Loi agricole et acétamipride: la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, va démissionner

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Monique Barbut
La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, le 15 juillet 2026.
par Anne-Charlotte Dusseaulx, le Mardi 21 juillet 2026 à 20:55, mis à jour le Mardi 21 juillet 2026 à 20:57

La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, va présenter sa démission d'ici au Conseil des ministres qui aura lieu demain matin, mercredi 22 juillet, a indiqué son entourage ce mardi soir. En cause : son opposition à certaines mesures à la loi d'urgence agricole qui ouvre notamment la voie au retour sous dérogation de l'acétamipride.

Ces dernières heures, l'entourage de Monique Barbut avait laissé entendre qu'il s'agissait du "scénario le plus probable", après l'adoption par le Parlement du projet de loi d'urgence agricole, qui contient notamment un article permettant le retour sous conditions de pesticides interdits en France, dont l'acétamipride. Ce mardi soir, ses proches ont confirmé à l'AFP que la démission de la minisre de la Transition écologique serait officialisée d'ici au prochain Conseil des ministres, qui se tiendra demain matin à l'Élysée.

"Dans ma tête, je n'ai pas d'autre option que de remettre ma démission. Soit vous êtes ministre, soit vous n'êtes pas ministre. Aujourd'hui, dans ma tête, je suis partie demain", a déclaré Monique Barbut en petit comité après le vote de la loi d'urgence agricole, selon des propos rapportés par l'AFP.

Mardi en fin de matinée, Monique Barbut, qui n'était pas dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale lundi soir au moment du vote sur le texte, a été reçue par le Premier ministre, Sébastien Lecornu, à Matignon pour évoquer son avenir gouvernemental. Elle n'était pas présente non plus lors de la séance des questions au gouvernement dans l'après-midi, où plusieurs questions ont été posées au sujet du projet de loi agricole.

Une mesure du texte a cristallisé les débats : la possibilité donnée à l'Agence de sécurité sanitaire (Anses) d'autoriser à titre dérogatoire et sous conditions la réintroduction de deux pesticides interdits en France, mais autorisés dans l'Union européenne. Les deux molécules concernées, l'acétamipride et le flupyradifurone, pourraient ainsi être utilisées pour une poignée de filières agricoles en difficulté.

"L'acétamipride n'a pas été rétabli dans ce texte"

Malgré la controverse sur l'article portant sur les pesticides qui divise jusqu'au sein du bloc central et la démission de Monique Barbut, le gouvernement assume sa loi d'urgence agricole, que Sébastien Lecornu a appellé sur X à ne pas "instrumentaliser à des fins politiciennes". À propos de l'acétamipride, "le compromis voté par les seuls parlementaires ne revient pas sur son interdiction", a écrit le Premier ministre. Et lors des questions au gouvernement dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale, il a accusé ses opposants de "mensonges". "Combattez au moins la mesure pour ce qu'elle est et pas pour ce qu'elle n'est pas !", leur a-t-il notamment lancé.

-> Lire aussi - Réintroduction de l'acétamipride: Sébastien Lecornu accuse ses opposants de "travestir la réalité"

Le gouvernement souligne ne pas être à l'origine de l'article controversé : "Ce n'est pas le choix du gouvernement que d'introduire cette mesure", a fait valoir mardi la porte-parole, Maud Bregeon, sur France 2. C'est le Sénat qui a amendé le texte afin d'y ajouter la réintroduction dérogatoire de pesticides interdits, disposition conservée lors de la commission mixte paritaire et finalement adoptée en même temps que l'ensemble du texte. "Qu'on démissionne sur un arbitrage gouvernemental qu'on perd, on peut en débattre, qu'on démissionne sur un vote au Parlement qui ne va pas dans notre sens. C'est à mon avis, un peu plus complexe", avait commenté Maud Bregeon.

La ministre de l'Agriculture, Annie Genevard (Les Républicains), s'est quant à elle réjouie du vote du projet de loi, estimant que les parlementaires avaient "fait œuvre utile pour l'agriculture française". "L'acétamipride n'a pas été rétabli dans ce texte", juge-t-elle, arguent qu'il "appartiendra à l'Anses, à condition qu'il n'y ait pas d'incidence sur la santé humaine, sur l'environnement, qu'il y ait une situation d'urgence, qu'il n'y ait pas d'alternative [...] de décider d'une dérogation pour un temps limité, pour une seule filière, pour un parcellaire agricole très mesuré".

Un discours rassurant rejeté par de nombreuses ONG environnementales, comme Greenpeace, qui a estimé ce mardi dans un communiqué qu'avec ce vote, "le gouvernement et ses alliés piétinent la science, la santé, l'environnement et la volonté citoyenne". A l'inverse, la FNSEA a salué "un tournant majeur" avec l'adoption du texte et "une prise de conscience de la situation critique que traverse aujourd’hui la Ferme France".

Barbut a présidé WWF France de 2021 à 2023

Ministre depuis octobre 2025, Monique Barbut s'est opposée en janvier dernier à la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, sur la relance de projets d'exploration en matière d'hydrocarbures dans certains territoires ultramarins. Elle avait mis sa démission en jeu, avant de gagner l'arbitrage gouvernemental.

Sur les budgets alloués à son ministère, elle avait également menacé de partir. "Moi, ce que je veux, ce sont de vrais budgets pour l'adaptation et le Fonds vert", avait-elle répété. Sans éviter de nouvelles coupes – le Fonds vert a été réduit à 837 millions pour 2026 –, elle a obtenu le maintien d'un niveau de financement qu'elle jugeait nécessaire.

Diplômée de l’Institut des Hautes Études Internationales de l’Université Panthéon-Assas, Monique Barbut a été présidente de l'ONG environnementale WWF France entre 2021 et 2023, après avoir occupé le poste de secrétaire exécutive de la Convention des Nations unies (ONU) sur la lutte contre la désertification, entre 2013 et 2019. Avant cela, de 2006 à 2012, elle a été présidente et directrice générale du Fonds pour l'environnement mondial, puis en 2019, émissaire d'Emmanuel Macron pour la biodiversité dans le cadre du One Planet Summit.