Commerces de proximité: des députés formulent 43 propositions pour lutter contre la désertification des centres-villes

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Jean-Pierre Vigier et Laurent Lhardit, le 8 juillet 2026
Jean-Pierre Vigier et Laurent Lhardit, le 8 juillet 2026 - LCP
par Soizic BONVARLET, le Mercredi 8 juillet 2026 à 17:18, mis à jour le Mercredi 8 juillet 2026 à 17:37

Alors que les mutations du commerce se sont accélérées au cours des dernières décennies, Laurent Lhardit (Socialistes) et Jean-Pierre Vigier (Droite républicaine) formulent 43 propositions, présentées ce mercredi 8 juillet, pour sauver les commerces de proximité et lutter contre la désertification des centres-villes et des villages.

Créée le 11 février dernier, la mission d'information sur l’avenir des commerces de proximité a rendu ses conclusions ce mercredi. Ses deux corapporteurs, Jean-Pierre Vigier (Droite républicaine) et Laurent Lhardit (Socialistes) ont fait état devant leurs collègues de la commission des affaires économiques de la stratégie qu'ils ont bâtie au fil de leurs travaux, afin de restaurer la vitalité du commerce de proximité. L'objectif étant, au-delà de l'aspect purement économique, de faire en sorte de maintenir le lien social au sein des territoires, Laurent Lhardit ayant notamment rappelé que "le petit commerce de village est bien souvent, le dernier lieu de sociabilité".

Avant de déployer leur stratégie articulée autour de cinq grands axes, les deux députés ont pris soin de bien définir le "commerce de proximité" tel qu'ils l'avaient appréhendé, à savoir, au travers de sa "fonction territoriale", "un commerce qui répond aux besoins réguliers de sa population", mais aussi qui "structure les centralités et entretient le lien social". 

- Lutter contre le phénomène de vacance commerciale

Laurent Lhardit et Jean-Pierre Vigier l'ont rappelé, le taux de vacance commerciale a atteint près de 12% en 2025, contre 6,8 % dix ans plus tôt. Alors que le secteur de la restauration s'en sort plutôt bien, c'est celui de l'habillement qui en fait avant tout les frais. Un phénomène que Laurent Lhardit (Socialistes) a attribué à "la révolution des modes de consommation", "la concurrence du commerce en ligne à armes inégales", "l'héritage d'un demi-siècle de course aux surfaces en périphérie", ou encore "le poids et la rigidité de l'immobilier commercial".

En réponse, le rapport préconise de créer "des zones prioritaires de commerces", sur le critère d'une vacance manifestemment excessive et persistante. Est également avancée l'idée d'expérimenter un encadrement des loyers commerciaux, ainsi que le renforcement de la taxe sur les friches commerciales qui serait "enfin rendue dissuasive". Les corrapporteurs plaident aussi pour la mise en place d'un objectif "zéro surface commerciale périphérique supplémentaire nette", afin de concentrer la création de nouveaux commerces dans les centres-villes et centres-bourgs.

- Faire de la transmission-reprise une priorité nationale

C'est le deuxième axe du rapport alors que, Jean-Pierre Vigier (Droite républicaine) l'a souligné, "le poids des normes peut devenir un véritable frein à la reprise des commerces". Pour sauver les dernières échoppes, en particulier en milieu rural, les députés souhaitent que l'État mette tout en œuvre pour favoriser les reprises, et qu'à un commerce de proximité se substitue un autre commerce de proximité. Pour faciliter les démarches, les deux députés proposent de créer "un point d'entrée unique pour les dispositifs d'aide".

- Taxer davantage le commerce en ligne

C'est peut-être le nerf de la guerre pour sauver les commerces de proximité, mais aussi la mesure la plus difficile à mettre en œuvre. Qu'à cela ne tienne, Laurent Lhardit et Jean-Pierre Vigier se saisissent du levier fiscal et plaident pour porter à l'échelle européenne une taxe sur les grandes plateformes de vente en ligne. Ils proposent également d'"instaurer une écotaxe sur la livraison à domicile", ainsi que "d'étendre la taxe sur la surface commerciale aux entrepôts de commerce en ligne".

- Faire de la vitalité commerciale une priorité stratégique de l'action publique locale

Les corapporteurs l'ont souligné, une grande partie de leurs préconisations ont été conçues comme une boîte à outil à la main du bloc communal. Les communes doivent ainsi, aidées par l'État, pouvoir prendre toutes les mesures qui s'imposent dans le but de favoriser la reconquête commerciale et voir leurs investissements facilités en la matière. Ils suggèrent de s'appuyer sur les "managers de centre-ville" dont la mission, dans la fonction publique territoriale, consiste déjà à dynamiser les commerces et services, ainsi qu'à coordonner les différents acteurs, publics et privés.

Jean-Pierre Vigier a également qualifié d'"indispensable" la reconduction au-delà de 2026 de programmes tels qu'"Action coeur de ville". Lancé en 2018 et piloté par l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT), il vise notamment à favoriser un développement économique et commercial qui réponde aux besoins des populations des centres. 

- Agir pour l'attractivité et l'animation des centres urbains

"Nos mesures ne pourront produire leurs effets que si nos centres-villes restent des lieux attractifs, vivants et sûrs", a fait valoir Jean-Pierre Vigier, qui a estimé que la piétonnisation ne pouvait être bénéfique qu'en étant pensée avec, et non contre, les commerçants. Il a également appelé à "conforter la place des marchés", qui contribuent à la fréquentation des centres-villes et centres-bourgs, huit Français sur dix se rendant sur un étal au moins une fois par mois.