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Maxime Saada

Droits TV : Maxime Saada revient sur le fiasco Mediapro et tacle la LFP

Actualité
par Ariel Guez, le Jeudi 18 novembre 2021 à 10:53, mis à jour le Jeudi 18 novembre 2021 à 16:48

Auditionné par la mission d'information sur les droits de diffusion audiovisuelle des manifestations sportives, Maxime Saada, le président du directoire du groupe Canal+, a énoncé ses vérités sur la crise des droits TV. Il déplore l'attitude de la LFP qui a, selon lui, commis "beaucoup d'erreurs."

C'est l'affaire qui secoue le football français depuis trois ans et dont on cherche aujourd'hui encore les responsables. En 2018, la LFP a vendu au groupe espagnol Mediapro pour 795 millions d’euros par an une bonne partie des droits de la Ligue 1 portant sur la période 2020-2024. Une somme importante, mais qui n'a pas été versée. Après plusieurs retards de paiement, le patron du groupe, Jaume Roures, a expliqué qu'il souhaitait, en raison de la crise sanitaire, renégocier le contrat signé deux ans plus tôt. Chose qui n'a finalement jamais été faite : Mediapro s'est retiré fin 2020, Canal+ a récupéré à prix cassé les droits TV laissés vacants, avant que la LFP ne choisisse Amazon à l'issue d'un appel d'offres en juin dernier. La société américaine est parvenue à récupérer 80% des droits TV de la L1 pour 250 millions d'euros, alors que Canal+ doit verser 332 millions d'euros pour les 20% restants. 

Résultat, le groupe de la célèbre chaîne cryptée s'estime lésé. Son président, Maxime Saada, a affirmé devant les députés Régis Juanico (Génération.s) et Cédric Roussel (La République en marche) que Canal+ "est bien la vraie victime dans cette histoire." "Nous nous retrouvons dans une situation où l'arrivée d'Amazon sur le marché français est subventionnée, avec la complicité de la LFP", a déploré le dirigeant auditionné, jeudi 18 novembre, dans le cadre des travaux de la mission d'information sur les droits de diffusion audiovisuelle des manifestations sportives.

"Ce que vous a raconté Didier Quillot est totalement faux !"

Retour en 2018. À l'époque, tout le monde est surpris : après des années de règne sur le football français, Canal+, diffuseur historique du championnat de première division, perd l'appel d'offres 2020-2024 au profit d'un "inconnu" : Mediapro. Ce groupe espagnol, passé sous pavillon chinois, détient notamment les droits de diffusion du championnat ibérique dans la péninsule, et est un acteur reconnu du milieu. Et rafle même tous les droits.

En 2021, le patron de la LFP de l'époque, Didier Quillot, regrette. Devant les députés, il a pointé la responsabilité de Canal+ dans ce qui allait finalement devenir un fiasco monumental, assurant que Maxime Saada "a souhaité faire échouer l'appel d'offres." Dès l’instant où, lors de la vente du lot 1, Mediapro remporte l’enchère, "Canal a fait en sorte que le prix de réserve ne soit jamais atteint." "À chaque fois, sur tous les lots suivants, Canal n'a pas surenchéri et a laissé faire, dans le but précis de faire échouer l'appel d'offres et la procédure. [...] Avec cette stratégie, nous sommes obligés d'attribuer les lots à Mediapro, puisqu'ils remportent les enchères, et nous devons respecter le règlement. Le conseil d'administration de la ligue valide ces choix et l'ensemble des résultats", racontait en juillet Didier Quillot. 

Quatre mois plus tard, Maxime Saada s'est interrogé devant les députés. "Je ne sais pas si c'est du mensonge ou de l'incompétence, mais ce que vous a raconté Didier Quillot est totalement faux !" a-t-il lancé. "J'ai entendu partout que Canal n'a pas joué le jeu et n'a pas misé suffisamment sur cet appel d'offres pour le faire échouer. Non, puisqu'au final on propose une somme plus importante que ce qu'on payait avant. Nous avons joué le jeu !" a assuré le patron de la chaîne cryptée. 

Mediapro a proposé un accord à Canal+

Reste que Canal+ ne remporte pas l'appel d'offres. Mais tout n'est pas perdu. "Le vendredi on perd les droits, le samedi on prend contact avec BeinSport et Mediapro. On engage, avec l'un et avec l'autre, des discussions de sous-licence", a raconté Maxime Saada, afin que le diffuseur historique du championnat de France ne perde pas son produit d'appel phare. 

"Je rencontre Jaume Raures à plusieurs occasions et je lui demande de sous-licencier le lot n°1. Il me propose un schéma où nous fabriquerions une chaîne ensemble, et possiblement même avec BeinSport!", a-t-il continué à expliquer. Au fil des mois, les discussions continuent et Mediapro propose à Canal un accord : le lot n°1 est sous-licencié à Canal+, avec la création d'une nouvelle chaîne dont elle serait le distributeur exclusif en France. Mais le montant du minimum garantie demandé par Mediapro bloque, a dévoilé Maxime Saada. "Ces montants allaient de 474 millions en 2020/2021 et montaient jusqu’à 662 millions pour 2023/2024. Il fallait en plus de ça s’acquitter de la sous-licence du lot n°1, avec un montant de l'ordre de 330 millions. En gros, Jaume Roures nous demandait de payer le milliard qu'il était censé payer lui-même à la LFP. Cette situation n'était pas gérable pour Canal+ !"

L'offre d'abonnement de Mediapro était intenable, selon Maxime Saada

Finalement, il n'y a pas ce type d'accord et Mediapro lance donc, indépendamment, une nouvelle chaîne : Téléfoot. Pour la somme de 25,90€ par mois, le groupe propose à ses abonnés 80% des matchs du championnat de Ligue 1 et les matchs de la Ligue des Champions, plus prestigieuse des compétitions européennes. "Économiquement, on sait assez vite que ça va être compliqué", a indiqué Maxime Saada. "Mais je ne pense pas une seconde qu'il va y avoir un fiasco tel qu'il s'est produit, où trois mois après le début du championnat, il ne paient pas ! C'était totalement imprévisible. On avait quelques doutes sur les garanties, mais on pensait que la Ligue avait pris dispositions pour se protéger de ce risque."

Car avec un coût de production autour de 900 millions d'euros par an et une offre d'abonnement à 25.90 euros par mois pour chaque abonné, le nombre d'utilisateurs doit être important pour ne pas tomber dans le rouge. Avec les différentes taxes, Mediapro ne conservait que 18.84€ des 25.90€, a expliqué Maxime Saada, qui résume une équation impossible : pour atteindre l'équilibre voire rentabiliser l'investissement, "il fallait près de cinq millions d'abonnés !"

Or, lorsqu'ils ont quitté le championnat, Mediapro en était loin. "Et quand bien même ! Aucun acteur n'a la capacité de rassembler dès la première année le nombre d'abonnés visés", a assuré Maxime Saada. Quoiqu'il arrive, "nous estimons que sur la période, ils auraient perdu près de deux milliards d'euros". 

"En termes de résultats en Ligue des Champions, on est comparable à l'Écosse"

Trois ans après le début de l'affaire, le patron de Canal estime aujourd'hui que sur la valeur du championnat, "la LFP a été obsédée par la comparaison avec les championnats étrangers, ce qui a conduit à beaucoup d'erreurs." La dernière en date étant selon lui l'arrivée d'Amazon, un choix "contre-intuitif", affirme-t-il. Le patron du groupe Canal+ s'inquiète notamment de la visibilité accordée au championnat de France. Et de lancer : "Regardez le basket français qui a souffert de ce manque de visibilité, sa valeur a baissé !"

D'autant que, rappelle Maxime Saada, "avant l'arrivée de Mediapro, on est dans une relative stabilité des coûts des championnats." Et cette stabilité n'est pas forcément une mauvaise chose, le niveau sportif de la Ligue 1 n'égalant pas aujourd'hui celle du championnat allemand ou anglais, selon lui. "À l’étranger, les JT majeurs des premières chaînes traitent au moins dix minutes par jour des sujets foot. Combien sur TF1 ou France TV ? (...) En France, le service public a déplacé les finales de coupes pour diffuser Fort Boyard. (...) En termes de résultats en Ligue des Champions, on est comparable à l'Écosse, pas à l'Angleterre, l'Espagne ou l'Italie."

Et Maxime Saada de regretter que lorsqu'il a voulu proposer des améliorations afin de mettre en valeur la Ligue 1 (création d'un All Star game, mise en place de caméras dans les vestiaires pour capter les causeries et les réactions d'après-match, etc...), cela lui ait été "un peu reproché, parce que des présidents estimaient que je critiquais le championnat".