Généralisation du repas à 1 euro à tous les étudiants: une "réponse impréparée et imparfaite" qui "soulève des difficultés pour les Crous"

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Un plateau repas étudiant (©Wikimedia)
Un plateau repas étudiant (©Wikimedia)
par Raphaël Marchal, le Jeudi 2 juillet 2026 à 11:30, mis à jour le Jeudi 2 juillet 2026 à 11:38

Dans un rapport présenté ce jeudi 2 juillet, le député Charles Sitzenstuhl (Ensemble pour la République) juge que l'ouverture du repas à 1 euro dans les restaurants universitaires à tous les étudiants "pourrait être contreproductive", générant des "enjeux financiers et logistiques qui vont affecter l'activité de restauration des Crous". L'élu préconise le retour à une tarification progressive.

C'était durant les discussions budgétaires, en début d'année 2026 : pour s'assurer du soutien des députés socialistes et s'éviter ainsi la censure, le gouvernement avait dégainé une série de mesures. Parmi celles-ci, l'annonce de la généralisation des repas à 1 euro à l'ensemble des étudiants fréquentant les restaurants universitaires, y compris les non-boursiers, qui s'acquittaient jusque-là de 3,30 euros par repas. La mesure est entrée en vigueur début mai.

Alors que ce repas à 1 euro était auparavant réservé aux boursiers et aux étudiants en situation de précarité, sa généralisation n'est pas sans conséquences, pointe le député Charles Sitzenstuhl (Ensemble pour la République) dans un rapport d'évaluation dévoilé ce jeudi 2 juillet, devant la commission des finances de l'Assemblée nationale. "C'est un choix qui contrevient à la priorité accordée par la loi aux étudiants modestes dans le cadre des prestations dispensées par le réseau des œuvres universitaires", observe l'élu, avant de disséquer les premiers effets de la mesure, décidée alors même que les "équilibres économiques du réseau des Crous [Centre régional des œuvres universitaires et scolaires, ndlr] sont fragiles".

"Une dilution de l'aide pour les plus précaires"

Le député du Bas-Rhin craint notamment que l'extension durable de ce tarif social à tous les étudiants puisse "entraîner une dilution de l'aide pour les plus précaires en raison d'une saturation des capacités d'accueil". En effet, le repas à 1 euro, mis en place pour les étudiants précaires en 2020, a contribué à accroître la fréquentation des restaurants universitaires. Le nombre total de repas servis aux deux tarifs a augmenté de 35 % entre 2021 et 2025, alors même que le nombre d'étudiants n'a augmenté que de 2,3 % sur la même période. Le temps d'attente est régulièrement cité comme motif de mécontentement et de difficulté par les étudiants, et la généralisation risque d'aggraver les choses, bien que les Crous prévoient des mesures de gestion des flux pour la prochaine rentrée universitaire.

La hausse de fréquentation accentuera les tensions sur les capacités d’accueil de la restauration universitaire. Rapport de Charles Sitzenstuhl (député Ensemble pour République)

Cette hausse de la fréquentation soulève des "enjeux financiers et logistiques" pour les Crous, indique également Charles Sitzenstuhl, pointant "l'accompagnement financier insuffisant de l'État" comme la hausse du coût de revient d'un repas du fait de l'inflation. L'État a provisionné une enveloppe supplémentaire de 50 millions d'euros en 2026, mais plusieurs évaluations estiment qu'il faudrait davantage entre 61 et 89 millions d'euros, soit 116 millions d'euros en année pleine.

Sans compter l'augmentation des dépenses d'investissement, nécessaire pour assurer l'accueil et la sécurité des étudiants dans les restaurants universitaires. La trajectoire d'investissement prévoit pour le moment une enveloppe globale de 20 millions d'euros sur les exercices 2027, 2028 et 2029 ; mais "compte tenu des effets de la hausse attendue de la fréquentation sur l’usure des outils de production et de service", il faudrait plutôt 42 millions d’euros, prévoit le rapport.

"La généralisation du tarif très social est une réponse impréparée et imparfaite à la précarité alimentaire, tout en pesant sur les finances publiques", considère en conséquence le député. 

Un dispositif qui "se trompe de cible"

S'il ne minimise pas l'ampleur de la précarité alimentaire étudiante, Charles Sitzenstuhl estime que la généralisation est "contreproductive, tant elle se trompe de cible". il préconise donc de revenir à un système distinguant étudiants boursiers (et étudiants précaires) et étudiants non-boursiers. "[Il] permettrait de mieux combiner lutte contre la précarité alimentaire et équilibre financier des Crous", estime-t-il.

Et de juger que les moyens supplémentaires mobilisés pour cette politique auraient été plus judicieusement utilisés dans la construction et la rénovation de restaurants universitaires, voire dans une ambitieuse "réforme structurelle" du système d'attribution des bourses sur critères sociaux.