L'Assemblée approuve la stratégie sanitaire du gouvernement, l'opposition boycotte le vote

Actualité
par Soizic BONVARLETMaxence Kagni, Raphaël Marchal, Aurelien Meslet, le Jeudi 1 avril 2021 à 11:06, mis à jour le Jeudi 1 avril 2021 à 15:01

Le Premier ministre a prononcé, jeudi 1er avril à l'Assemblée nationale, une déclaration sur "l'évolution de la situation sanitaire et les mesures nécessaires pour y répondre", avant de se rendre au Sénat dans l'après-midi. Cette déclaration suivie d'un vote des députés, faisait suite à l'allocution télévisée d'Emmanuel Macron mercredi soir. L'opposition a déploré le fait d'être consultée sur des mesures déjà décidées et annoncées par le président de la République. 

"Oui, la troisième vague est là et elle nous frappe durement", tel a été le constat du Premier ministre, Jean Castex, à l'amorce de son discours devant les députés, jeudi matin, dans l'hémicycle du Palais Bourbon. Venu faire la pédagogie devant les représentants de la Nation des mesures annoncées la veille au soir par Emmanuel Macron, le chef du gouvernement s'est montré ferme et résolu à les faire appliquer, assumant l'ensemble de la stratégie déployée par l'Etat depuis désormais un an.

Des contrôles amplifiés vis-à-vis des réfractaires

Jean Castex a en outre fait valoir que l'amélioration de la situation sanitaire serait étroitement liée à la responsabilité dont font preuve les Français en soulignant que si la majorité "respecte spontanément les règles en vigueur, une minorité d'entre eux s'y refuse". Il a ainsi voulu "condamner sans réserve l'irresponsabilité dont font montre certains, se croyant sans doute invincibles", avant d'annoncer un durcissement des contrôles de police à compter des jours à venir.

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De nouvelles mesures de freinage dans la continuité des précédentes

Le Premier ministre a justifié la fermeture pour trois semaines, vacances incluses, des écoles, tout en se félicitant que la France ait été jusqu'à présent le pays d'Europe ayant le moins fermé ses établissements scolaires. Il a précisé que les parents contraints de garder leurs enfants bénéficieraient du dispositif d'activité partielle dans les mêmes conditions que lors du premier confinement.

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De même, le chef du gouvernement a assuré les acteurs économiques touchés par la crise du soutien de l'Etat et affirmé que les services publics seraient maintenus.

Il a par ailleurs défendu la stratégie de vaccination du gouvernement, annonçant que, dès la semaine prochaine, "près d'1,4 millions de doses supplémentaires seront utilisables, 3 millions en avril et 3,6 millions en mai."

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Lors de son discours, Jean Castex a indiqué que la stratégie de réouverture des lieux fermés serait présentée devant les parlementaires.

Il a aussi évoqué les élections départementales et régionales initialement prévues en mars et reportées aux 13 et 20 juin. "Seules des raisons sanitaires impérieuses, de nature à compromettre l'organisation de la campagne ou du scrutin, pourraient justifier un nouveau report", a-t-il déclaré, notant que l'avis "particulièrement balancé", du Conseil scientifique rendu le 29 mars, ne préconisait pas formellement un tel report, laissant cette éventualité au choix du politique. "Un débat fondé sur l'article 50-1 de la Constitution sera organisé au Parlement" à ce sujet, a précisé le Premier ministre. 

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Jean Castex a enfin égrené les mesures destinées à aider le système hospitalier, afin qu'il puisse "tenir le choc". Déplafonnement des heures supplémentaires, mobilisation de la réserve sanitaire, des retraités et des étudiants de santé, évacuations sanitaires : le chef du gouvernement a souhaité montrer que rien ne serait laissé au hasard, assurant que la protection sanitaire constituait pour son gouvernement "la mère des priorités".

L'opposition unanime pour dénoncer "une mascarade"

Dans l'hémicycle, la droite a dénoncé une "mascarade de débat", selon les mots de Pascal Brindeau (UDI et Indépendants), faisant selon lui des parlementaires de simples commentateurs des décisions de l'exécutif.

"Nous ne sommes pas là pour adouber la parole jupitérienne (...) ou d'un épidémiologiste suprême", a déclaré le président du groupe Les Républicains, Damien Abad. Celui-ci a également employé le terme de "mascarade", pour justifier le fait que son groupe, principale force d'opposition à l'Assemblée, ait décidé de ne pas prendre part au vote. Le député de l'Ain a par ailleurs dressé "le constat d'impuissance" du gouvernement, en particulier en matière de lits de réanimation, avant de dénoncer "la lenteur inacceptable de la vaccination en France" et d'évoquer une "Bérézina sanitaire".

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Critiquant à son tour la stratégie d'Emmanuel Macron, la présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen, a quant à elle considéré que le pays avait "besoin d'être conduit" et non "ingénument rassuré".

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Même inflexibilité à gauche, le président du groupe de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, dénonçant à son tour "une mascarade", "une honte", ironisant à propos du chef de l'Etat "meilleur virologue de France et ami de la modestie", avant d'annoncer que son groupe pratiquerait "un boycott du vote, un boycott d'exaspération".

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Très critique lui aussi, le président du groupe Gauche démocrate et républicaine, André Chassaigne, a estimé que "cette convocation au lendemain des annonces du président de la République est la marque du mépris le plus absolu du monarque pour le Parlement et à l'endroit du peuple". Il s'en est également pris à Emmanuel Macron en dénonçant le fait que celui-ci ait exprimé que ses décisions et ses échecs étaient la résultante de choix collectifs, "alors qu'ils sont celui d'un pilotage solitaire, d'erreurs d'appréciation, et d'un entêtement coupable". "Vous voulez continuer à décider seuls. Alors nous vous laisserons seuls, pour plébisciter les décisions déjà prises", a-t-il conclu.

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S'emparant elle aussi du terme de "mascarade", Valérie Rabault (Socialistes et apparentés), a également annoncé que son groupe ne participerait pas au vote et s'est insurgée contre le fait que le Parlement soit considéré comme "une chambre d'enregistrement". Sur le fond des mesures, elle a, comme Damien Abad, dénoncé la pénurie de lits de réanimation et affirmé que le pays se trouvait face à un troisième confinement. "À partir du moment où on ferme les écoles et qu'on demande aux Français de rester chez eux, cela s'appelle un confinement", a déclaré la présidente du groupe socialiste.

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La majorité et le gouvernement en ordre de bataille pour répliquer, quoiqu'il en coûte

Face aux critiques, le président du groupe La République en Marche, Christophe Castaner, a défendu d'un seul bloc la stratégie de l'Etat, "bien souvent bouc-émissaire facile", qui "s'est dressé de toute sa force, a soulevé des montagnes". Il a également défendu, citant le nom du ministre de l'Education, Jean-Michel Blanquer, le maintien des écoles ouvertes "le plus longtemps possible", ainsi que l'accompagnement des acteurs économiques.

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Le ministre de la Santé, Olivier Véran, a pour sa part affirmé que tout était fait pour que l'hôpital puisse s'adapter et "qu'il y ait toujours des places libres en réanimation". "Nous ne sommes pas dans une logique de tri, nous ne serons jamais dans une logique de tri", a-t-il martelé. 

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En réponse aux accusations d'un temps de réaction trop long de l'exécutif, qui avait décidé de ne pas confiner fin janvier, Bertrand Pancher (Libertés et territoires) ayant notamment évoqué "des vies perdues", Olivier Véran a considéré que "si la France avait prononcé un confinement en janvier, elle aurait eu tous les risques de prononcer un confinement à la fin du mois de mars".

C'est enfin au Premier ministre qu'est revenue la charge de clore les débats. Répondant aux députés de l'opposition, il a notamment rappelé que la baisse des moyens hospitaliers avait été continue au cours des précédents quinquennats, avant de s'en prendre plus spécifiquement aux socialistes.

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Il a ensuite fustigé ceux qui "cherchent à tirer des avantages politiques d'un drame national" et justifié le débat organisé au Parlement. "Nous sommes sur le bon chemin", a-t-il conclu sous les applaudissements de la majorité.

L'Assemblée nationale a approuvé la déclaration du gouvernement par 348 votes "pour", et seulement 9 "contre", suite au choix de la majeure partie des oppositions de boycotter le scrutin.

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