Le coût de ces opérations avancé par Total, d'environ 200 millions d’euros, "apparaît faible au vu du bénéfice net du groupe, qui s’est élevé à près de 5 milliards d’euros au cours du premier trimestre 2026, en hausse de 51 % sur un an", pointe par ailleurs Philippe Brun. Et de rappeler la portée limitée de ce plafonnement, dès lors que les stations-services du groupe ne représentent que 20 % du parc national et que plusieurs d'entre elles ont connu des épisodes de rupture de stock.
Au cours de sa mission parlementaire, Philippe Brun s'est également penché sur l'aide "grands rouleurs" mise en place par le gouvernement afin de soutenir les actifs les plus modestes qui effectuent au moins 30 kilomètres par jour pour aller travailler. Le montant de cette aide, fixé à à 100 euros, est "très insuffisant pour les ménages ruraux, en particulier pour les plus modestes", regrette le député de l'Eure, estimant que les mesures gouvernementales ne sont "pas assez ciblées sur ceux qui en ont le plus besoin".
"Cette aide aux ménages n’étant pas ciblée sur les dépenses en énergie, elle interroge sur sa destination", poursuit-il. "Enfin et surtout, elle ne résout pas – par son fonctionnement de remboursement a posteriori – le problème de trésorerie qui se pose pour les plus modestes dans le cas d’une hausse brusque des prix à la pompe." Selon le rapport, l'aide gouvernementale a d'ailleurs été sous-utilisée : alors qu'on estime à 2,9 millions d'euros le nombre de travailleurs en droit de la réclamer, seules 700.000 demandes avaient été enregistrées au 18 juin dernier.
Dans ce genre de situation, Philippe Brun recommande d'adopter une politique "plus offensive" et "plus cohérente" en faveur du pouvoir d'achat, n'écartant pas des mesures de baisses fiscales. Le député déplore le choix "politique" du gouvernement d'avoir balayé d'emblée de telles mesures, alors que les taxes représentent "50 à 60 % du prix des carburants".
"Bien calibrée et bien mise en œuvre, une fiscalité "flottante" qui s’ajuste aux prix du carburant peut fonctionner de manière particulièrement efficace tout en représentant un coût supportable", juge au contraire l'élu socialiste. À condition qu'elle s'applique sur une période très courte, sur des critères très déterminés auxquels il n'est pas possible de déroger, et que la répercussion des baisses fiscales soit rapidement répercutée sur les prix à la pompe.
Dans son rapport, Philippe Brun prône enfin la mise en place de mécanismes visant à limiter les effets d'aubaine pour les acteurs de l'industrie pétrolière. À savoir une taxe sur les superprofits et une taxe sur les activités de trading d'hydrocarbures. Cette dernière aurait pour objectif de "cibler à la source la spéculation en rendant ces opérations moins attractives".