L’Union européenne et l’Inde ont signé fin janvier un accord de libre-échange. Un traité commercial qui suscite beaucoup moins d’opposition que celui du Mercosur, même s’il comporte des failles. Si la promesse d’un marché de deux milliards d’individus promet des débouchés nouveaux à l’heure de la hausse des tarifs douaniers avec les États-Unis, peut-on se lier avec un pays dans lequel les normes sociales sont faibles, et surtout allié objectif de la Russie de Vladimir Poutine ? On en débat cette semaine dans l’émission Ici l’Europe, sur France 24, LCP et Public Sénat.
C’est un traité de libre-échange qui fait moins de vagues que celui du Mercosur. Signé fin janvier à New Delhi par la présidente de la Commission européenne et par le Premier ministre indien, l'accord commercial entre l'Inde et l'Union européenne prévoit la diminution de plus de 90 % des droits de douane entre l'Inde et l'Europe, créant un grand marché de 2 milliards de consommateurs. Contrairement au traité de libre-échange entre l’UE et le Mercosur, cet accord épargne des produits agricoles sensibles comme le bœuf, la volaille et le riz.
Alors que la totalité des eurodéputés français ont dénoncé l’alliance commerciale avec le Mercosur, le texte signé avec l’Inde est plutôt salué. « Cet accord avec la première démographie du monde est stratégique dans un contexte international très particulier face à des puissances qui posent problèmes comme les États-Unis, la Chine et la Russie », explique Laurence Farreng, eurodéputée française (Modem), interrogée dans l’émission Ici l’Europe, sur France 24, LCP et Public Sénat. « De plus, il ne va pas déséquilibrer certaines filières sensibles de notre économie, ce qui est une bonne chose. »
« Cet accord avec l’Inde est plus équilibré que celui du Mercosur mais il est loin d’être parfait », nuance son homologue écologiste luxembourgeoise Tilly Metz. « Sur le plan environnemental, l’accord de Paris sur le climat n’est pas un élément essentiel de cet accord. Sur le plan social, des millions d’Indiens sont soumis au travail forcé. Il faut savoir que l’Inde n’a pas signé toutes les conventions internationales de protection des travailleurs. Et au niveau industriel, nous allons augmenter nos importations de médicaments génériques produits en Inde et donc aggraver notre dépendance dans ce secteur. »
Un problème est soulevé par ce traité commercial et il est géopolitique pour l’Union européenne, premier soutien de l’Ukraine face à l’agression russe. En effet, l’Inde est le principal acheteur du pétrole russe, derrière la Chine : 36% des importations de pétrole en Inde proviennent de Russie. Vladimir Poutine était d’ailleurs reçu en grande pompe à New Delhi en décembre dernier par le Premier ministre indien Narendra Modi. « Évidemment ce n’est pas l’idéal », réagit Laurence Farreng. « Mais n’oublions pas que nous les Européens avons été des consommateurs d’énergie russe pendant des années. Dans ce moment de chaos mondial, nous devons avoir des partenaires qui ne sont pas tout à fait alignés à 100% sur nos standards. » Les liens entre l’Inde et la Russie, « c’est l’éléphant dans la pièce et il faut le nommer », commente Tilly Metz. « Je ne suis pas du tout d’accord quand certains présentent cet accord comme un atout financier pour l’Union européenne face à Vladimir Poutine. » Sur ce point, Donald Trump a promis que l’Inde n'achètera plus de pétrole russe dans les années à venir mais des hydrocarbures américains et du pétrole vénézuélien, après l’accord de libre-échange annoncé cette semaine entre les États-Unis et l’Inde. Une promesse d’abandonner le pétrole russe qui n’a pas été confirmée par le Premier ministre indien.
Face à l’agressivité commerciale de Donald Trump et de la Chine, l’Union européenne semble mettre un coup d’accélérateur pour trouver des débouchés dans d’autres régions du monde. Après le Mercosur et l’Inde, la Commission européenne pourrait signer bientôt des accords de libre-échange avec l’Australie, les Emirats arabes unis et la Malaisie. « Nous sommes tous favorables pour mettre en place un nouveau modèle d’accord commercial qui bénéficie vraiment à la population et pas seulement à une minorité d’actionnaires des multinationales », explique Laurence Farreng. « Il faut des alliances commerciales plus ciblées sur des produits durables et qui prennent en compte aussi la question des droits de l’Homme », nuance Tilly Metz. « De ce point de vue, notre accord de libre-échange avec l’Inde est un accord à l’ancienne… », conclut l'eurodéputée écologiste.