Blocage des prix, baisse des taxes... Les oppositions appellent à des mesures d'urgence face à la flambée des prix de l'essence

Actualité
Image
Des pompes à essence
Des pompes à essence (PxHere)
par Raphaël Marchal, le Mardi 10 mars 2026 à 16:29

Depuis le début du conflit au Moyen-Orient, plusieurs camps politiques ont défendu des solutions d'ugence visant à limiter les répercussions financières pour les usagers français. Pour le moment, le gouvernement juge toutefois qu'il est "trop tôt" pour mettre en place de nouvelles aides à l'achat de carburant.

Faut-il des mesures d'urgence pour faire face aux répercussions du conflit au Moyen-Orient sur le prix de l'essence ? Depuis le 27 février, veille du lancement de l'opération israélo-américaine sur l'Iran, le gazole – le carburant routier le plus consommé en France – a pris 28 centimes par litre en moyenne, soit un bond de 16 %. Et a franchi ce lundi la barre symbolique des 2 euros le litre. De son côté, le litre de SP95-E10, l'essence la plus consommée, se vendait ce lundi à 1,84 euro, 10 centimes de plus que fin février.

Depuis quelques jours, plusieurs voix dans l'opposition appellent le gouvernement à réagir face à cette flambée des prix, qui pénalisent directement les usagers. Dès la semaine dernière, le Rassemblement national, par la voix de Marine Le Pen, a prôné une baisse des taxes sur le carburant. "On ne peut pas imaginer, dans la situation que nous connaissons, qu'une augmentation du prix de l'énergie permette à l'Etat de s'enrichir", a-t-elle soutenu. Baisser la TVA et l'accise sur les produits pétroliers est "inconcevable", a toutefois rétorqué Maud Bregeon, ministre déléguée chargée de l'Energie.

LFI veut bloquer les prix, Olivier Faure des chèques énergie

La France insoumise a pour sa part plaidé pour un blocage temporaire des prix. A l'Assemblée nationale, le groupe LFI a déposé une proposition de loi, portée par la députée Aurélie Trouvé. Le texte prévoit de geler pour une durée maximale de trois mois les prix de vente au détail de l'essence, du gaz et de l'électricité, en cas de "crise internationale".

Une proposition qui n'a guère convaincu Olivier Faure. Si le conflit venait à s'enliser, le premier secrétaire du Parti socialiste privilégie une "forme de chèque énergie", comme il l'a expliqué ce mardi sur France info. Cette solution permettrait de cibler les "ménages les plus modestes", a défendu le député de Seine-et-Marne. Olivier Faure est par ailleurs favorable à l'utilisation des "réserves stratégiques" pour contenir les hausses de prix et "faire tampon". L'option de recourir à ces stocks sanctuarisés est envisagée par le gouvernement pour faire baisser les prix.

Le groupe centriste Libertés, indépendants, outre-mer et territoires (Liot) demande lui aussi une "action immédiate du gouvernement" et des "mesures de soutien pour les habitants et les entreprises les plus exposées". Mais également la "transparence totale" sur les stocks, jugeant que les "carburants actuellement vendus" ont été acquis plusieurs semaines auparavant "à des cours nettement inférieurs". "Le pétrole transitant par le détroit d'Ormuz représente moins de 4 % des importations françaises. [...] Utiliser ce prétexte pour augmenter les prix dès aujourd'hui relève d'une manœuvre spéculative indécente", selon le député Laurent Mazaury.

"Trop tôt" pour le gouvernement

Pour le gouvernement, il n'est toutefois pas question d'évoquer de nouvelles mesures d'aide à l'achat de carburant à ce stade. "Il est trop tôt", a martelé encore ce lundi la porte-parole et ministre déléguée chargée de l'Energie, Maud Bregeon. "S'il y a des mesures ciblées qui doivent être prises à l'avenir parce que ce conflit vient à durer, il faudra y travailler", a complété sur Public Sénat Sébastien Martin, le ministre délégué chargé de l'Industrie. "Mais réagir de manière un peu épidermique, et surtout, très politique, à quelques jours des élections municipales, ce n'est pas la politique du gouvernement."

Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a annoncé dimanche un "plan exceptionnel de 500 contrôles" dans les stations-service, par des agents de la répression des fraudes (DGCCRF), face à d'éventuelles hausses abusives des prix à la pompe. Sur TF1, le ministre du Commerce, Serge Papin, a annoncé lundi qu'environ la moitié de ces contrôles avaient été menés. A ce stade, 6 % des stations-service contrôlées vont être sanctionnées pour des anomalies. Le bilan définitif de l'opération doit être communiqué mercredi.

Ce mardi, à l'issue d'une réunion du G7 visant à stabiliser le cours du pétrole, Roland Lescure, ministre de l’Économie, a appelé les consommateurs à faire "jouer la concurrence" à la pompe, et a promis la poursuite des contrôles. Après avoir frôlé les 120 dollars le baril, le cours du pétrole a plongé dans la foulée d'un discours de Donald Trump lundi soir, au cours duquel le président américain a déclaré que la guerre avec l'Iran était "quasiment" finie. 

Sébastien Lecornu recevra à 15 heures mercredi les principales formations politiques pour faire le point sur "l'état de la menace et du positionnement de la France" face à la guerre au Moyen-Orient. La question des répercussions du conflit sur le coût de l'énergie et des carburants devrait notamment être abordée au cours de la réunion.

Roland Lescure auditionné le 24 mars à l'Assemblée nationale

Le ministre de l'Economie et des Finances sera auditionné mardi 24 mars à l'Assemblée nationale par les élus de la commission des affaires économiques. Roland Lescure sera entendu sur "l’impact de la guerre sur la situation économique et les finances publiques", a annoncé sur X le président de la commission, Eric Coquerel (LFI).