Lutte contre l'antisémitisme: 5 questions pour tout comprendre sur la loi Yadan

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Caroline Yadan, le 22 janvier 2026.
Caroline Yadan, le 22 janvier 2026.
par Maxence Kagni, le Jeudi 9 avril 2026 à 07:31

Examinée à l'Assemblée nationale à partir du 16 avril, la proposition de loi de la députée Caroline Yadan visant à lutter contre l'antisémitisme cristallise de nombreuses tensions. Que contient la loi Yadan ? Pourquoi ce texte est-il si critiqué ? LCP répond à vos questions.

La proposition de loi "visant à lutter contre les formes renouvelées de l'antisémitisme" de la députée Caroline Yadan (apparentée Ensemble pour la République) sera examinée dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale les 16 et 17 avril prochains.

Ce texte, qui propose de lutter contre "une insupportable recrudescence de l’antisémitisme", est qualifié de "liberticide" par une pétition qui a franchi le seuil symbolique des 500 000 signatures. LCP répond aux questions que vous vous posez sur cette proposition de loi, qui a été modifiée lors de son passage en commission, en janvier dernier.

  • Quel est l'objectif de la loi Yadan ?

La proposition de loi de Caroline Yadan vise à lutter contre la "recrudescence" des actes antisémites en France depuis le 7 octobre 2023, "date de l'attaque terroriste du Hamas contre Israël". "Alors que les Juifs comptent pour moins de 1 % de la population française, les agressions antisémites représentent désormais 57 % de l’ensemble des agressions racistes et antireligieuses dans le pays", écrit la députée, élue dans la 8e circonscription des Français de l'étranger (une circonscription qui comprend notamment Israël, mais aussi l'Italie ou encore la Grèce).

Le texte de Caroline Yadan propose aussi de lutter contre "un antisémitisme réinventé", "insidieux", et contre une "haine obsessionnelle à l'égard d'Israël, régulièrement délégitimé dans son existence et criminalisé". "L’appel à la destruction d’Israël et sa comparaison à un régime nazi" sont des cibles déclarées de la proposition de loi.

  • Que propose la loi Yadan ?

Le texte propose d'élargir les notions de "provocation à des actes terroristes" et "d'apologie publique d'actes de terrorisme". Aujourd'hui, seule la provocation "directe" est punie de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende : si le texte est adopté, la provocation "implicite" serait aussi sanctionnée. De plus, "l'apologie" d'un auteur d'acte terroriste serait elle aussi punie. La loi Yadan interdit également dans sa rédaction actuelle la "minoration" ou la "banalisation" de "façon outrancière" des actes terroristes. 

Par ailleurs, le texte punit de cinq ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende l'appel public à la "destruction d'un Etat reconnu par la République française" en "méconnaissance du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et des buts et principes de la charte des Nations unies".

La proposition de loi de Caroline Yadan prévoit aussi d'étendre le délit de contestation de crimes contre l'Humanité et de la Shoah, en interdisant toute "négation", "minoration" ou toute "banalisation outrancière de l'existence" de ces crimes. Les députés ont en revanche supprimé en commission l'interdiction des "comparaisons", "analogies" et "rapprochements" qui visaient à proscrire les comparaisons entre l’État d'Israël et le régime nazi : ces comparaisons pourront néanmoins être sanctionnées par un juge qui estimerait que les propos contestés constituent une "minoration" de la Shoah. Le texte étend par ailleurs la possibilité pour les associations antiracistes de se constituer partie civile.

  • Qui soutient la loi Yadan ?

La proposition de loi est soutenue par le groupe Ensemble pour la République, par l'UDR d'Eric Ciotti mais aussi par la Droite républicaine, Liot et Horizons, qui ont souligné la nécessité de prendre en compte l'avis du Conseil d’État sur le texte. Lors des débats en commission, le groupe Rassemblement national a également apporté son soutien au texte "pour ne rien céder aux ennemis de la République".

Le texte a par ailleurs été cosigné par 111 députés, 64 étant issus d'Ensemble pour la République, 19 provenant de la Droite républicaine, 16 originaires de Horizons, 5 issus du groupe Les Démocrates et 5 du groupe Liot. Les députés socialistes Jérôme Guedj et François Hollande l'ont également signée.

  • Pourquoi la loi Yadan est-elle critiquée ?

La pétition contre la loi Yadan, qui a récemment dépassé la barre des 500 000 signatures, dénonce un texte qui "amalgame l'antisémitisme et la critique d'Israël (antisionisme)" et qui "représente un réel danger pour la liberté d'expression, en muselant tout soutien à la cause palestinienne". De plus, toujours selon la pétition, la proposition de loi "dessert la lutte contre l’antisémitisme en assimilant les Juives et les Juifs à la politique de Benjamin Netanyahou".

A l'Assemblée nationale, les groupes de gauche s'opposent aussi à la loi Yadan. En commission, la députée LFI Gabrielle Cathala a mis en cause un texte qui "fait reculer nos libertés fondamentales" et qui "protège" la politique de "l’État d'Israël et de ses dirigeants criminels" tandis que l'élue communiste Elsa Faucillon a dénoncé une "loi de censure, de répression et d'alignement". Les députés socialistes voteront "contre" le texte, a précisé sur X le premier secrétaire du PS, Olivier Faure. 

Les députés du groupe Les Démocrates, pourtant membres de la coalition gouvernementale avec Ensemble pour la République, ont eux aussi fait part de leurs "réserves". Lors d'une conférence de presse organisée ce mardi 7 avril, la porte-parole des élus MoDem, Perrine Goulet, a jugé nécessaire de repousser l'examen d'un texte qui "divise".

  • Que peut changer la pétition contre le texte, qui a recueilli plus de 500 000 signatures ?

La pétition appelant à voter contre la loi Yadan a dépassé le 7 avril la barre symbolique des 500 000 signatures. Un seuil qui permet théoriquement l'organisation d'un débat sans vote sur cette pétition, dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale. Cette possibilité est encadrée par une longue procédure, si bien qu'un tel débat ne pourra normalement pas avoir lieu avant l'examen de la proposition de loi elle-même, prévu les 16 et 17 avril prochains.

Le succès de la pétition, qui continue d'engranger des signatures, constitue néanmoins une victoire symbolique pour les opposants au texte, qui s'appuieront dessus lors des débats pour demander le retrait de la loi Yadan ou son rejet par l'Assemblée nationale.