Auditionnée à l’Assemblée nationale, Coline Berry a livré un témoignage particulièrement dur sur les violences sexuelles incestueuses qu’elle affirme avoir subies enfant, accusant à nouveau son père, l’acteur Richard Berry. Une plainte a été déposée en 2022 et l’enquête a été classée sans suite en 2022 en raison de la prescription des faits. Devant les députés, elle a appelé à des réformes profondes pour mieux protéger les victimes.
"Dans ma famille, ou dans ce que je préfère appeler le clan, le silence sur les violences était la règle, une organisation." Ce mercredi, Coline Berry, la fille du célèbre acteur Richard Berry, était auditionnée par la commission d'enquête sur le "traitement judiciaire des violences sexuelles incestueuses parentales commises contre les enfants".
Elle a une nouvelle fois accusé son père, livrant un témoignage poignant et éprouvant : "C'était des viols répétés, presque chaque week-end, le sexe de mon père dans ma bouche en guise de trompette ou de flûte", a déclaré Coline Berry, qui affirme "garder encore aujourd'hui le souvenir de l'odeur, le souvenir des sensations, le souvenir des images".
"Il faut déconstruire l'idée que l'inceste est le reflet d'une sexualité adulte, c'est juste la possession du corps de l'autre", a expliqué aux députés la psychothérapeute et psychanalyste. "L'inceste ce n'est pas qu'un moment, c'est un climat, c'est une imprégnation lente, diffuse, constante", a-t-elle ajouté, affirmant avoir "grandi sans repère de l'intime".
Coline Berry a également raconté "les gestes, les baisers, les dévores de baisers, de chatouilles, les jeux imposés" mais aussi "l'absence de pudeur, la nudité, les portes ouvertes, les corps exposés, y compris dans les rapports sexuels". Coline Berry explique qu'à l'âge de trois ans, elle avait tenté de parler, en "reproduisant sur sa mère les gestes que [s]on père [lui] faisait subir" : "Elle l'a confronté et sa réponse a été de l'insulter et de la disqualifier."
La psychothérapeute a aussi décrit comment elle a tenté de "se protéger toute seule" : "A 10 ans, j'ai cessé de manger pendant les vacances scolaires pour qu'il me ramène chez ma mère, pour ne plus le voir, pour faire cesser ces viols", a-t-elle expliqué, décrivant une "stratégie de survie" qui l'a mise "en danger de mort". "J'avais aussi tissé une toile autour de mon lit, pour empêcher qu'il s'approche la nuit", a ajouté Coline Berry.
"Quand j'y repense aujourd'hui, ce qui me frappe c'est à quel point j'ai été seule dans ces moments pour sauver ma peau", a déclaré la psychothérapeute, interpellant les députés. "Je vous demande des actes, des lois, des changements dans les procédures, dans la sémantique même du vocabulaire juridique qui nous brutalise", a affirmé Coline Berry, qui s'est dite "pour l'imprescriptibilité" des crimes sexuels et pour "la suppression de la non-rétroactivité des lois pour les victimes d'hier".
La psychothérapeute a donné d'autres pistes de réformes : "Que la diffamation soit rendue impossible tant que l'enquête est en cours" ou que "dès le début d'une enquête, on perquisitionne, on expertise l'agresseur immédiatement". En tout état de cause, Coline Berry espère que la commission d'enquête "ne restera pas lettre morte, comme les 82 recommandations de la Civiise [Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants] qui ne sont toujours pas appliquées".
Dans un article publié en février 2021 par Le Monde, Coline Berry avait déjà évoqué les violences sexuelles qu'elle aurait subies mineure entre 1984 et 1985 au domicile de son père, le célèbre acteur Richard Berry. Celles-ci auraient eu lieu au domicile de ce dernier, qui vivait alors avec Jeane Manson, accusée d'avoir participé avec lui à ces agressions.
L'enquête ouverte à Paris visant Richard Berry a été classée sans suite le 31 août 2022 pour cause de prescription. "L’innocence de Richard Berry, que celui-ci a toujours clamée avec la plus grande vigueur, est totalement incontestable et ne saurait être remise en question, de quelque manière que ce soit", avait souligné son avocat Me Dylan Slama, dans un communiqué transmis à l'AFP en décembre 2023. En juillet 2024, Coline Berry, condamnée dans un premier temps pour diffamation envers son ex-belle-mère Jeane Manson, avait été relaxée par la cour d'appel de Lyon.
Pendant la même audition, l'illustratrice Cécile Cée a elle aussi pris la parole. "L'inceste est un crime de masse, le nombre de familles incestueuses présentes dans la société est vertigineux", a affirmé l'illustratrice, qui dénonce une "culture de l'inceste" dans la société. Cécile Cée a notamment évoqué l'influence de "la famille Gainsbourg, qui est l'idéal type de la famille incestueuse", ou encore celle de la famille Kardashian "qui expose son inceste sur je-ne-sais combien de saisons".
M.K. avec Thibault Linard et Inès Florimond
>> Retrouvez le témoignage de Coline Berry en version longue :