Législatives : Les Républicains face à un “troisième tour” périlleux

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par Jason Wiels, le Vendredi 22 avril 2022 à 10:44, mis à jour le Jeudi 28 avril 2022 à 15:39

Premier groupe d’opposition à l’Assemblée nationale, le parti historique de la droite républicaine joue son avenir lors des élections législatives. Les députés Les Républicains sortants sont en campagne pour leur survie politique.

Après des années de rétrécissement, la droite républicaine peut-elle disparaître de l’Assemblée nationale ? De plus de 300 députés en 2007 sous la présidence de Nicolas Sarkozy, cette grande famille politique de la Ve République n’a cessé de voir son nombre d'élus fondre au sein de la représentation nationale. Passés dans l’opposition, ils n’étaient déjà plus que 200 sous François Hollande, un nombre encore divisé par deux pendant le quinquennat d’Emmanuel Macron, avec une centaine de députés Les Républicains.

Pourtant, rester à ce niveau serait vu comme un exploit le 19 juin prochain, au soir du second tour des élections législatives. Car en ne passant pas la barre des 5% à l’élection présidentielle - un scénario pas même envisagé par le parti -, le score de Valérie Pécresse met en péril le premier groupe d’opposition au Palais-Bourbon. La candidate Les Républicains n’est arrivée en tête dans aucune des 577 circonscriptions, quand François Fillon était arrivé en première position dans 52 circonscriptions en 2017.

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"Notre ancrage territorial nous a toujours permis de survivre", a fait valoir Christian Jacob dès le lendemain de la défaite de sa candidate. Le président du parti a réussi à faire voter une motion consensuelle lors du bureau politique, affirmant qu’"aucune voix ne peut se porter sur Mme Le Pen" mais sans appeler à voter Emmanuel Macron. Les Républicains "ne sont ni fongibles dans le macronisme, ni dans le lepénisme" affirme le texte. Façon de dire que les quelque 80 députés LR qui se représenteront en juin ont encore un espace politique à incarner.

Pris en tenaille 

Qu’en sera-t-il à l’issue de l’élection présidentielle ? Si Emmanuel Macron est réélu, certains craignent une nouvelle vague de départs, ou du moins la tentation d’une alliance avec La République en marche et ses satellites. Les plus pessimistes tablent sur une vingtaine de potentiels ralliés, tel le député Guillaume Larrivé, qui s’est par exemple abstenu sur la motion de son parti, jugée pas assez favorable à Emmanuel Macron. D’autres estiment que ceux qui devaient partir l’ont déjà fait, à l’instar d’Éric Woerth en février.

Sur le terrain, les téléphones ont en tout cas commencé à sonner. "J’ai déjà été approchée à deux reprises", dévoile Brigitte Kuster. L’élue parisienne a rejeté catégoriquement les propositions des macronistes. Coincés entre la potentielle reconduction de la majorité présidentielle et l’émergence d’Éric Zemmour, "on nous dit qu’on est la tranche de jambon entre les deux tranches de pain", raconte-t-elle. Mais Brigitte Kuster est persuadée que "les gens veulent une droite républicaine à l’Assemblée nationale".

Seule députée LR sortante à Paris après la mort de Claude Goasguen, l'ancienne maire du 17e arrondissement est convaincue que l'implantation locale pourra faire la différence, comme en 2017 lorsqu’elle a résisté à la vague LaREM : "En face de moi, il n’y aura que des parachutés." Et elle ne croit à la percée d’un candidat Reconquête ! au législatives, Éric Zemmour ayant remporté 12% des voix dans sa circonscription.

Une campagne “ultra-locale”

Même si la direction du parti a décidé de retenir cinq thèmes autour du pouvoir d’achat, la santé, l’ordre, l’égalité des chances et la lutte contre la bureaucratie, le principal mot d’ordre des candidats LR est d’abord de battre campagne au plus près des électeurs. "Il faut relocaliser au maximum le débat pour faire des législatives un scrutin ultra-local", prône le député de Calais Pierre-Henri Dumont. Les élus enchaînent donc les cafés avec les électeurs, les réunions d’appartement et les rencontres avec les associations dans l’espoir de faire la différence, alors que sept semaines séparent le second tour de la présidentielle du premier tour des législatives.

Mais face aux incertitudes, la situation est fragile, voire totalement décourageante pour certains. Ainsi à Arles, la candidate investie par le parti jette l’éponge. Marie-Pierre Callet, vice-présidente des Bouches-du-Rhône, plaint même les autres candidats LR, "ça va être compliqué pour eux", explique-t-elle à La Provence. Ailleurs, à Soissons, les responsables locaux du parti ont même démissionné de leurs fonctions, et après les adhésions engrangées lors de la primaire, à l'automne, Les Républicains risquent de devoir faire face à une hémorragie de militants. 

Pour ne rien arranger, les finances du parti sont au plus bas. Or, faire campagne à un coût. Chaque candidat investi devait normalement recevoir une aide de 5000 euros. Après la défaite de Valérie Pécresse et le trou de 5 millions d'euros dans son budget de campagne, cette somme n’est aujourd’hui plus garantie, selon plusieurs élus interrogés.

Tourner la page ?

L’envie est toutefois toujours là parmi la jeune garde. Cette dizaine de députés trentenaires, élus pour la première fois à l’Assemblée en 2017, entend liquider l’héritage du passé pour mieux reconstruire demain. "Il faut tourner la page de la génération Sarkozy", résume crûment l’un d’eux. L’ancien président de la République, figure jusque-là incontournable de la droite, est sorti de sa réserve le 12 avril pour appeler à voter Emmanuel Macron et demander à sa famille politique de "sortir des habitudes et des réflexes partisans".

Cet appel qui, entre les lignes, invite à forger une alliance avec les marcheurs, passe mal auprès de cette jeune garde. À commencer par Aurélien Pradié, secrétaire général du parti :

Refusant l’édification d’un "parti unique voulu par Macron", l’élu de 36 ans veut voir "peut-être une chance" dans la nouvelle reconfiguration politique à venir. Reste à savoir avec quelle troupe celle-ci pourra se faire.