L'envoi de migrants vers des centres d'hébergement en régions pour freiner l'essor des campements de rue en Île-de-France est un "levier efficace", mais reste trop peu utilisé et avec des "écarts" entre territoires qui "peinent à être justifiés", pointe la Cour des comptes dans un rapport publié jeudi 11 juin.
Dans un rapport publié jeudi, la Cour des comptes se penche sur le dispositif de répartition de migrants en régions depuis l'Île-de-France, avec le double objectif d'améliorer leur prise en charge et de réduire les campements de rue dans la capitale et ses environs. Depuis 2015, le "déséquilibre entre la présence [de migrants] très concentrée en Île-de-France et la capacité d’hébergement de cette région a entraîné une augmentation de la présence à la rue et des campements", souligne la juridiction financière.
Pour y faire face, une loi de 2018 a mis en place la possibilité d’orienter un demandeur d’asile vers une autre région, en prenant en compte divers critères. Le demandeur a la possibilité de refuser, mais cette décision entraîne généralement la suspension d'une allocation de soutien. En 2024, près de 18.000 orientations ont été réalisées.
Ce dispositif "d'orientation régionale" est un "levier efficace pour assurer un accueil équilibré des demandeurs d’asile sur le territoire", juge la Cour des comptes, mais les proportions d'accueil par territoire reposent sur des indicateurs anciens. En outre, "certaines régions se situent toujours très en deçà des objectifs d’accueil tandis que d’autres les ont dépassés, et ces écarts peinent à être justifiés", pointe-t-elle, estimant que le pilotage du dispositif doit "être amélioré". Par ailleurs, les effets du dispositif sur l'hébergement de rue est difficile à établir.
Afin d'éviter la constitution de campements de grande ampleur à Paris, la préfecture organise depuis 2015 des opérations de mise à l’abri. Une répartition de ces personnes en dehors de l'Île-de-France a progressivement été organisée, jusqu'à la mise en place, en 2023, de "sas régionaux", des centres d’hébergement temporaire qui facilitent ces opérations. Il en existe actuellement dix, d'une cinquantaine de places chacun.
Bien qu'il soit trop tôt pour tirer un bilan définitif, ce dispositif constitue "indéniablement un progrès", assure la Cour des comptes. Elle observe notamment une "meilleure organisation des services de l’État". Au total, quelque 8.000 personnes ont pu être temporairement mises à l'abri depuis la création du dispositif.
L'usage qui est fait de ces centres temporaires doit toutefois "encore être optimisé". Le dispositif est "insuffisamment mobilisé", en particulier depuis 2024, du fait de l'inadaptation de certains locaux. Par ailleurs, le mode de financement annuel offre "une visibilité insuffisante aux opérateurs et les prive de la possibilité de conduire des opérations qui nécessiteraient un engagement financier sur plusieurs années". La Cour recommande également de mettre en place un suivi administratif de cette solution, afin de mesurer le "retour à la rue".