Plusieurs groupes politiques et députés ont apporté leur contribution au rapport de Charles Alloncle (UDR) sur l'audiovisuel public, déplorant globalement le climat des auditions de la commission d'enquête et le contenu du rapport, tout en appelant eux aussi à des réformes en profondeur du service public de l'audiovisuel.
"Le rapporteur a failli" et "les travaux de cette commission d'enquête sont passés à côté du sujet". Voilà ce qu'écrit le groupe Les Démocrates dans sa contribution annexée au rapport du député Charles Alloncle (Union des droites pour la République) sur l'audiovisuel public, qui a été publié ce mardi 5 mai. C'est d'usage : à l'issue d'une commission d'enquête, chaque groupe parlementaire, ou député qui y a participé*, peut rédiger son propre commentaire et développer ses propositions.
La lecture des onze contributions déposées à l'issue des travaux de la commission d'enquête consacrée à l'audiovisuel public illustre bien les nombreuses critiques émises ces derniers mois à l'égard de la stratégie suivie par le rapporteur Charles Alloncle lors des auditions qui se sont souvent déroulées sous haute tension.
Beaucoup – ceux qui ont voté contre la publication du rapport (les groupes de gauche), mais aussi ceux qui se sont abstenus (le bloc central) – critiquent, dans leurs mots, une instrumentalisation visant à "servir une seule et même cause", à savoir l'affaiblissement de l'audiovisuel public. "Cette commission d'enquête s'est inscrite dans une logique à charge et une politique spectacle", déplorent Les Démocrates. Refusant de trop s'attarder sur les polémiques, le groupe Ensemble pour la République regrette "la manière dont ces travaux ont été conduits", le "climat d'examen à charge" installé et "le prisme nationalo-centré trop privilégié par le rapporteur".
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Pour les socialistes, les recommandations de Charles Alloncle "poursuivent l'objectif d'affaiblir l'audiovisuel public pour mieux dégager le terrain à ses concurrents privés". Les critiques sont une nouvelle fois vives à l'égard du rapporteur, accusé d'avoir adopté une "posture inquisitoriale, biaisée et obsessionnelle", mais aussi du président de la commission d'enquête, Jérémie Patrier-Leitus (Horizons).
"Pendant sept mois, le spectacle donné par Charles Alloncle, avec l’assentiment complaisant puis finalement complice du président, a été d’un niveau affligeant et indigne de ce que l’on est en droit d’attendre de représentants de la Nation", peut-on lire dans le texte du groupe Socialistes. Tandis que, tout en prenant sa part de responsabilité dans la façon dont se sont déroulés les travaux de la commission, Jérémie Patrier-Leitus étrille, lui aussi, le rapporteur.
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Le groupe de La France insoumise dit, pour sa part, "réprouver la tournure prise" par la commission d'enquête et en fait porter la responsabilité "principalement au rapporteur, mais aussi au président qui n'a pas su ou pas voulu protéger nos travaux, par exemple en recourant au huis clos lorsque fut avéré que le rapporteur ne cesserait pas de manipuler le contenu des auditions et d'en diffuser des extraits tendancieux".
Pour Emmanuel Maurel, qui représentait le groupe de la Gauche démocrate et républicaine, l'instance "a illustré la quintessence de la société du spectacle, tout entière tournée vers la recherche du buzz, du clash et du trash" ; quand les élus du groupe Ecologiste dénoncent, eux, une commission "conduite à charge, nourrie de vérités alternatives ou de mensonges par omission, servie par une méthode empruntée aux régimes autoritaires".
Plusieurs auditions ont pris une tournure regrettable, [...] interrogeant sur les intentions du rapporteur de transformer cet outil parlementaire important en show médiatique pour promouvoir une carrière politique personnelle. Le groupe de la droite républicaine
Même La Droite républicaine, dont les deux députés membres de la commission ont voté pour la publication du rapport de Charles Alloncle, n'a pas été convaincue par le déroulé des travaux. "Plusieurs auditions ont pris une tournure regrettable, (...) interrogeant sur les intentions du rapporteur de transformer cet outil parlementaire important en show médiatique pour promouvoir une carrière politique personnelle", peut-on en effet lire dans la contribution écrite, qui évoque aussi "d'autres interventions de députés membres de la commission, notamment chez LFI, [qui] n'ont pas non plus favorisé un climat apaisé des échanges avec les personnes auditionnées".
Sans surprise, seul le groupe du Rassemblement national, allié au groupe UDR présidé par Eric Ciotti, salue dans sa contribution la "pugnacité" et le "courage" de Charles Alloncle, dont le rapport met en avant "une multitude de dysfonctionnements" au sein de l'audiovisuel public, qui "ne fonctionne plus dans des conditions saines".
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Dans leurs contributions, l'écrasante majorité des groupes pointe toutefois la nécessité de réformer l'audiovisuel public, confronté à une mutation et à la concurrence des plateformes numériques. Le président de la commission d'enquête, Jérémie Patrier-Leitus, plaide ainsi pour la fusion de France Télévisions et de Radio France, une réforme un temps défendue par l'ex-ministre de la Culture, Rachida Dati, mais qui n'a jamais été mise votée. A contrario, les députés socialistes appellent à "renoncer définitivement" à tout projet de holding ou de fusion, qui "fragiliserait l'indépendance" de l'audiovisuel public.
De leur côté, les élus du Rassemblement national appellent à aller plus loin que le rapporteur en défendant la "privatisation de tout ou partie de France Télévisions et de Radio France". "La privatisation pourrait commencer par France 5 et France Inter. Elle permettrait à la fois de mettre fin au gaspillage de l’argent public et de garantir l’indépendance des rédactions à l’égard de toute ingérence étatique", soutiennent-ils dans leur contribution, appelant, en outre, comme Charles Alloncle à supprimer purement et simplement France 4.
Opposé à cette vision, le groupe Droite républicaine souligne que la situation financière de l’audiovisuel public "découle en partie de décisions prises par le gouvernement ou le Parlement", et notoirement de la suppression de la redevance audiovisuelle. Et d'enjoindre à une réforme en profondeur de l'audiovisuel public en mettant fin aux "pratiques qui nuisent à sa crédibilité".
Comme le rapporteur, plusieurs groupes parlementaires proposent de mettre en place une loi de financement plurianuelle. C'est le cas des élus Les Démocrates et Ensemble pour la République. Les députés socialistes et insoumis privilégiant, quant à eux, un retour à une "contribution universelle", "progressive".
Certains groupes de gauche partagent, par ailleurs, l'une des observations de Charles Alloncle : l'externalisation des contenus a pris une place trop importante. LFI propose ainsi une "réinternalisation massive des moyens de production à France Télévisions", en continuant à s'appuyer sur la production indépendante. Emmanuel Maurel (Gauche démocrate et républicaine) se prononçant, lui aussi, pour limiter le recours à l'externalisation de certaines productions.
Le groupe Ecologiste et social recommande pour sa part de limiter à un seul mandat long la présidence d'un média public. Sur un autre sujet, qui fait débat de façon récurrente, Sophie Taillé-Polian et Jérémie Iordanoff regrettent que la concentration des médias soit "l'angle mort" du rapport de Charles Alloncle.
Enfin, insistant sur la nécessité de renforcer la parité et la diversité au sein des rédactions, le groupe Socialistes prône la mise en place et la publication obligatoire d’un "index de la diversité dans les médias".
* Les députés François-Xavier Ceccoli (Droite républicaine), Denis Masséglia (Ensemble pour la République) et Christopher Weissberg (EPR) ont rédigé des contributions personnelles, annexées au rapport, en plus de celles de leurs groupes parlementaires.