Lors d'auditions éprouvantes devant la commission d'enquête sur l'inceste, plusieures mères "protectrices" ont évoqué la "maltraitance institutionnelle" à laquelle elles disent avoir fait face lorsqu'elles ont dénoncé les violences subies par leurs enfants.
C'est une audition qui a des airs d'ultime "électrochoc" avant la conclusion des travaux de la commission d'enquête "sur le traitement judiciaire des violences sexuelles incestueuses parentales". Ce jeudi 21 mai, cinq mères "protectrices" ont livré devant les députés des témoignages particulièrement éprouvants.
La première d'entre-elle, Priscilla Majani, a décrit son long calvaire pour protéger sa fille, alors âgée de cinq ans, qui lui a fait en 2011 "des révélations d'agression sexuelle" : "Avec ses mots d'enfants, elle parle de viol par sodomie, elle raconte que cela se produit plusieurs fois par semaines et déjà depuis plusieurs années."
Priscilla Majani a décidé d'aller porter plainte mais "la parole de [sa] fille a été systématiquement remise en cause par le policier" : "Il lui suggèrera à de nombreuses reprises que c'est moi qui la manipule", a-t-elle expliqué. Une mauvaise prise en charge par la police qui a été à maintes reprises dénoncée, notamment par une autre auditionnée, Christelle Calmet.
"L'enquête a été classée, en trois jours", a ensuite déploré Priscilla Majani, qui a refusé de "rendre" l'enfant à son père. La maman ajoute qu'elle a par conséquent été "interpellée à [son] domicile, menottée, placée en garde à vue pour non-représentation d'enfant". "Alors que ma fille dénonce des crimes répétés, c'est moi qui me retrouve derrière les barreaux dans une cellule de garde à vue", a-t-elle regretté.
Priscilla Majani a ensuite dénoncé son "placement sous contrôle judiciaire avec obligation de rendre [sa fille] le soir-même à l'agresseur qu'elle désigne", mais aussi son injonction à suivre des soins psychiatriques avec une "hospitalisation, si nécessaire". Se trouvant face à une convocation à comparaître pour non-représentation d'enfant, Priscilla Majani a pris une décision radicale : "Je comprends que le seul moyen pour continuer à protéger ma fille est de partir."
Pendant 11 ans, elle vivra "cachée" avec sa fille, abandonnant par la même occasion "une vie réglée, stable" : "J'ai été contrainte de tout abandonner en quelques heures, de fuir mon propre pays", a-t-elle expliqué, très émue. "La France ne donne pas de place aux mères qui refusent que ces viols continuent." Priscilla Majani a aussi dénoncé un "acharnement sur sa famille", "quinze ans de procédures" et "onze jugements au pénal" : "J'ai été condamnée à cinq ans ferme pendant des années et en appel en 2023 à deux ans et neuf mois fermes et contrainte de verser 78 000 euros de dommages et intérêts", a-t-elle expliqué. Le "mis en cause", lui, n'a subi "ni garde à vue, ni perquisition, ni enquête sérieuse".
Les autres auditions ont été tout aussi éprouvantes, Charlotte Millet expliquant par exemple qu'"un de [ses] enfants [âgé de 10 ans] s'est suicidé parce que la justice [l']obligeait à le présenter à son père". Comme les autres mères protectrices, Charlotte Millet a dénoncé la difficulté de se faire entendre par la justice mais aussi par le reste de la société : "Moi, j'habite dans un petit village de montagne en Haute-Savoie et tout le monde me prend pour une folle parce que personne ne comprend pourquoi ni mes enfants ni moi n'avons été protégés", a-t-elle regretté.
"En 2026, pour ne pas juger les présumés coupables, on maltraite des mères (...) on les fait passer pour folles et quand on ne va pas jusqu'à l'internement psychiatrique, on les réduit au silence", a dénoncé Cynthia Volget. Cette autre mère auditionnée a aussi dénoncé des "violences institutionnelles" et un "système défaillant" : "Vous allez entreprendre une démarche judiciaire mais la suspicion est déjà sur vous dès l'instant où vous ouvrez la porte", a-t-elle déclaré.
"On vous fait comprendre qu'une mère apaisée est une mère qui se tait, qu'une mère coopérante est une mère qui cesse d'alerter", a ensuite dénoncé l'une des autres mères présentes ce jeudi devant les députés, Sophie Abida. Dénonçant une forme de "terreur institutionnelle", elle a évoqué une "machine qui broie" et qui a des "conséquences physiques et psychiques extrêmement graves" sur les femmes. Une souffrance qui peut les pousser "au suicide". Cette problématique est d'ailleurs, selon elle, accentuée pour les "mères racisées", qui subissent des "biais culturels, sociaux et raciaux" : "Toutes les mères ne sont pas traitées de la même manière de la part des institutions", a-t-elle regretté.
Le député Christian Baptiste, qui sera chargé de rédiger le rapport de la commission d'enquête, a loué les vertus de "l'électrochoc" qu'a pu constituer le travail de la commission : "Je suis convaincu que le travail que nous effectuons ne sera pas sans lendemain", a-t-il promis.