"Nous devons renforcer notre dissuasion nucléaire face à la combinaison des menaces", déclare Emmanuel Macron

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Emmanuel Macron à l'île Longue (© AFP)
Emmanuel Macron à l'île Longue, le 2 mars 2026 (© AFP)
par Raphaël Marchal, le Lundi 2 mars 2026 à 17:30, mis à jour le Lundi 2 mars 2026 à 17:45

La France va augmenter le nombre de ses têtes nucléaires, a annoncé Emmanuel Macron ce lundi 2 mars, lors d'un discours prononcé depuis la base de l'Île Longue (Finistère). Les chiffres de l'arsenal nucléaire français ne seront plus communiqués, a également fait savoir le chef de l'Etat, qui esquissé un durcissement du modèle de dissuasion.

"La dissuasion nucléaire doit demeurer un intangible français." Dans un discours attendu, prononcé depuis la base de l'Île Longue (Finistère), Emmanuel Macron a annoncé ce lundi le durcissement du modèle français de dissuasion nucléaire, évoquant une "évolution majeure" de la doctrine, la "dissuasion avancée", à laquelle seront associés plusieurs pays européens. Sans remettre en cause la décision d'emploi de la force nucléaire qui restera strictement française, cette prérogative étant celle du seul président de la République.  

Le chef de l’Etat a annoncé avoir ordonné l'augmentation du nombre de têtes nucléaires de la France. Mais contrairement à ce qui a pu être le cas par le passé, il ne sera plus fait mention du détail des chiffres de l'arsenal du pays. "Il ne s'agit pas ici d'entrer dans une quelconque course aux armements" qui "n'a jamais été notre doctrine", a assuré le président de la République. Tout en qualifiant de "champ de ruines" l'architecture mondiale de la maîtrise des armes nucléaires, avec plusieurs traités internationaux qui se retrouvent désormais inopérants ou menacés.

Emmanuel Macron a, en outre, indiqué que le futur sous-marin nucléaire lanceur d’engins qui battra pavillon français se nommera L’Invincible et prendra la mer en 2036.

Une dissuasion nucléaire "avancée"

"Nous devons penser notre stratégie de dissuasion dans la profondeur du continent européen, dans le plein respect de notre souveraineté, avec la mise en place progressive de ce que j'appellerai une dissuasion avancée", a détaillé le Président. "Nous vivons actuellement au plan géopolitique une période de rupture pleine de risques", a-t-il justifié, revenant naturellement sur la guerre contre l'Iran, qui "porte et portera son lot d'instabilité et d'embrasement possible à nos frontières".

"Nous devons renforcer notre dissuasion nucléaire face à la combinaison des menaces et nous devons penser notre stratégie de dissuasion dans la profondeur du continent européen, dans le plein respect de notre souveraineté, avec la mise en place progressive de ce que j'appellerai une dissuasion avancée." Emmanuel Macron

Selon Emmanuel Macron, huit pays européens ont d'ores et déjà accepté de participer à cette dissuasion avancée : le Royaume-Uni - seul autre Etat européen à disposer de l'arme nucléaire -, l'Allemagne, la Pologne, les Pays-Bas, la Belgique, la Grèce, la Suède et le Danemark. Ils pourront notamment accueillir des "forces aériennes stratégiques" de l'armée de l'air française, qui pourront ainsi "se disséminer dans la profondeur du continent européen" ce qui "compliquera le calcul de nos adversaires" et "renforcera notre défense en lui accordant du champ", a expliqué le président de la République.

La "dissuasion avancée" pourra également impliquer du signalement, c'est-à-dire la démonstration des capacités nucléaires, "y compris au-delà de nos frontières strictes",  "la participation conventionnelle de forces alliées à nos activités nucléaires", ou encore à des exercices liés à la dissuasion, a poursuivi Emmanuel Macron.

Aucun "partage" de la décision avec les alliés

Dans le même temps, Emmanuel Macron a répondu aux inquiétudes et critiques récurrentes à propos d'un éventuel partage de la dissuasion nucléaire française au niveau européen. "Il n'y aura aucun partage de la décision ultime" avec les alliés, a-t-il martelé. Rappelant que "la chaîne de commandement est d'une clarté totale et [que] la décision ultime" de recourir à l'arme nucléaire "revient au seul président de la République".

Lors de ce discours, prononcé dans la base qui abrite les quatre sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE) de la Force océanique stratégique, le chef de l'Etat a, par ailleurs, évoqué la possibilité que la France, le Royaume-uni et l'Allemagne travaillent à des "projets de missiles de très longue portée".

"La dissuasion avancée proposée à nos partenaires européens organise un épaulement stratégique nouveau, qui renforce la sécurité collective tout en maintenant la décision ultime au niveau national", s'est félicité sur X le Premier ministre, Sébastien Lecornu, à l'issue du discours présidentiel.

(Avec AFP)