Les députés ultramarins, Jean-Victor Castor (Gauche démocrate et républicaine) en tête, défendent une proposition de loi visant à lever l'interdiction de recherche, d'exploration et d'exploitation des hydrocarbures dans les territoires d'Outre-mer. Mais les autres groupes de gauche, ainsi qu'une partie du bloc central, s'y opposent. Le texte a été rejeté en commission, ce mercredi 3 juin, avant son examen dans l'hémicycle la semaine prochaine.
C'est l'un des textes qui sera débattu dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale, jeudi 11 juin, lors de la journée d'initiative parlementaire du groupe de la Gauche démocrate et républicaine, présidé par le député communiste Stéphane Peu. Pour l'heure, ce mercredi en commission des affaires économiques, la proposition de loi "visant à lever dans les territoires d'outre-mer l'interdiction de recherche, d'exploration et d'exploitation des hydrocarbures" a opposé son rapporteur Jean-Victor Castor (GDR), député de Guyane, soutenu par ses collègues ultramarins Davy Rimane (GDR) et Olivier Serva (Liot), à leurs homologues de gauche – insoumis, écologistes et socialistes – ainsi qu'aux groupes Ensemble pour la République et Les Démocrates.
Adopté au Sénat en janvier dernier, où il était défendu par l'élu guyanais Georges Patient (RDPI), le texte vise à revenir sur la loi Hulot de 2017 et à abroger les interdictions de recherche, d'exploration et d’exploitation des hydrocarbures, dans les seuls territoires d’Outre-mer. "Entendez ce qu'on vous dit ! Si ce texte-là ne passe pas, que ce soit la gauche ou la droite à la présidence de la République, vous serez confrontés à une situation intenable sur le plateau des Guyanes", a mis en garde Jean-Victor Castor, dénonçant pendant une heure d'échanges "une forme d'inculture et de méconnaissance de ce qu'il se passe dans nos territoires".
J'ai l'impression d'être dans une réalité parallèle. Le député de guadeloupe olivier serva (lIOT)
"La capacité de la France à protéger nos territoires, notre littoral, ou même à financer la transition écologique, c'est un mirage", a déclaré le député. "Nos territoires méritent des réponses à la hauteur, pas des injonctions déconnectées des réalités et dogmatiques", a renchéri Olivier Serva, pour qui "maintenir cette interdiction, c'est accepter de s'approvisionner auprès de pays aux standards environnementaux et sociaux bien moins exigeants". Et le député de Guadeloupe d'ajouter : "J'ai l'impression d'être dans une réalité parallèle."
Face à eux, Gabrielle Cathala (La France insoumise) s'est dite "très surprise que ce texte issu de la droite sénatoriale se retrouve dans une niche GDR [groupe composé de députés communistes et de députés ultramarins, NDLR] pour abroger une loi de 2017 de M. Hulot (...) qui allait dans le bon sens". "Personne ne nie ici l'abandon dans lequel se trouve la Guyane depuis des décennies (...), mais l'illusion que c'est l'industrie pétrolière qui va permettre de sortir la Guyane de cette situation économique est une impasse", a-t-elle aussi plaidé. Tandis que Marie Pochon (Écologiste et social) a évoqué "le vertige" d'une proposition de loi qui "ressuscite une vieille promesse, celle selon laquelle l'extraction d'hydrocarbures apporterait prospérité, autonomie et développement".
"J'ai envie de vous dire que nous ne sommes pas des climato-sceptiques, mais à un moment donné, il faut avoir du réalisme politique. Si vous n'êtes pas allés sur place, (...) vous n'allez rien comprendre", a répondu Jean-Victor Castor. Au groupe Socalistes, qui parlait d'un retour en arrière, le député a lancé : "Les socialistes ont été au gouvernement, non ? Ils ont une large responsabilité sur la situation des territoires d'Outre-mer."
Les trois groupes de gauche ne sont pas les seuls à s'être opposés à cette proposition de loi. "Cette remise en cause n'est ni opportune, ni cohérente, ni justifiée", a déclaré Jean-Luc Fugit (Ensemble pour la République). La proposition de loi "ne nous paraît pas apporter de réponses adaptées", a complété Pascal Lecamp (Les Démocrates).
Lors des prises de paroles, les groupes du Rassemblement national, de l'Union des droites pour la République, de la Droite républicaine et d'Horizons ont, au contraire, soutenu le texte présenté par Jean-Victor Castor. "S'il n'y a rien, chers collègues, dans le sous-sol guyanais, alors rien ne sert de l'empêcher. Et s'il y a quelque chose, exploitons-le selon nos normes environnementales et nos objectifs climatiques dans l'intérêt de notre pays et de ses habitants", a affirmé Henri Alfandari (Horizons).
Prenant la parole pour le groupe Gauche démocrate et républicaine, le député de Guyane Davy Rimane a, lui, dénoncé "le regard de Paris" sur sa région. "Nous sommes livrés à nous-mêmes, nous sommes enfermés sur nous-mêmes, les sujets outre mer ne vous intéressent pas sauf quand cela peut avoir un intérêt pour la nation [...] Nos vies n'ont aucun intérêt pour le pays aujourd'hui et je pèse mes mots", a vivement critiqué le président de la délégation aux Outre-mer de l'Assemblée nationale. Avant d'ajouter : "Alors, avec respect, laissez-nous faire, laissez-nous essayer, car jusqu'à preuve du contraire, je n'ai jamais vu les bienfaits des politiques publiques en matière économique, sociale et sanitaire dans nos territoires."
Jean-Victor Castor a également tenu à rappeler que "la totalité des élus, toute la collectivité territoriale, à l'unanimité, les 22 maires et les quatre parlementaires de Guyane soutiennent ce texte". "Ne décidez pas à notre place !", a-t-il ajouté, mettant en garde contre une prise de contrôle de la Guyane par les cartels. "Les interdits, c'est terminé, et le temps où vous décidiez à nos places (...) est révolu", a insisté Davy Rimane.
Sans pour autant trouver un écho suffisant. En effet, deux amendements de suppression de l'article 1er avaient été déposés par les insoumis et les écologistes. Ils ont été adoptés en commission. "La proposition de loi est rejetée", a conclu le président de la commission des affaires économiques, Stéphane Travert (apparenté EPR). Rendez-vous dans l'hémicycle du Palais-Bourbon la semaine prochaine, jeudi 11 juin.